Château (ruines) et rocher qui les porte à Vaison la romaine

Selon le père Anselme, Vaison doit être comptée au nombre des cités dont la fondation se rattache aux établissements des Grecs dans la Gaule : l'opinion de ce savant rappelle ce que dit Ptolémée de l'alliance de Vasio (Vaison) avec les habitants de Marseille. Quoi qu'il en soit, cette ville était la capitale des Voconces, qui occupaient tout le pays compris entre le territoire des Allobroges, des Cavares et des Ségalauniens. La confédération des Voconces était très-puissante, et Annibal avait sollicité leur alliance contre les Romains. Pomponius Mêla, contemporain de César, cite Vasio comme une des plus grandes et plus riches cités de la Narbonnaise. Elle était habitée par les plus illustres patriciens de Rome, les Attilius, les Licinius, les Ruffus, etc. ; ou peut-être n'étaient-ce là que des affranchis portant le nom des nobles familles qui les avaient émancipés. La ville était consacrée comme la métropole, et renfermait un collège de centenaires.

La ville romaine s'élevait dans la plaine appelée aujourd'hui la Villasse, au pied des quatre montagnes de Mars, de Puy-Min, d'Ausez et de Theos. Le père Boyer veut à toute force que Puy-Min signifie éminence de Minerve, par syncope, et que l'Ausez soit la montagne des Augures (Auspex).

Au IIIe siècle, l'empereur Gallien autorisa le culte chrétien à Vaison, qui avait été évangélisée par saint Ruf. Les habitants lui dédièrent une colonne en marbre, dont le piédestal et l'inscription subsistent encore. En 262, la ville fut saccagée par Chrocus, et son premier évêque, saint Albin, martyrisé comme l'avait été saint Valentin à Carpentras. En 337, un concile eut lieu à Vaison presque immédiatement après celui de Nicée. Il y eut, en 442, un second concile, auquel assistèrent dix-huit évêques, sous la présidence d'Auspicius, le même qui, plus tard (444), sauva la ville, assiégée par les Huns de Genséric. Le troisième concile de Vaison (539) fut présidé par saint Césaire d'Arles. Les querelles de l'évêque avec Raymond, comte de Toulouse, devaient être fatales à la cité.

En 1160, Raymond V l'assiégea, la prit et la livra aux flammes. Bertrand de Lambesc leva des troupes contre Raymond, et reconquit vaillamment la ville et les châteaux (1180). Raymond VI, en 1189, dépouilla de nouveau l'évêque Bérenger de Reilhane, et fit jeter les fondements d'un château sur la montagne ; mais le prélat ayant excommunié les ouvriers, ceux-ci, remplis de frayeur, abandonnèrent les travaux, qui, sur son ordre, furent détruits entièrement. Raymond revint en armes, afin de venger cet outrage : l'évêque s'enfuit avec ses chanoines et se réfugia à Entrechaux, d'où il lança une seconde excommunication contre le comte, dont il mit tous les biens en interdit. Raymond s'empara de sa personne, le retint prisonnier avec tous ses prêtres, et le somma de lui rendre sa ville et son palais. « Je les tiens de Dieu et de la Vierge Marie, non de toi ! » répondit fièrement l'évêque.

En 1190, le nouveau titulaire, Guillaume de Laudun, recouvra son fief, par l'entremise de ses frères, qui avaient embrassé le parti du comte de Toulouse, mais sous l'expresse condition que ce fief ferait retour à cette maison souveraine, à la mort de l'évêque. En effet, Guillaume de Laudun était à peine décédé, que des soldats gascons, pendant qu'on célébrait le service funèbre, prirent possession du palais épiscopal, après l'avoir pillé. En 1193, les chanoines voulurent se donner un puissant protecteur en choisissant pour évêque Raimbaud de Flotte, parent des comtes de Forcalquier. Le comte de Toulouse n'en garda pas moins la ville, et fit élever son château sur la montagne, avec les revenus de l'évêché. Raimbaud se plaignit au pape et à l'Empereur de cet abus de pouvoir : Innocent III et Othon IV déléguèrent l'évêque d'Uzès et l'archevêque d'Arles, lesquels subdéléguèrent à leur tour l'évêque d'Orange (1198). En 1209, Raymond vaincu eut à répondre de l'assassinat de Pierre de Châteauneuf et de ses tentatives contre l'église de Vaison. Il comparut à Saint-Gilles, devant vingt prélats, pieds nus, en chemise, à la porte même du temple, où l'on avait dressé un autel. Après son jurement, il fut introduit dans l'église par le légat Milon, qui le frappa avec un faisceau de verges et lui donna l'absolution. Raymond ne fut point fidèle à ses promesses. L'évêque ne rentra dans son fief qu'en 1251, et, longtemps encore après, ce furent d'interminables querelles entre lui et les baillis du comte.

Avant de recevoir les clefs que lui présentaient les consuls, l'évêque jurait de maintenir inviolablement les honneurs, immunités, franchises et louables statuts des syndics et de la commune ; après quoi, les habitants prêtaient le serment de fidélité, composé de six articles, savoir : le sain, le sûr, l'honnête, l'utile, le facile, le possible. Jérôme de Salède fut le premier évêque qui s'intitula comte de Vaison (1523) ; ses successeurs se contentèrent du titre de comtes de Cabrières.

Les guerres de religion exposèrent le diocèse, en 1560, aux ravages des calvinistes. Trois ans après, ils se portèrent sur Vaison (1563) ; le siége ne dura pas plus de cinq jours : François de Suze battit les protestants, en plusieurs rencontres, et les refoula dans le Dauphiné. Ces événements furent suivis de plus d'un siècle de paix ; mais, sous le règne de Louis XIV, Vaison fut frappée dans la personne de son chef spirituel. Le 29 septembre 1688, M. de l'Asmus, à la tête de quatre compagnies de dragons, cerna le château de l'évêque Isoard, qui avait donné dans son diocèse asile aux filles de l'enfance Jésus, chassées de Provence par le roi. Le prélat fut emmené avec ses prêtres et les vingt religieuses au pont Saint-Esprit, et de là conduit au fort de l'Ile de Rhé, d'où il ne sortit qu'après dix-sept mois de captivité, et sur les vives instances du pape Alexandre VIII. Enfin, après un autre siècle de repos, Vaison ressentit le contre-coup de la révolution française : elle prit le parti d'Avignon contre Carpentras, et elle fut une des villes du Venaissin qui, en 1791, arborèrent les armes de France.

Vaison a donné à l'Église plus de quatre-vingts évêques, parmi lesquels figurent les saint Albin, les saint Quenin, les Théodose, etc. Simple chef-lieu de canton, elle ne renferme aujourd'hui qu'environ 3000 habitants ; mais tant de vicissitudes politiques n'ont pu lui ravir la grandeur austère de son paysage et le charme de ses vieux souvenirs. La ville redescend dans la plaine ; les quartiers nouveaux, avec leurs eaux et leurs ombrages, sont assez animés. La vieille cité est noire et sale ; mais, vue de loin, l'aspect en est pittoresque. Toutes ces rues sinueuses, bizarrement construites, grimpant sur les flancs d'un roc escarpé, sont dominées par les grandes murailles entre ouvertes du château, dont les ruines enserrent un village tout entier. Au bas, l'Ouvèze roule ses ondes torrentueuses dans un lit d'âpres rochers, passe sous une arche romaine et va se briser contre les restes d'un quai antique. On aperçoit, dans le lointain, la vieille cathédrale avec ses larges ogives naissantes, son cloître aux colonnettes courtes et ramassées, dont l'inscription fait la joie et le désespoir de tous les chercheurs d'énigmes. Les monuments, que tout antiquaire doit visiter, soit à Vaison, soit dans le voisinage, sont le pont même de l'Ouvèze, d'une seule arche assez bien conservée ; les débris d'un temple de Diane, devenu la chapelle de Saint-Quenin, les vestiges d'un aqueduc, de nombreuses inscriptions, et un tombeau orné de bas-reliefs figurant quelques-uns des travaux d'Hercule.

Source : Histoire des Villes de France, par Aristide Mathieu Guilbert 1845.

Château (ruines) et rocher qui les porte à Vaison la romaine
Crédit photo : Pascal-Jean Rebillat Photographies (Château (ruines) et rocher qui les porte, vaison la romaine)

bâtiment classé.

Informations structurelles

Château (ruines) et rocher qui les porte, Raymond VI, en 1189, dépouilla de nouveau l'évêque Bérenger de Reilhane, et fit jeter les fondements d'un château sur la montagne ; mais le prélat ayant excommunié les ouvriers, ceux-ci, remplis de frayeur, abandonnèrent les travaux. vaison la romaine, vaucluse

Localisation et informations générales

  • identifiant unique de la notice : 138123
  • item : Château (ruines) et rocher qui les porte
  • Localisation :
    • Provence-Alpes-Côte d'Azur
    • Vaucluse
    • Vaison-la-Romaine
  • Code INSEE commune : 84137
  • Code postal de la commune : 84110
  • Ordre dans la liste : 5
  • Nom commun de la construction :
    • La dénomination principale pour cette construction est : château
  • Etat :
    • Etat courrant du monument : vestiges (suceptible à changement)

Dates et époques

  • Périodes de construction :
    • Nous n'avons aucune informlation sur les périodes de constructions de cet édifice.
  • Date de protection : 1920/12/01 : classé MH
  • Date de versement : 1993/06/04

Construction, architecture et style

  • Materiaux:
    • NC.
  • Couverture :
    • NC.
  • Materiaux (de couverture) :
    • NC.
  • Autre a propos de la couverture :
    • NC.
  • Etages :
    • NC.
  • Escaliers :
    • NC.
  • Décoration de l'édifice :
    • NC.
  • Ornementation :
    • NC.
  • Typologie :
    • NC.
  • Plan :
    • NC.

Monument et histoire du lieu

  • Eléments protégés MH (Monument Historique) :2 éléments font l'objet d'une protection dans cette construction :
    • TERRAIN
    • ROCHER
  • Parties constituantes :
    • NC.
  • Parties constituantes étudiées :
    • NC.
  • Utilisation successives :
    • NC.

Autre

  • Divers :
    • Autre Information : propriété de la commune 1992
  • Détails : Château (ruines) et rocher qui les porte : classement par arrêté du 1er décembre 1920
  • Référence Mérimée : PA00082182

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