Amphithéatre ou Arènes à Nimes

Appelé dans le pays les Arènes, l'amphithéâtre de Nîmes a été construit sous les empereurs romains pour les spectacles publics. C'est dans ces sortes d'édifices que la grandeur et la magnificence du peuple-roi paraissaient avec le plus d'éclat.

Celui de Nîmes est un des plus beaux et des mieux conservés de l'antiquité. On ignore à quel prince on en doit la construction. Aucune inscription , aucune sculpture importante, ne dissipe entièrement les doutes. Antonin était originaire de Nîmes ; c'est à Antonin que quelques auteurs l'attribuent. Une inscription grecque indique qu'il existait à Nîmes un monument élevé en l'honneur de Trajan ; c'est à Trajan que quelques écrivains le rapportent. Enfin, les restes d'une inscription trouvée en 1809 dans les fouilles de l'amphithéâtre portent VIII. TRI. PO. Et comme Vespasien, Titus et Domitien ont seuls été huit fois consuls depuis Tibère, sous lequel il n'existait pas encore d'amphithéâtres dans les provinces ; c'est un de ces princes que plusieurs savants croient le fondateur des Arènes. Vespasien avait construit le Colisée, et tous trois ont vécu de la 77e à la 82e année de notre ère. Mais quel que soit parmi ces princes l'auteur de ce grand ouvrage, on ne peut se tromper sur son établissement que de quelques années, qui se perdent lorsque l'on considère sa haute antiquité.

Nous avons déjà, dans notre Introduction, fait connaître une partie des outrages et des dégradations que l'amphithéâtre des Arènes eut à souffrir des guerres intestines qui ravagèrent la contrée. Nous avons vu notamment que les premiers citoyens qui s'étaient retirés dans ce monument, transformé en château fort plusieurs siècles auparavant, avaient pris le titre de chevaliers du camp des Arènes. Ils formèrent un ordre dont les membres s'engageaient, par serment, à défendre ce poste de tout leur pouvoir. Ils établirent une ville à part dans le sein de la ville, et plusieurs fois ils forcèrent les consuls de la cité à transiger avec les intérêts de leur communauté. Leurs maisons, construites dans l'enceinte du monument et souvent avec ses propres débris, précipitèrent sa dégradation.

Cette ville particulière cessa d'être aussi bien habitée lorsque les temps de calme revinrent Les chevaliers abandonnèrent alors successivement leurs maisons à la populace, qui respecta moins encore qu'eux les restes de Rome. Les Arènes formaient un quartier de la ville dont la population était de 2000 âmes, et où le langage avait un accent particulier. Ce village subsista pendant plusieurs siècles et ne fut détruit qu'en 1809, époque à laquelle on déblaya entièrement l'amphithéâtre, grâce aux soins intelligents et à l'active persévérance de M. le baron d'Alphonse, préfet du Gard à cette époque, auquel les habitants du Gard et les artistes sont heureux de payer un tribut de reconnaissance.

Le lecteur comprendrait difficilement la destination précise de certaines parties de l'édifice, s'il ne se faisait d'abord une idée exacte de son vaste ensemble, de ses principales dimensions, de son admirable distribution. Nous allons donc en décrire toutes les parties aussi succinctement qu'il nous sera possible.

Description

Le plan de l'amphithéâtre est une ellipse dont le grand axe, pris extérieurement do l'est à l'ouest, a une longueur de 133 m. 38 c., et le petit axe, pris au dehors, a 101 m. 40 c. L'épaisseur des constructions, jusqu'au mur de l'arène en dedans de l'ellipse, est de 33 m. 54 c.

Quatre portes, placées dans la direction des quatre points cardinaux, ouvrent seules une communication avec l'intérieur de l'arène. Celles de l'est et de l'ouest, si on en juge par leurs dimensions, étaient destinées au service des spectacles ; celles du nord et du sud à la police de l'arène. Les premières ont, en arrivant à l'arène, 4m. 14 c. de largeur. Les autres ont seulement 1m. 18 c.

Toutes les constructions circulaires intérieures sont décrites par des courbes parallèles au mur intérieur nommé podium. Le seuil des portiques extérieurs de l'amphithéâtre est élevé de 2 m. 36 c. au-dessus du sol de l'arène, et c'est par une pente douce, rachetée par quatre marches récemment découvertes du côté de l'ouest, que l'on arrive à celle-ci.

La hauteur totale des Arènes, depuis le socle extérieur jusqu'au niveau du couronnement de l'attique, est de 21 m. 32 c.

Tout l'édifice a été construit dans un banc de poudingue et sur un plan de niveau. Les murs extérieurs sont conséquemment fondés à une profondeur égale à la pente qu'il y a du seuil des portiques extérieurs à l'arène, plus la hauteur des fondements du podium qui n'ont que 0 m. 37 c.

Soixante portiques forment la division circulaire extérieure de l'amphithéâtre. Ils ont tous une ouverture à-peu-près égale , à l'exception de trois portes principales, du nord , de l'est et de l'ouest. Ces portes ont une largeur de 4 m. 45 c. ; les autres portiques n'ont que 3 m. 79 c.

La décoration extérieure est formée de deux ordres, l'un sur l'autre, surmontés d'un attique.

On appelle dorique romain l'ordre d'architecture auquel ils paraissent appartenir.

Les pilastres du rez-de-chaussée sont sans base, et la plupart ont, aux trois-quarts de leur hauteur, une petite retraite en chanfrein dont l'utilité et l'usage n'ont pas été définis.

L'ordre du premier étage est formé de colonnes, engagées du tiers de leur diamètre. Leurs proportions sont celles de l'ordre dorique. Mais tout le reste de cette partie de l'édifice paraît plus recherché que ne l'est ordinairement cet ordre si simple, et le fait passer également pour un ordre dorique romain. La galerie correspondante était protégée par des appuis dont la hauteur au-dessus du pavé était égale à celle des piédestaux des colonnes du même étage. Chacun de ces appuis portait antérieurement, pour décoration, un bas-relief ; du moins les deux seuls qui existaient du temps de Gautier en portaient-ils, et le seul qui reste encore aujourd'hui, du côté nord-est, représente deux gladiateurs combattant au poignard.

L'attique qui couronne le monument forme piédestal en saillie , à plomb de chaque colonne, et porte, dans la partie qui sépare les piédestaux, deux consoles percées d'un trou circulaire.

Les portes de l'est et de l'ouest ont un avant-corps ; celle du nord est sans avant-corps ; elle est distinguée par un fronton au-dessus du second ordre : c'était la principale entrée. Cotte porte est décorée au rez-de-chaussée d'un entablement dont la saillie considérable est soutenue par deux consoles représentant des taureaux. Le second ordre porte la même décoration. La corniche est décorée d'un fronton triangulaire dont le sommet affleure le niveau du couronnement de l'attique.

Cette décoration a donné lieu à de longues dissertations ; il ne paraît pas cependant qu'on doive y attacher autant d'importance.

Toutes les pierres que les Romains ont employées dans la construction des Arènes sont extraites des carrières dont on se sert encore de nos jours. Plusieurs parties et notamment les galeries inférieures sont exécutées en pierre du Pont-du-Gard. Les pierres de taille sont d'une dimension énorme et beaucoup ont de 2 à 3 mètres cubes. Elles sont posées sans ciment, et la taille de leurs lits est aussi parfaite que leurs parements le sont peu. Ceux-ci paraissent en beaucoup d'endroits n'avoir pas été achevés. Les ciselures extérieures et intérieures des chapiteaux, impostes, archivoltes et corniches, ne sont terminées que sur quelques portiques du côté du midi.

Trente-cinq rangs de gradins, non compris quatre marchepieds qui servent de division à chaque précinction (On appelle précinction un certain nombre de gradins séparés des autres par une division et ayant leur entrée particulière. Chaque précinction était destinée à une classe de citoyens), sont établis dans l'intérieur de l'amphithéâtre, depuis le mur du podium jusqu'à l'attique. Ils sont divisés en quatre productions, ayant chacune leur séparation et leurs issues ou vomitoires particuliers.

La première précinction était la plus basse et la plus voisine de l'arène. Elle était uniquement réservée pour les familles des principaux personnages de la colonie ; elle était formée de quatre rangs de gradins. Le premier était protégé du côté de l'arène par un revêtement de dalles en pierre de taille d'une seule pièce couronnées d'une corniche en pierre et formant un parapet sur le premier marchepied. La première précinction était séparée de la seconde par un mur aussi revêtu en dalles et couronnée de la même corniche que celui du podium.

Plusieurs inscriptions, gravées en lettres onciales d'un bon style sur la corniche du podium et parfaitement conservées , ont été trouvées lors du déblaiement de l'amphithéâtre.

Les trois principales, quoique n'étant pas entières, indiquent assez quel fut leur objet.

La première, gravée sur une seule pierre de 2 m. 10 c. de longueur, porte :

N. AIR. ET. OVIDIS. LOCA. N. XXV.

Elle indique qu'une corporation ou une famille avait dans la première précinction cinq places. La seconde porte :

D. D. D. N. N. RHOD ET.

La troisième :

RAR .XL. D. D. D. N.

Ces deux dernières, si elles étaient formées de caractères absolument semblables et que l'indication du décret des décurions de Nîmes ne fût pas répétée à chacune, sembleraient n'avoir formé qu'une seule et même inscription. Elle se rapporterait alors aux nautes du Rhône et de la Saône, corporation puissante qui aurait eu 40 places dans l'amphithéâtre. C'est l'opinion de M. Artaud, savant antiquaire de Lyon, consignée dans les Annales encyclopédiques de 1818.

Les places de la première précinction étaient, en effet, divisées en loges séparées. On en a reconnu seize ayant toutes leur entrée par des vomitoires dans la galerie intérieure du rez-de-chaussée. Les traces de ces divisions existent encore sur chaque rang de gradins , où l'on peut remarquer une rainure dans laquelle étaient engagées des dalles de pierre de taille qui allaient d'un gradin à l'autre, et qui, réunies ensemble par des crampons de fer et posées dans le sens de la projection de tous les murs intérieurs, formaient la séparation de chaque loge.

Les loges d'honneur des consuls et du gouverneur de la colonie existaient sur la porte du nord, et celle des décurions, présidents et juges des jeux du cirque, étaient placées vis-à-vis sur la porte du sud. On retrouve sur les dalles en gradins qui recouvrent la petite porte du nord les traces des marches sur lesquelles était placée la chaise curule du personnage consulaire qui gouvernait la colonie. Sur le premier gradin de cette précinction, du côté sud-ouest, on trouve les restes d'une inscription en grands et beaux caractères. Quoiqu'elle soit trop incomplète pour qu'on puisse chercher à l'expliquer, on peut induire de ce qu'elle est seule ainsi placée, qu'elle attribuait à quelqu'un des places au second gradin de cette loge dont le premier gradin était déjà occupé.

La seconde précinction était formée par onze rangs de gradins ; on croit qu'elle était réservée pour l'ordre des chevaliers. Quarante-huit vomitoires, dont seize avaient leur entrée dans la galerie intérieure du rez-de-chaussée et trente-deux dans la galerie d'entre-sol, y conduisaient. Vis-à-vis de l'entrée de chaque vomitoire, dans l'intérieur du cirque, chaque gradin était entaillé de manière à former deux marches sur la hauteur de chaque siège, afin de faciliter la circulation sur tous les rangs de gradins. Cette précaution avait été négligée pour la quatrième précinction seulement ; celle-ci étant destinée à la dernière classe des citoyens et aux esclaves, n'avait pas paru mériter autant de soin de la part de l'architecte.

La troisième précinction était séparée de la seconde par un gradin de 0 m. 62 c. de hauteur, couronnée d'une plinthe en saillie. Dix rangs de gradins formaient cette précinction réservée pour le peuple. On y arrivait par trente vomitoires qui avaient leur entrée dans la galerie du premier étage. Elle était séparée de la quatrième précinction par un gradin couronné d'une plinthe, ayant les mêmes dimensions que celui dont nous venons de parler.

La quatrième précinction était formée de dix rangs de gradins dont le plus élevé s'appuyait sur le mur de l'attique. On y arrivait par trente vomitoires dont les entrées correspondaient à la galerie du second étage ; celle-ci était recouverte par une voûte demi-circulaire appuyée contre le mur extérieur.

Les trente-cinq rangs de gradins des quatre précinctions n'étaient pas tous d'une hauteur absolument égale ; mais la différence est presque insensible, et la diminution de hauteur est progressive des gradins les plus bas aux plus élevés.

Lorsqu'on se figure ces gradins couverts par la foule assistant aux jeux, il est impossible de ne pas se demander quel nombre d'individus pouvait y prendre place. Le développement exact des gradins le plus élevé est de 356 mètres, et le rang le plus bas de la première précinction a une longueur de 178 m. ; ce qui donne un développement moyen do 267 m. qui, pour trente-cinq gradins, donne 9,343 mètres de longueur générale pour tous les gradins réunis. En supposant que chaque individu occupe un espace de 0 m. 40 c. de largeur, on voit que 23,362 personnes trouvaient place dans l'amphithéâtre. On néglige dans ce calcul les lacunes que présentaient les vomitoires, espaces compensés par les marchepieds de chaque précinction, où beaucoup d'individus pouvaient prendre des places qui n'offraient d'autre inconvénient que celui de ne pouvoir appuyer les pieds sur le gradin inférieur, à cause de la hauteur de ces marchepieds.

Les spectateurs se distribuaient avec facilité dans tout l'amphithéâtre. De la galerie extérieure du rez-de-chaussée où ils pouvaient circuler librement, vingt-huit escaliers les conduisaient à la galerie d'entresol. Un pareil nombre d'escaliers établissait la communication de celle-ci avec la grande galerie du premier étage.

Des passages couverts de voûtes rampantes conduisaient aussi de la galerie extérieure du rez-de-chaussée à la galerie intérieure, d'où trente-deux petits escaliers conduisaient aux vomitoires des deux premières précinctions.

De la galerie d'entre-sol un pareil nombre d'escaliers conduit aux vomitoires supérieurs de la seconde précinction.

Trente escaliers communiquent directement de la galerie du premier étage aux trente vomitoires de la troisième précinction. Chacun d'eux conduit aussi à un double escalier qui monte dans la galerie du second étage, où le peuple et les esclaves trouvaient les trente vomitoires de la quatrième précinction. Ces derniers escaliers, pratiqués dans le cerveau de la voûte de la galerie du premier étage, étaient éclairés par de petites fenêtres ouvertes de chaque côté des chapiteaux des colonnes qui décorent le portique du premier étage.

Pour éviter tout encombrement dans les issues, paliers et galeries où débouchaient les divers vomitoires, tous les escaliers sont combinés de manière qu'ils augmentent toujours de largeur à mesure qu'ils descendent de la partie supérieure du monument et qu'ils reçoivent par conséquent les personnes placées dans les précinctions inférieures,

Les galeries de tous les étages, au nombre de cinq, étaient placées et combinées non seulement pour la facilité des distributions, mais encore pour mettre tous les spectateurs à l'abri d'un orage subit et imprévu. Dans ce dernier cas, quelques minutes pouvaient suffire pour évacuer tous les sièges par les 124 vomitoires, et chacun pouvait ensuite revenir à sa place dans le même espace de temps, sans trouble et sans confusion.

Un seul escalier pratiqué dans l'épaisseur du mur de l'attique au-dessus de la porte du nord ayant son entrée dans la galerie du second étage, permettait d'arriver sur le couronnement de l'attique pour le service de la tente qui, pendant les jeux, préservait les spectateurs des ardeurs du soleil.

Ce fait ne peut, du reste, être révoqué en doute. Tous les anciens auteurs ont fait mention de cette tente qui protégeait les spectacles du cirque, appelée velaria ou vela. Martial, dans une de ses épigrammes, annonce à ses amis « qu'il ira ce soir au Colisée la tête couverte, parce que le vent empêchera le service de la tente. »

Nam populo ventus vela negare licet.

Le mot velaria ou vela mis au pluriel annonce que cette tente devait se composer de plusieurs parties dont chacune portait le nom de velarium. Il est impossible , en effet, d'imaginer un pareil ouvrage fait d'une seule pièce, si difficile à déployer sur une surface aussi considérable.

Remarquons encore que les gradins unis et disposés en pente légère permettaient aux eaux, lors d'un orage, de s'écouler par d'innombrables rigoles dans les aqueducs souterrains; quelques minutes de soleil et de brise suffisaient pour sécher ces gradins , et, ainsi que dit M. Nisard, « les quarante mille spectateurs qui grondaient tout-à-l'heure dans l'immense fourmilière, reparaissaient tous à la fois et sans confusion par tous les vomitoires ; venaient d'abord les têtes, puis tous les corps, et les gradins, garnis de nouveau, battaient des mains à la rentrée des acteurs, hommes et bêtes. »

L'architecte qui construisit ce monument dut s'occuper surtout des moyens d'évacuer la grande quantité d'eau qu'un orage ou la saison des pluies devait jeter dans l'étendue de l'amphithéâtre. Il établit une grande quantité d'égouts destinés au besoin des spectateurs et aux écoulements des eaux. Les premiers avaient leurs ouvertures placées, au nombre de deux cent quarante, dans les paliers d'entre-sol, au-dessus de la galerie du premier étage, dans les passages de communication du rez-de-chaussée, dans les passages des vomitoires des deux premières précinctions et dans la galerie d'entre-sol. Ils se vidaient sous la galerie extérieure du rez-de-chaussée, dans les pierres dont elle était remblayée jusqu'au niveau du sol. Les seconds, placés en grand nombre et en divers endroits, recevaient toutes les eaux pluviales et les transmettaient dans un aqueduc circulaire qui régnait dans l'intérieur du monument et dans un autre aqueduc creusé autour de l'arène, à une petite distance du mur du podium. L'arène dont la surface était bombée, se vidait dans ce dernier aqueduc qu'on a retrouvé presque entier et qui se nomme l'Euripe.

Un dernier aqueduc qui se dégorgeait dans les fossés de la ville, recevait toutes les eaux des précédents.

Ce même aqueduc devait se prolonger au nord-ouest de l'amphithéâtre jusques à la fontaine dont il pouvait conduire l'eau vers l'arène pour y servir aux joutes ou Naumachies. Les doutes élevés d'abord à cet égard sont aujourd'hui entièrement dissipés par la récente découverte d'un plan incliné recouvert d'un dallage du côté de la porte de l'ouest et des deux escaliers monolithes adossés contre la première galerie du rez-de-chaussée, du côté de l'arène, par où les jouteurs s'élançaient dans les galères. Ce fait, maintenant acquis, était déjà révélé par la distance qui sépare du mur du podium les pierres de son revêtement si artistement jointes. On pense que ce vide dut être rempli de terre glaise qui suffisait sans doute pour éviter les filtrations de l'eau ; les rainures découvertes à la porte de l'arène du coté de l'est étaient sans doute faites pour recevoir une vanne destinée à retenir les eaux ; des vannes semblables auraient, dans ce cas, été placées aux autres portes. Enfin, la pente qui existe du sol des portiques extérieurs au sol de l'arène n'a pu être établie que pour que l'eau, égalant en profondeur cette pente, ne pût se répandre au-dehors.

Toutefois, si des Naumachies ont eu lieu dans l'amphithéâtre, les combats des gladiateurs durent souvent y être livrés par imitation de Rome. Les mœurs gauloises appelaient aussi dans l'amphithéâtre des combats de bêtes, des courses de taureaux, des luttes d'hommes. Ces derniers jeux sont venus jusqu'à nous ; religieusement conservés, à toutes les époques, par les consuls de Nîmes ; et dans la belle saison ils continuent d'avoir lieu dans l'amphithéâtre. Mais ils ont étrangement perdu de leur prestige et nos consuls modernes se montrent heureusement disposés à proscrire les courses de taureaux que réprouvent nos mœurs actuelles. Les luttes d'hommes et les jeux olympiques méritent seuls d'être maintenus.

On s'est occupé de savoir comment était placée la tente qui préservait les spectateurs des injures de l'air, et dont l'existence est démontrée par les cent vingt consoles saillantes placées au niveau du couronnement de l'attique, en dehors du monument, et percées chacune d'un trou rond de 0,30 c. de diamètre, indiquant assez qu'elles étaient destinées à recevoir autant de poteaux qui servaient de points d'appui au mécanisme des velaria. Etait elle verticale comme celles dont se servent de nos jours les écuyers dans leurs cirques découverts, ou bien était-elle horizontale comme le pensent les auteurs des antiquités du Midi de la France et composée d'espèces de stores roulant sur des cordes horizontales, ainsi que l'a si ingénieusement exécuté notre savant compatriote M. Pelet, sur le modèle en relief de l'amphithéâtre acquis par le Gouvernement ? Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question, et nous renvoyons les lecteurs aux ouvrages plus étendus où elle est traitée.

En déblayant l'amphithéâtre en 1809, on découvrit une grande construction dans l'arène au-dessous du sol antique : C'étaient de grands murs parallèles et disposés en croix. La grossièreté des moellons smillés, la qualité du ciment, l'irrégularité de la bâtisse, ne permettaient pas de croire que cette construction appartînt à l'amphithéâtre. Il était évident qu'elle était infiniment postérieure, pour l'époque où elle avait été établie. On conjectura que ce pouvait être les restes d'une église souterraine, bâtie par les premiers chrétiens dans les temps de persécution. Le plan en croix de cet édifice, sa position sous le sol de l'arène déjà couverte de ruines, son isolement au milieu d'un monument qui était alors abandonné, tout semble confirmer cette conjecture.

Lorsque, plein de l'idée de la savante distribution de ce monument, on remonte à l'époque où les architectes romains vinrent, la verge à la main, pour arracher du fond des carrières et traîner jusqu'à Nîmes ces matériaux élevés en édifice que trente sièges et vingt siècles ont à peine ébranlés, on est frappé tout à la fois d'une religieuse admiration et d'une indignation puissante. On est forcé de reconnaître que les Romains ne donnèrent à la Gaule la préférence pour y multiplier ces étonnantes constructions, que parce que les Gaulois étaient les plus redoutables des peuples qu'ils avaient vaincus. L'esclavage le plus dur pesa sur ceux qui inspiraient le plus de terreur. Des populations entières furent condamnées à une servitude corporelle dont à peine l'histoire a conservé le souvenir, parce que l'histoire de ce temps fut écrite par des Romains.

Mais tandis que les peuples gaulois gémissaient, une nouvelle génération croissait dans leurs murs ; c'était celle des amis de Rome et des colons que le Sénat y avait envoyés. Bientôt les malheurs de la race primitive et la prospérité de l'autre donnèrent à celle ci l'avantage ? du nombre. Nos provinces alors et en peu d'années parurent entièrement romaines.

Cependant, les cirques et les thermes venaient de s'ouvrir, les amphithéâtres étaient achevés, et la foule accourait dans les premiers, conduite par la curiosité et par ses nouveaux besoins, attirée dans ceux-ci par cet instinct du sang naturel à tous les peuples anciens. Ici, les dames romaines venaient applaudir aux coups adroits d'un gladiateur, précipiter d'un geste la mort du vaincu, louer la pause héroïque qu'il savait prendre en mourant.

A ce combat en succédaient de plus sauvages. Les condamnés venaient subir le supplice des bêtes. Armés d'une courte épée, ils disputaient leur vie aux tigres de l'Inde, aux lions de l'Arménie. Souvent de simples courses de taureaux ou des combats de bêtes féroces exerçaient l'adresse, excitaient la joie des innombrables spectateurs. Mais le spectacle préféré des Volces était la lutte, exercice transmis de l'Armorique dans le reste des Gaules et dont l'usage s'est conservé jusqu'à nos jours aux deux extrémités de cette vaste. contrée. Enfin, aux fêtes solennelles, l'arène était transformée en un bassin où volaient des barques légères qui se livraient des combats simulés en mémoire de la victoire d'Auguste à Actium.

Ainsi, le joug de Rome, d'abord si pesant, s'allégeait d'année en année, et bientôt les Gaulois et les Romains, réunis par les plaisirs et par les intérêts nouveaux, ne firent plus qu'une même nation. Après peu de siècles, nos belles contrées passèrent sous d'autres maîtres qui ne nous donnèrent plus de jeux en échange de l'esclavage.

Longtemps, sous eux, l'amphithéâtre fut désert, et les premières voix dont il retentit furent celles des chrétiens fugitifs, cachant le berceau de leur église naissante au milieu des restes silencieux des spectacles païens. Bientôt les échos des grandes galeries répétèrent des cris de guerre et de mort, et ce fut pendant longtemps.

Après mille ans, c'est encore aux jeux publics que sont consacrées ces ruines. Mais ce n'est point lorsque la foule poursuit des taureaux étonnés à la vue de la multitude qui les entoure, ou lorsque le peuple applaudit aux coups qu'ils ont su porter, que l'ami des arts vient ici se ressouvenir de Rome.

Il choisit le moment où le voyageur seul est admis dans l'amphithéâtre, où le soleil ne dore plus que l'attique du monument. Il admire d'abord de ce sommet l'admirable spectacle qui se déploie. Au nord , les boulevards tracés par de magnifiques façades au milieu desquelles se distinguent l'hôpital, l'église St-Paul, le Théâtre et la Tourmagne qui semble les terminer ; au midi, l'Esplanade avec sa riche fontaine, l'avenue Feuchères et les élégantes façades dont elle est bordée, l'Embarcadère assis sur ces innombrables arcades dont la silhouette rappelle les aqueducs antiques, et derrière ce riche premier plan , la belle plaine du Vistre, semée de riches villages; des deux autres côtés, les nombreux édifices de la ville ; plus près, la vaste circonférence de l'amphithéâtre percée de portiques, de vomitoires, d'ouvertures pratiquées par les barbares de tous les temps, et couronnée à l'orient par les débris de la tour des Visigoths ; sous ses pas enfin, les nombreux gradins qui descendent vers l'arène. Il s'assied alors sur le gradin le plus élevé, et là sa pensée ressuscite tour-à-tour les générations qui firent successivement retentir cette enceinte de leurs acclamations. Il voit les personnages consulaires présider aux jeux, les chevaliers du camp des Arènes prêter le serment des braves, les Maures défendre en héros leur dernier asile. Mais il ne songe pas qu'il est assis sur le gradin où se pressaient des Gaulois faits esclaves, et que sous ces portiques le sang humain a ruisselé mille fois. Dans ses rêves poétiques, il ne voit que la grandeur des temps passés, et il demeure insensiblement plongé dans une mélancolique contemplation. Le vent du soir vient ensuite proférer un murmure à travers ces galeries obscures sur lesquelles se dessinent en blanc les premiers effets de la lune. Un faible cri retentit près de lui et le rappelle à la pensée : c'est celui de l'oiseau de nuit, hôte de ces ruines.

L'ombre immense d'un des côtés du monument est projetée par la lune sur les gradins opposés en découpures fantastiques. L'étranger se lève , descend les gradins, s'enfonce dans les galeries à demi-éclairées par les reflets de l'astre des nuits et qu'il fait retentir du bruit de ses pas ; il quitte , plein d'émotion, ces voûtes, ces portiques, et s'éloigne de ces lieux dont il emporte un de ces puissants souvenirs que le temps même n'efface pas.

Source : Album archéologique et description des monuments historiques du Gard par Simon Durant, Henri Durand, Eugène Laval.

Amphithéatre ou Arènes à Nimes
(Amphithéatre ou Arènes, nimes)

bâtiment classé.

Informations structurelles

Amphithéatre ou Arènes, Appelé dans le pays les Arènes, l'amphithéâtre de Nîmes a été construit sous les empereurs romains pour les spectacles publics. C'est dans ces sortes d'édifices que la grandeur et la magnificence du peuple-roi paraissaient avec le plus d'éclat. nimes, gard

Localisation et informations générales

  • identifiant unique de la notice : 46037
  • item : Amphithéatre ou Arènes
  • Localisation :
    • Languedoc-Roussillon
    • Nîmes
  • Code INSEE commune : 30189
  • Code postal de la commune : 30000
  • Ordre dans la liste : 1
  • Nom commun de la construction : 3 dénomiations sont utilisées pour définir cette construction :
    • théâtre
    • amphithéâtre
    • arène
  • Etat :
    • L'état actuel de cette construction ne nous est pas connue.

Dates et époques

  • Périodes de construction :
    • La construction date principalement de la période : haut-empire
  • Date de protection : 1840 : classé MH
  • Date de versement : 1993/10/21

Construction, architecture et style

  • Materiaux:
    • NC.
  • Couverture :
    • NC.
  • Materiaux (de couverture) :
    • NC.
  • Autre a propos de la couverture :
    • NC.
  • Etages :
    • NC.
  • Escaliers :
    • NC.
  • Décoration de l'édifice :
    • NC.
  • Ornementation :
    • NC.
  • Typologie :
    • NC.
  • Plan :
    • NC.

Monument et histoire du lieu

  • Interêt de l'oeuvre : Site archéologique : 30 189 82 AH ; 18 04 1914 (J.O.)
  • Eléments protégés MH (Monument Historique) :
    • Notre base de données ne comprend aucun élément particulier qui fasse l'objet d'une protection.
  • Parties constituantes :
    • NC.
  • Parties constituantes étudiées :
    • NC.
  • Utilisation successives :
    • NC.

Autre

  • Divers :
    • Autre Information : propriété de la commune 1992
  • Photo : 5ecb643b36154c4b43d5b3fa26853b80.jpg
  • Détails : Amphithéatre ou Arènes : classement par liste de 1840
  • Référence Mérimée : PA00103091

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Amphithéatre ou Arènes à Nimes. par pierre bastien
Amphithéatre ou Arènes, nimes
Description par pierre bastien :

Arenes 

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Description par pierre bastien :

Arenes

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Description par pierre bastien :

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