Chapelle Notre-Dame-du-Pilier-de-Saragosse à Pompierre

Chapelle dite Notre-Dame-du-Pilier-de-Saragosse, peut-être construite en 1665, date autrefois portée par une croix d'antéfixe, elle remplacerait une chapelle du même vocable, érigée à la fin du 16e siècle plus au nord, en bordure de la voie romaine, d'après la tradition, à la suite du voeu d'un chaudronnier du village nommé de May, qui avait fait le voyage à Saragosse.

Source : ministère de la culture.

Nostre-dame des piliers Pompierre

" Notre-Dame del Pilar ! Nostre-Dame du Pilier de Saragosse ! Notre-Dame de Pitié de Saragosse "

Quelle singulière, quelle inattendue invocation en ce pays de Lorraine Sommes-nous bien aux rives du Mouzon, à deux lieues de Neufchâteau ? Le voilà au-dessous de nous, le joyeux Mouzon.

Comme il court allégrement dans sa vallée qui se resserre et se fait plus élégante à mesure qu'elle approche de la ville ! Tout à l'heure il va s'aventurer sous ces roches menaçantes et surplombant la route qui faisaient si peur à nos yeux d'enfants quand il nous fallait passer là.

Il ne craint rien des roches, notre Mouzon c'est en fredonnant quelque vieille-chanson qu'il se hâte, reflétant au passage de beaux frênes au feuillage dentelé, à la taille souple, des tilleuls ombrés et alourdis de fleurs, quelques sorbiers aimés des grives, et ces longs peupliers dont le reflet sans fin tremblote dans les eaux, plissées non de rides, mais de sourires.

Lui non plus ne se soucie de Notre-Dame del Pilar, dont l'antique chapelle, assise là-haut au bord de la vieille route, ne voit plus que de rares passants. Oh ! la vieille route si vieille, et qui porta tant de noms, depuis les jours lointains où des soldats envoyés par l'empereur de Rome vinrent ici de toutes les races et de tous les pays pour construire la voie de Langres à Toul.

Elle fut successivement ici ou là le "Haut-Chemim", "la Levée", "le Chemin-Ferré", "la Charrière", "le Vieux-Chemin", "le Chemin des Sarrasins", "la Voie romaine".

Elle n'est plus que la Vieilie-Route.

Les bicyclettes l'ignorent les automobiles ne connaissent aucun de ses noms. Laissons sur la route neuve automobiles et bicyclettes coqueter dans la vallée avec ce vieux beau de Mouzon éternellement jeune, et au-dessus du grippol (pente rapide) qui domine Pompierre, reposons quelques instants nos frivoles activités sous l'auvent de la vieille chapelle.

La première idée du voyageur en lisant l'inscription est de dire des Espagnols ont passé par ici.

Il se souvient alors que nous ne sommes pas éloignés de la Franche-Comté si longtemps espagnole, depuis le jour où Marie de Bourgogne, fille de Charles-le-Téméraire, le dernier duc, aliéna toute une province française à la maison d'Autriche par son mariage avec Maximilien 1er en 1477.

S'il est du pays, il sait aussi que les habitants d'un village de la sénéchaussée de la Mothe, Bleuvaincourt, étaient appelés les Espagnols, et il ne lui faut pas un grand effort d'imagination pour se figurer les beaux chevaliers et les soudards au visage basané s'agenouillant sur le chemin en murmurant dévotement "Nostra Senora del Pilar".

Est-ce à dire cependant que nous devions à des étrangers et cette vieille dévotion et l'érection de cette chapelle ? Nous ne le pensons pas. La terre lorraine était ici trop généreuse, la sève trop puissante pour qu'une race étrangère pût greffer sur la nôtre ses coutumes et sa religion. Tout au plus pourrions-nous admettre qu'un pèlerin, au retour de son pieux voyage, ait tenu à élever ce petit temple en témoignage d'une grâce obtenue à Saragosse.

N'est-ce pas cette voie que suivit saint Thiébaut, des comtes de Champagne, le grand pélerin d'Austrasie, quand après ses multiples voyages à Saint-Jacques-de-Compostelle et ailleurs, il prit finalement la grande voie de Trèves pour gagner ces forêts germaniques où il se fit ermite et oublia tous les chemins de la terre ? A Clefmont, un des sommets et l'une des anciennes forteresses du Bassigny, à Saint-Thiébaut, prés de Bourmont, siège ancien d'un bailliage, à Bermont dont l'ancienne chapelle, chère à Jeanne d'Arc, était placée sous son patronage, et où la fontaine de saint Thiébaut dort toujours sous les arbres, il a laissé de lumineuses traces de son passage.

Certains archéologues ont voulu attribuer la fondation de la chapelle à la famille lorraine des Piliers ; c'est par un jeu de mots que Notre-Dame des Piliers serait devenue Notre-Dame del Pilar. Mais comment et par qui, en plein moyen âge, quand le souvenir de l'origine de cette chapelle n'était pas effacé encore, par quel audacieux, dis-je, cette transformation eût-elle pu s'accomplir, heurtant de front les souvenirs et les traditions ?

Nous croyons la vérité tout à la fois plus simple et plus compliquée, parce que la chronique orale n'est pas muette à ce sujet. A la base de toute tradition populaire, même quand la légende y a brodé ses folles arabesques, on trouve souvent la vérité.

Et d'abord Pompierre est connu depuis un temps très ancien sous le nom de Pons petroeus; d'après Grégoire de Tours une entrevue eut lieu en ce village, en l'année 577, entre, Gontran, roi de Bourgogne, et son neveu Childebert, roi d'Austrasie.

Un autre pont de pierre, romain aussi celui-là, le pont Saint-Part, ou Cinq Parts, est debout encore, mais croulant, à quelques kilomètres en amont du Mouzon au nord-ouest de la Mothe.

Ainsi des deux ponts jetés par les Romains sur le Mouzon, l'un vivra dans le souvenir du peuple, grâce à ce nom de Pompierre mais dans quelques siècles, qui-se rappellera ce pont Cinq-Parts si résistant cependant à l'usure des âges et, semble-t-il, retardé seulement dans sa ruine par la crainte de cet oubli définitif qui est la mort des choses ?

A quelle époque et à la suite-de quelle inondation disparut le premier ? C'est le secret. du passé. Les culées de ce pont existent encore au canton dit des Pilares et à peu de distance de la chapelle.

Dans les siècles de guerre et d'ignorance qui suivirent l'invasion des barbares, on avait peu le temps ou le goût de tailler la pierre pour construire les chapelles et les châteaux on se contentait le plus souvent d'utiliser les débris des anciennes constructions.

Il est donc probable que, dès cette époque, les piliers de ce pont devenu inutile avaient été employés à l'érection d'une chapelle à la Vierge sous le vocable de Notre-Dame des Piliers.

Et chaque été les jeunes bachelettes qui gardaient les troupeaux dans la vallée se plaisaient à cueillir les fleurs des prés et des bois pour en emplir l'agreste sanctuaire.

Les hommes nobles eux-mêmes tenaient en dévotion la Vierge des Piliers plus d'un, avant la croisade, venait lui recommander sa dame, ses enfants et son château.

Un soir d'été (on ne sait plus en quel siècle), un chevalier des environs eut l'imprudence de partir en guerre sans venir faire son oraison à Madame la Vierge.

Comment se nommait-il, ce paladin téméraire ?

Seule pourrait nous répondre la mélancolique et lugubre légende que trouva Victor Hugo sur une tombe d'Allemagne, et qu'il a rapportée dans son livre Le Rhin : "l'ox tacuit, periit lux, nox ruit et ruit umbra."

"La voix s'est tue, la lumière est morte, la nuit et l'ombre de l'oubli sont descendues."

Le chevalier germain était sans tête et sans nom.

Le nôtre n'a point de nom il est pour nous comme s'il n'avait point de tête car la légende de Pompierre ne se souvient plus.

Comment t'appelais-tu, vaillant des vieilles guerres ?

Étais tu ce mystérieux chevalier ayant dans ses armes un loup embrassant la croix, que portait en relief une antique pierre sculptée du vieux Bourmont et que nous croyons être un Saint-Loup à cause de l'objet de son adoration ?

Une famille de ce nom avait la seigneurie de Jainvillotte, ici, tout prés de Pompierre.

Peut-être étais-tu un Saint-Loup ?

Tout ce que nous savons, c'est que ton ménil était riant et agréable, ton épouse pieuse et sage, tes enfants nombreux et déjà enclins aux jeux de guerre. Souvent la guerre en prend dix et n'en rend qu'un. Aussi la bonne dame plorait-fort à la partance de son seigneur et lui, comme Joinville, n'osait en s'en allant regarder derrière lui de peur de perdre son courage.

Les semaines passèrent, puis les mois. Chaque jour la dame désolée s'acheminait vers la petite chapelle des Piliers pour y invoquer Notre-Dame; son cœur battait d'espérance en retournant ensuite au manoir et se fondait de douleur à le retrouver parce que l'amé n'y était plus.

Les années s'écoulèrent la châtelaine continuait ses dolentes visites à Notre-Dame et le chevalier ne revenait pas.

Et ménestrel, ni jongleur, ni pèlerin ne pouvaient dire ce qu'il était devenu. Il y avait bientôt sept ans qu'il avait quitté le doux pays lorrain. Et les hirondelles elles-mêmes ne pouvaient donner de ses nouvelles, parce que les hirondelles de Lorraine ne passent point à Saragosse dans leurs migrations d'hiver et qu'il était alors captif de guerre à Saragosse, dans la plus grosse tour. Là dans le jour crépusculaire de la geôle, celui qui ne savait point pleurer reçut le don des larmes.

Et il passait ses journées à regretter la vallée où le Mouzon chante, et sa châtelaine, et ses enfançons auxquels il ne pouvait apprendre à manier la lance. En ce pays d'Espagne, personne ne lui parlait dans sa langue et lui ne connaissait pas le castillan.

Or un jour qu'il s'était jeté dans un coin, navré de solitude et d'ennui, des cris de joie, des hymnes religieuses vinrent frapper son oreille à travers les murs du cachot.

" Notre-Dame del Pilar priez pour nous "

L'invocation se répétait, sans fin, chantée par des milliers de pèlerins. Le chevalier se souvint alors qu'en son pays aussi on invoquait Notre-Dame des Piliers, et qu'il ne lui avait point fait visite avant son départ.

Et il en eut grande douleur et repentance.

Et il pria ardemment, et s'endormit en oraison.

Or, il advint que Notre-Dame des Piliers elle-même, non plus en sa rigide robe de pierre des bords du Mouzon, mais dorée, vêtue de soie et parée à la mode espagnole, lui apparut avec son visage un peu rude de lorraine et lui dit "Chevalier ! tu n'as pas eu confiance en moi dans ton pays. Vois comme je suis honorée et vêtue en Espagne. Souviens-toi de moi, et répare à Pompierre mon sanctuaire qui tombe en ruines à ce prix tu reverras ta dame, et tes damoisels, et ton riant château. "

Et le chevalier s'éveilla et il eut à peine le temps de faire son vœu à Madame la Vierge que déjà le peuple, en signe de liesse. et con-jouissance, venait lui ouvrir toutes grandes les portes de la tour.

Plusieurs mois après, un soir d'octobre, la dolente châtelaine se lamentait et priait prés de son foyer, quand l'huis retentit d'un coup sonore. Et tout de suite debout elle dit c'est lui parce qu'elle avait reconnu sa manière de frapper le heurtoir. Et c'était lui, mais combien maigre, hâve et vieilli ! L'année suivante, la chapelle croulante était transformée et embellie ; et Notre-Dame des Piliers était devenue Notre-Dame del Pilar, Notre-Dame du Pilier de Saragosse, Notre-Dame de Pitié de Saragosse.

Et quand le touriste, après s'être reposé quelques instants sous l'auvent de la chapelle, redescend à Pompierre, et qu'il s'arrête devant le portail du roi Gontran reconstruit au XIIIe siècle, et appliqué à l'église actuelle dont il forme l'entrée, il.comprend combien cette terre est riche de souvenirs.

Alc. MAROT.

Source :

  • Titre : Le Pays lorrain : revue régionale bi-mensuelle illustrée
  • Auteur : Société d'archéologie lorraine
  • Éditeur : Berger-Levrault (Nancy)
  • Date d'édition : 1904
Chapelle Notre-Dame-du-Pilier-de-Saragosse à Pompierre
Crédit photo : LEPIOTE47 (Chapelle Notre-Dame-du-Pilier-de-Saragosse, pompierre)

bâtiment remarquable.

Informations structurelles

Chapelle Notre-Dame-du-Pilier-de-Saragosse, Chapelle dite Notre-Dame-du-Pilier-de-Saragosse, peut-être construite en 1665, date autrefois portée par une croix d'antéfixe, elle remplacerait une chapelle du même vocable, érigée à la fin du 16e siècle plus au nord, en bordure de la voie romaine. pompierre, vosges

Localisation et informations générales

  • identifiant unique de la notice : 144105
  • item : Chapelle Notre-Dame-du-Pilier-de-Saragosse
  • Localisation :
    • Lorraine
    • Vosges
    • Pompierre
  • Adresse : R.D.1
  • Code INSEE commune : 88352
  • Code postal de la commune : 88300
  • Ordre dans la liste : 1
  • Nom commun de la construction :
    • La dénomination principale pour cette construction est : chapelle
  • Etat :
    • L'état actuel de cette construction ne nous est pas connue.

Dates et époques

  • Périodes de construction :
    • Nous n'avons aucune informlation sur les périodes de constructions de cet édifice.
  • Année : 1665
  • Enquête : 1978
  • Date de versement : 1995/10/24

Construction, architecture et style

  • Materiaux: 3 types de matériaux composent le gros oeuvre.
    • calcaire
    • moellon
    • enduit
  • Couverture : On remarque 3 types de couverture différents :
    • toit à longs pans
    • croupe
    • toit
  • Materiaux (de couverture) :
    • L'élément de couverture principal est tuile mécanique
  • Autre a propos de la couverture :
    • NC.
  • Etages :
    • Etage type : 1 vaisseau
  • Escaliers :
    • NC.
  • Décoration de l'édifice :
    • NC.
  • Ornementation :
    • NC.
  • Typologie :
    • NC.
  • Plan :
    • Plan Type 'plan allongé'

Monument et histoire du lieu

  • Eléments protégés MH (Monument Historique) :
    • Notre base de données ne comprend aucun élément particulier qui fasse l'objet d'une protection.
  • Parties constituantes :
    • PArtie constituante relevée : enclos
  • Parties constituantes étudiées :
    • NC.
  • Utilisation successives :
    • NC.

Autre

  • Divers :
    • Autre Information : propriété publique © région lorraine
  • Auteurs de l'enquête MH :
    • Roussel Francis
    • Malinverno Bruno
    • Guillaume Jacques
  • Référence Mérimée : IA00126836

Le dossier complet est disponible : Conseil régional de Lorraine - service régional de l'inventaire généralHôtel Ferraris - 29, rue du Haut Bourgeois 54000 Nancy - 03.83.32.90.63

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