Chapelle Notre-Dame-du-Salut à Fecamp

Sur les deux côtes qui bordent Fécamp vers la mer, s’élevèrent autrefois deux chapelles de la Sainte-Vierge, semblables à des anges préposés à la garde de la ville ou à des phares destinés à éclairer l'entrée du port. L'une s’appelait Notre-Dame-de-Grâce ; l'autre, Notre-Dame-de-Salut. La première était située sur la côte, à l’ouest, près la ferme de Rénéville ; il n'en reste plus aujourd'hui pierre sur pierre, et son existence n'est connue que par la tradition, les cartes géographiques et les titres de propriété.

La seconde chapelle, encore célèbre aujourd'hui, est située sur le Heurt de Fécamp, appelé aussi le Cap Fagnet et elle est connue indifféremment dans l'histoire sous les noms de Prieuré de Notre-Dame du Fort Beaudouin et de Notre-Dame de Beaudouin du bourg.

Ce sanctuaire de la paix et du salut a été placé sur le théâtre de la guerre et de la mort. Tout le monde sait que ce rocher, qui n'entend plus que le bruit de la vague contre l'écueil, retentit autrefois du fracas des armes et des cris des combattants. Le vent de la mer, qui n'agite plus que le chardon sur les ruines, agita jadis bien des lances, fit flotter bien des bannières et déploya bien des étendards. Ici chaque brin d'herbe recouvre une muraille; chaque pierre tombée est le débris d'une tour. Regardez autour de vous vous voyez de longues chaînes de fossés qui remparent la colline du côté de la vallée. Vers la plaine, des fosses profondes, de larges coupures sont destinées à l'isoler de l'enceinte fortifiée. Ces murs ont été battus par bien des tempêtes, la main du temps s'est appesantie bien des fois sur la crête de ces fossés, bien des pierres ont roulé dans ces douves profondes. Eh bien ! malgré cela ces fossés n'ont pas moins de 40 à 45 mètres de largeur sur 20 à 30 mètres de profondeur. Un cavalier est encore debout à l'Orient de la chapelle, comme s’il cherchait à voir quels ennemis s'avancent dans la plaine.

Ce fut donc une touchante pensée que de placer ainsi au sein des dangers et de la mort, le sanctuaire du salut et de la vie. Remarquez que de tout cet appareil de puissance qui semblait assurer au fort Beaudouin une existence éternelle, il ne reste plus que l'humble chapelle qui règne en paix sur les débris des tours, à peu près comme l'hermite du Vésuve foule au pied les villes renversées par l'éruption volcanique qui toujours épargne sa demeure.

Ces grands murs restés debout vers la mer, en s'appuyant sur des contre-forts, comme des vieillards sur des bâtons, ce sont les restes du prieuré que la protection de Notre-Dame a sauvés des ravages de la guerre. Mais si la Sainte-Vierge les a protégés une fois contre la colère des hommes, depuis ils l'ont protégée bien souvent contre les tempêtes et les vents de la mer.

L'origine de cette chapelle se perd sans doute dans la nuit des temps, mais à défaut de documents historiques, nous citerons une tradition que nous savons depuis notre enfance.

On raconte qu'un duc de Normandie étant sur le point de faire naufrage, fit vœu s'il échappait au danger, de bâtir trois chapelles à la Sainte-Vierge sur les bords de la mer. Sauvé par miracle, il fit construire celle de Notre-Dame de la Délivrande près Caen, celle de Notre-Dame de Grâce à Honfleur, et enfin celle de Notre-Dame de Salut à Fécamp.

La chapelle de Chantereine à Cherbourg est due à un événement semblable. Nous ferons remarquer que toute la côte de la Normandie est pour ainsi dire bordée de chapelles à la Sainte-Vierge. Il y en a autant que de ports et autant que d'écueils. A Dieppe, c'est Notre-Dame des Grèves; à Saint-Vallery, Notre-Dame de Bon Port; à la Grand’Vallée, Notre-Dame de Janville; à Fécamp, Notre-Dame de Salut; à l'entrée de la Seine, Notre-Dame de Grâce; à la passe de Villequier, Notre-Dame de Barre-y va; sur les rochers du Calvados, Notre-Dame de la Délivrande; enfin entre le cap de la Hague et le promontoire de la Hougue, c'est Chantereine. Toutes ces chapelles étaient pour nos vieux marins autant d'étoiles pendant la nuit, autant de phares dans la tempête.

Celle de Fécamp était plus qu'une simple chapelle, c’était un prieuré en titre, dont le nom revient à chaque instant dans les délibérations capitulaires de l'abbaye.

Pour pénétrer dans la chapelle il faut traverser des couloirs mystérieux, vrais labyrinthes sacrés faits avec les murs croulants de l’ancien fort et de l'ancienne église. Dés l'entrée, on voit dans le mur des chapiteaux du XIIIe siècle, ce qui m’a fait naître la pensée que l'espèce d'atrium ou de péristyle qui précède la chapelle, est l'ancienne nef ruinée sans doute par la guerre ou par les tempêtes (On trouve la preuve de l'existence d'une nef à la chapelle de Notre-Dame dans les délibérations capitulaires du 29 août 1669. Archives départementales).

Cet aitre est tout rempli de saints débris, ce sont des silex écroulés, des fûts de colonnes, des moulures, des pierres tombales, des fragments de statue, etc. Au nord est une rose ronde qui devait surmonter le portail. Dans les murs collatéraux sont des colonnettes et des chapiteaux noyés dans la maçonnerie, mais nulle part le XIIIe siècle n'est plus apparent que dans l'arcade rebouchée par le placage grossier du portail.

L'extérieur de la chapelle est bien misérable, il n'y a plus qu'un chœur et un clocher, encore le clocher n'est plus qu'un tronçon fait de pièces et de morceaux. Primitivement ce dut être une tour carrée en pierre tuffeuse percée de cintres romans. Deux fenêtres qui subsistent encore, révèlent le XIe siècle. Un toit d'ardoise, très abaissé, recouvre ce vieux chef tant outragé par les ans.

Le chœur, miné par le temps, est soutenu par des contre-forts du XIIIe siècle. Au bout il est terminé par deux fenêtres à trois meneaux garnies de tores et de roses rondes renfermant des roses à cinq feuilles dans le style du XIVe siècle.

Une sacristie bâtie en 1669 masque ces belles fenêtres.

Toutes les ouvertures du chœur sont des ogives du XIIIe siècle rapetissées au XIVe. Une de celles du côté nord a un remplissage du XVIe.

En entrant dans l'église on trouve à gauche une chapelle de Notre-Dame des douleurs, addition du XVIe siècle, reconnaissable aux voûtes et aux flammes bien martyrisées de la fenêtre.

La voûte du clocher n'existe plus, mais les arcades du XIIIe siècle qui supportent le tour sont fort curieuses. Celle du chœur, voussure à plusieurs tores, a des chapiteaux polygones sur lesquels sont des boutons légèrement ouverts. C'est évidemment la fin du XIIIe et le commencement du XIVe (1290).

L'arcade du portail qui devait être celle de la nef a aussi des boutons entr’ouverts sous un plinthe octogone. L'arcade du nord présente des chapiteaux unis comme j'en ai vu à la cathédrale de Rennes et à Saint-Nicolas de Blois, édifices du XIIIe siècle.

Sous les murs de ce clocher une foule de visiteurs ont écrit leurs noms. A coup sûr, ce ne sont ni les pèlerins les plus pieux, ni les voyageurs les mieux appris ; car rien n'est plus dégoûtant que de voir ces murailles bariolées comme celles d'un cabaret. Ces noms prouvent sans doute que cette chapelle est très fréquentée, mais ils prouvent aussi que ce n'est pas toujours la religion qui y mène. Nous aimons la piété qui couvre les murs des ex-voto de la reconnaissance, mais nous détestons la vaine gloire qui les souille de son contact comme l'insecte de sa présence. Nous ne sommes certes pas les amis du badigeon, cependant nous appelons de tous nos vœux la couche réparatrice qui devra faire disparaître cette sale nomenclature.

Ce qui nous a plu dans cette enceinte, c'est une humble prière laissée là le 16 septembre 1842, par un pieux voyageur, qui n'eut le temps que de la crayonner. En voici quelques strophes adressées à Marie :

Sur les bords de la mer, comme aux bords de la Seine,
Étendez votre empire, étonnez tous les yeux.
Prouvez a tous les cœurs que vous êtes la Reine
Du monde et des esprits, de la terre et des cieux.

Du marin qui vous prie exaucez la prière,
Sauvez-le des écueils et des dangers lointains,
Que l'épouse à l'époux, et le fils à la mère
Soient toujours ramenés et conduits par vos soins.

Le chœur, qui est à proprement parler la chapelle, se compose de trois jolis compartiments de voûtes, dont celle du fond a cinq arceaux. La retombée de ces voûtes s'appuie sur des faisceaux de colonnettes, dont la principale a un chapiteau de trois rangs de boutons demi-ouverts. Ce travail est évidemment la transition entre le XIIIe et le XIVe siècle. Je dis la même chose des jolies fenêtres dont les chapiteaux sont déjà épanouis.

Au nord est une fenêtre composée seulement de tores unis et dont le remplissage est du XVe siècle. Sur le bas de cette fenêtre on y lit: Hommage à Marie, 17 septembre 1832.

L’autel de marbre, fruit de la libéralité des fidèles, est surmonté d'une contre-table dans le style Louis XIII. C'est une réminiscence de Sainte-Aune d'Auray dans le Morbihan. Elle est abondamment décorée d'un déluge de fleurs, de fruits et de guirlandes. Au milieu est une Sainte Vierge avec son enfant Jésus, deux statues l'accompagnent placées sur chaque fronton de la contre-table. D'un côté est un tableau représentant une Annonciation; c'est en effet le 25 de mars que cette chapelle est visitée par tous les habitants des campagnes. Ce jour là, tous les chemins qui conduisent à Fécamp sont couverts de pèlerins, que l'on voit ensuite gravir processionnellement la Côte. Le fiancé y conduit ordinairement sa fiancée, et il est rare qu'un mariage soit célébré dans les environs sans qu'il ait été précédé d'un pèlerinage à Notre-Dame de Mars.

L'autre tableau c'est le Saint-Rosaire donné par l'enfant Jésus à Saint-Dominique et à Saint-François d'Assise. Des anges entourent la reine du Ciel et lui présentent des couronnes qu'elle jette ensuite à pleines mains sur la terre; symbole ingénieux des grâces abondantes qu'elle répand sur les enfants des hommes.

Un grand nombre d'ex-voto tapissent cette chapelle : ce sont des navires en peintures, des navires en relief, des vases à fleurs et des fleurs images ; tous attestent la puissance de Marie et la piété de ses serviteurs.

Le sentier qui conduit à la chapelle est rude et difficile : toutefois il faut voir le jour et la nuit de pauvres gens le gravir à genoux. Il est un point surtout où se rencontrent plusieurs marches de pierres sur lesquelles on dit qu'un ange a passé; des croix incrustées gardent pour la piété l'empreinte de ses pas: Aussi l'homme du peuple dont la foi est vive, s'empresse-t-il de monter à genoux cette échelle sainte, en baisant respectueusement chacun des degrés sur lequel il marche.

Le marin surtout est dévot à cette chapelle ; il l'aime lorsqu'il l'aperçoit du sein des mers, drossé qu'il est par les courants de la Manche. Elle lui apparaît alors comme un ange tutélaire qui guide sa marche et soutient son courage. Il l'aime lorsqu'il part pour Terre-Neuve ou pour les mers lointaines : jamais il ne quitte le rivage sans lui dire un touchant adieu, et du plus loin qu'il l'aperçoit, il la salue comme l'annonce de la patrie. Avant de partir, des équipages entiers y entendent la messe précédée du Veni Creator et suivie des litanies. C'est une chose touchante que de voir prosternés ces pauvres marins qui vont errer à l'aventure, cherchant sur la mer la trace de poissons dont Dieu seul connaît la route. Ils demandent, à genoux, à l'Esprit-Saint, d'inspirer leurs maîtres et de leur montrer du doigt le lieu où il faut jeter le filet. Ils s’adressent à l’étoile de la mer pour qu'elle les dirige sur son empire et ils la conjurent, par ces navires suspendus aux voûtes et par ces tableaux de naufrage qui tapissent les murs, de ne pas raccourcir en leur faveur la puissance de son bras.

Mais jamais cette chapelle n'apparaît plus belle aux yeux du marin que lorsqu'il revient au port sur la foi d'un vœu fait dans la tempête. Je me souviendrai toujours d'avoir vu entrer à Fécamp, en 1834, un grand bateau revenant de la pêche au hareng dans les mers du nord. L'ouragan l'avait jeté sur les bancs de la Hollande, l'équipage s'était attaché avec une corde au pied du mât, et pendant plusieurs heures les vagues avaient tenu le navire penché sur ses flancs brisés. Dans cet état, ils avaient fait un vœu, et à leur arrivée ils se hâtèrent de l'accomplir. Il fallait les voir, ces pauvres matelots, comme ils descendaient à terre en silence; puis, sans regarder leur famille, ils baissèrent les yeux, mirent sous leurs bras leurs chapeaux goudronnés, prirent à la main leur chaussure et montèrent pieds-nus la grande côte de la Vierge. Et leurs femmes et leurs enfants les suivaient en versant des pleurs et en poussant des soupirs entrecoupés de sanglots, car ils comprenaient combien ils avaient souffert. Ils lisaient dans leur visage blême, dans leurs yeux baignés de larmes et jusque dans leur silence profond, que c'étaient des victimes que Marie avait arrachées des bras de la mort.

Source : Les églises de l'arrondissement du Havre par Jean Benoît Désiré Cochet 1845.

Chapelle Notre-Dame-du-Salut à Fecamp
(Chapelle Notre-Dame-du-Salut, fecamp)

bâtiment classé.

Informations structurelles

Chapelle Notre-Dame-du-Salut, Sur les deux côtes qui bordent Fécamp vers la mer, s’élevèrent autrefois deux chapelles de la Sainte-Vierge, semblables à des anges préposés à la garde de la ville ou à des phares destinés à éclairer l'entrée du port. L'une s’appelait Notre-Dame-de-Grâce ; l'autre, Notre-Dame-de-Salut. La première était située sur la côte, à l’ouest, près la ferme de Rénéville ; il n'en reste plus aujourd'hui pierre sur pierre, et son existence n'est connue que par la tradition, les cartes géographiques et les titres de propriété. fecamp, seine maritime

Localisation et informations générales

  • identifiant unique de la notice : 123276
  • item : Chapelle Notre-Dame-du-Salut
  • Localisation :
    • Haute-Normandie
    • Seine-Maritime
    • Fécamp
  • Code INSEE commune : 76259
  • Code postal de la commune : 76400
  • Ordre dans la liste : 2
  • Nom commun de la construction :
    • La dénomination principale pour cette construction est : chapelle
  • Etat :
    • L'état actuel de cette construction ne nous est pas connue.

Dates et époques

  • Périodes de construction : 2 différentes époques marquent l'histoire du lieu.
    • 13e siècle
    • 18e siècle
  • Type d'enregistrement : site classé
  • Date de protection : 1929/01/15 : inscrit MH
  • Date de versement : 1993/09/15

Construction, architecture et style

  • Materiaux:
    • NC.
  • Couverture :
    • NC.
  • Materiaux (de couverture) :
    • NC.
  • Autre a propos de la couverture :
    • NC.
  • Etages :
    • NC.
  • Escaliers :
    • NC.
  • Décoration de l'édifice :
    • NC.
  • Ornementation :
    • NC.
  • Typologie :
    • NC.
  • Plan :
    • NC.

Monument et histoire du lieu

  • Interêt de l'oeuvre : Site classé 27 07 1928 (arrêté).
  • Eléments protégés MH (Monument Historique) :
    • Notre base de données ne comprend aucun élément particulier qui fasse l'objet d'une protection.
  • Parties constituantes :
    • NC.
  • Parties constituantes étudiées :
    • NC.
  • Utilisation successives :
    • NC.

Autre

  • Divers :
    • Autre Information : propriété de la commune 1992
  • Photo : 6eeeedeb53f1ff5f927e0ba7391cfb76.jpg
  • Détails : Chapelle Notre-Dame-du-Salut : inscription par arrêté du 15 janvier 1929
  • Référence Mérimée : PA00100657

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