Saint Tigris, Remedius, Érédius, Territe

Saint Tigris ou Tigide, saint Remedius, saint Érédius et saint Territe honorés le 3 février, martyrs du IIIe au Ve siècle.

Suivant Artus de Lionne, évêque de Gap, de 1637 à 1661 et qui, selon Chorier, est le premier qui ait travaillé à l'histoire de ses prédécesseurs, sur les titres conservés dans les archives de son évêché, s'exprime ainsi, au sujet des quatre prélats dont nous donnons ici la vie ; « ces quatre évêques vécurent longtemps avant saint Constantin à l'époque des persécutions violentes, et comme saint Démétrius, ils souffrirent le martyres mais on connaît fort peu les actes de leur apostolat. Ils sont mentionnés dans un ancien Bréviaire de Gap, manuscrit qui date du 19 février 1393, et qui, dans son calendrier, au 3 février, porte Blasii martyris, IX lectionem, Vapinci, Tigris, Remedii, Eredii atque Territi, martyrum commemoratio. Les Missel, Diurnal et Bréviaire imprimés par Bertrand de Champsaur, en 1499, à l'usage de l'Eglise et du diocèse de Gap, mentionnent également ces saints prélats. On a encore un Missel de Gap, du commencement du quatorzième siècle, qui contient la messe de ces quatre saints, avec des oraisons propres. »

Voici ce que nous apprend de ces pontifes André du Saussay, évêque de Toul, dans son grand Martyrologe gallican Saint Tigris ou Tigide remplaça l'illustre saint Démétrius sur le siège épiscopal de Gap. Il endura le martyre après avoir longtemps gouverné cette Église et avoir travaillé avec beaucoup de soin et de zèle au salut de son troupeau. Saint Remédius son successeur immédiat marcha entièrement sur ses glorieuses traces ; et, ayant donné des marques divines de sa haute perfection, et opéré des fruits abondants de salut dans les cœurs, par sa vigilance vraiment pastorale, il fut enlevé à la tendresse et à l'admiration de son cher troupeau. Les reliques de saint Tigris et de saint Remédius furent conservées dans l'église de Gap jusqu'au commencement du XIIIe siècle. A cette époque, des croisés revenant de Constantinople et rapportant le corps de saint Germain, patriarche de cette ville et martyrisé sous le règne de Léon l'Isaurien, pour la défense des saintes images (630), reçurent à Gap le corps de saint Remédius. Ces ossements sacrés, nous disent les chroniqueurs de ce temps là, furent réunis à ceux de saint Germain, renfermés dans une riche châsse en argent et déposés dans l'église de Bort, petite ville sur les confins de l'Auvergne et du Limousin, aujourd'hui du diocèse de Tulle.

Parmi ces ossements, il s'en trouvait deux plus grands que les autres et qui paraissaient n'appartenir ni au corps de saint Germain ni à celui de saint Remédius. Quelques auteurs en ont conclu que ce pouvait bien être une partie des reliques de saint Tigris, aussi enlevées par les croisés à leur passage à Gap. Le culte des reliques de saint Germain et de saint Remédius fut bientôt célèbre dans l'Auvergne et le Limousin, et devint très-populaire ; une fête solennelle fut instituée en l'honneur de ces saints, pour lesquels Bort oublia son ancien patron, saint Antoine.

La révolution de 1793 dispersa les ossements de saint Germain et de saint Remédius. Quelques parcelles ont pu échapper à cette tourmente, et lorsque un peu de calme se fut fait, la ville de Bort réinstalla ses grands patrons dans leur église, et la fête accoutumée s'est de nouveau célébrée.

En 1845, Mgr Jean-Irénée Depéry fit part à Mgr l'évoque de Tulle, du désir de recouvrer au moins quelques parties de ces précieuses reliques, et il en reçut une parcelle considérable qui, depuis, est exposée dans l'église cathédrale de Gap, à la vénération des fidèles.

Nous ferons encore remarquer que dans le Martyrologe de Chatelain, au 1er et au 3 février, saint Erédius et saint Territe ne sont qu'un même personnage, et que ces évêques avaient été retranchés du Bréviaire de Gap, par Pierre Annet de Pérouse, en 1764. Un ancien manuscrit porte que saint Remédius souffrit le martyre sous Trajan, et par conséquent avant 117. Ce fait nous semble plus que douteux, et nous ne pensons pas que Gap ait eu des évêques avant le VIe siècle ou le commencement du Ve. Voici l'oraison qu'on trouve dans les Bréviaires et Missels de Gap des XVIe et XVe siècles Deus, qui nos concedis sanctorum martyrum tuorum Tigris, Remedii Eredii, Territi, atque Blasii natalitia colere, da nobis in aeternâ beatitudine de eorum societate gaudere. 0 Dieu, qui, par une faveur particulière, nous accordez la grâce de célébrer l'entrée dans le ciel de vos saints martyrs Tigris, Remédius, Erédius, Territe et Blaise, faites-nous celle de leur être unis dans la béatitude céleste.

La France pontificale (Gallia Christiana) Diocèse de Gap, par Honoré Jean P. Fisquet 1864.