Saint Constantin (vers 430 vers 456)

Quoi qu'en dise l'auteur du Bréviaire de Gap, en 1764, ce prélat n'est point le même que saint Constance, car il faudrait en rapprochant les dates, lui supposer un épiscopat de 90 ans, ce qui n'est pas vraisemblable.

L'église de Gap avait eu à souffrir de cruelles persécutions des empereurs et, plus tard, des troubles causés par les Ariens. Le désordre fut général et la désolation profonde. La tradition interrompue ne jette sur ces temps-là que de faibles et rares lueurs ; nous ignorons aujourd'hui si le siège de Gap demeura vacant depuis saint Territe, martyr, jusqu'à saint Constantin, ou si, dans ce long intervalle, il fut occupé par des évêques dont les noms ne sont pas parvenus jusqu'à nous.

Les temples dit saint Prosper, furent brûlés les vases profanés, les vierges et les veuves déshonorées les enfants égorgés dans l'âge le plus tendre les solitaires massacrés dans leurs grottes, les évêques et les autres pasteurs enlevés à leurs ouailles, chargés de chaînes, frappés à coup de fouet et jetés dans le feu. Or, en l'année 433, ce torrent dévastateur pénétra jusqu'au sein des montagnes les plus reculées. Embrun fut attaqué et ne dut son salut qu'à un miracle les villes et les contrées voisines furent ravagées.

Au milieu de tant de ruines, Constantin, sans perdre courage, redoubla ses efforts pour réparer ces désastres. Le ciel le récompensa, l'Église de Gap eut infiniment moins à souffrir que sa métropole ; pour régénérer son diocèse, ce prélat chercha à s'attacher son clergé et à lui inspirer l'amour des vertus sacerdotales. D'après tous les historiens ecclésiastiques, Constantin ne pouvant pas se rendre le 29 novembre 439, au concile de Riez, s'y fit représenter par Vincent, un des prêtres les plus distingués de l'Église de Gap. Il assista, en personne, au concile d'Orange, tenu le 5 novembre 441. Seize évêques, ainsi que le député d'un évêque absent, s'y trouvèrent réunis ; il y fut dressé trente canons qui ont joui d'une grande autorité dans l'Église. L'année suivante, le 13 novembre 442, saint Constantin se rendit à un nouveau concile tenu à Vaison. On y dressa dix canons parmi lesquels on remarque ces deux-ci

« Les prêtres et les diacres ne s'adresseront qu'à l'évêque pour avoir le saint-chrême, ce qu'ils feront vers la fête de Pâques par eux-mêmes ou du moins par un sous-diacre. » « On doit excommunier ceux qui retiennent les legs pieux que les fidèles, en mourant ont faits à l'Église, et les regarder comme homicides des pauvres. »

Saint Hilaire, métropolitain d'Arles, par des démarches précipitées, s'était attiré des reproches du pape saint Léon ; ensuite, sans croire outre-passer ses droits et les prérogatives de son Église ce prélat avait fait quelques ordinations dans les provinces de Narbonne et de Vienne ce qui acheva de le perdre auprès de l'illustre Pape. Indigné de ce qu'il croyait et appelait la résistance d'Hilaire, Léon voulut faire un exemple il priva l’Église d'Arles de son ancien droit d'église métropolitaine. Ce décret fut pour saint Hilaire un coup de foudre. Il se mit de suite en devoir d'adoucir le souverain Pontife par son humble obéissance et par une députation d'évêques. En même temps saint Constantin qui connaissait la droiture et le désintéressement d'Hilaire, engagea les autres évêques à se joindre à lui pour écrire une lettre à saint Léon en faveur de leur métropolitain ou primat. Cette lettre fut très-bien accueillie, le Pape y eut égard et se calma. La conduite de l'évêque de Gap en cette circonstance consola beaucoup saint Hilaire ; malheureusement, il ne put pas en témoigner longtemps sa reconnaissance à son ami qui mourut le 5 mai 449. Avant sa mort, l'illustre évêque d'Arles, dans une révélation avait connu que le prêtre Ravennius devait le remplacer. L'Église d'Arles le nomma pour occuper le siège et Constantin, comme le plus ancien évêque de la province, présida à l'ordination de Ravennius.

De concert avec ses collègues, le pieux pontife informa saint Léon de toutes ces choses et le Pape leur répondit par des félicitations. Sa lettre, en date du 22 août 449, est adressée à douze évêques, parmi lesquels saint Constantin, évêque de Gap, est nommé le premier. « Nous confirmons, y est-il dit, par notre jugement, la bonne œuvre que vous avez faite, en ordonnant évêque d'Arles, à la place d'Hilaire de sainte mémoire, un homme qui nous est aussi agréable que l'est notre frère Ravennius. »

Un nouveau conflit de juridiction ne tarda pas à s'élever entre Ravennius et le métropolitain de Vienne. Les évêques de la province d'Arles, sous la présidence de Constantin, adressèrent une requête au souverain Pontife, dans laquelle, après avoir fait l'éloge de Ravennius qui était inculpé, ils conjurent saint Léon de rendre à l'Église d'Arles les privilèges qui lui avaient naguère été enlevés. Le prêtre Pétrone et le diacre Rieul portèrent cette lettre à saint Léon, qui y fit une réponse datée du 5 mai 450. Elle est adressée à dix-neuf évêques. Le Pape partage le différend, il ordonne que l'évêque de Vienne soit métropolitain de quatre Églises, savoir de Valence, de Tarentaise, de Genève et de Grenoble, et que les autres villes de la province romaine soient soumises à l'évêque d'Arles. En envoyant cette décision aux évêques des Gaules, le Pape y joignit une copie de la lettre dogmatique qu'il avait écrite à Flavien de Constantinople, sur le mystère de l'Incarnation. Ravennius fut chargé de la notifier aux autres évêques ; ces derniers ne publièrent leur adhésion que l'année suivante en assemblée générale. Saint Constantin prit une très-grande part à cette admirable réponse adressée au pape saint Léon. En 455, s'ouvrit le troisième concile d'Arles, mais notre pontife n'y parut point. On peut donc présumer que son grand age et ses infirmités ne lui permettaient plus alors de quitter sa ville épiscopale. Ce fut aussi probablement vers cette époque qu'il termina paisiblement sa carrière, on ne connaît pas la date précise de sa mort. Cet évêque est mentionné au 12 avril dans le Martyrologe romain et par tous les autres hagiographes. Les noms de ses successeurs pendant 80 ans nous sont inconnus.

La France pontificale (Gallia Christiana) Diocèse de Gap, par Honoré Jean P. Fisquet 1864.