Saint Arnoux ou Arnoul (1063-1074)

Né à Vendôme, alors du diocèse de Chartres, aujourd'hui du diocèse de Blois, de parents illustres, il reçut sur les fonts de baptême le nom d'Arnoux (Arnulphus). Il consacra sa jeunesse à l'étude des belles-lettres. Tout lui promettait à lui-même des succès, la gloire, les honneurs. Mais Dieu s'était réservé à lui seul cette âme d'élite, il l'avait fait naître dans le voisinage du célèbre monastère de la Sainte-Trinité, fondé à Vendôme en 1042, par Geoffroi Martel comte d'Anjou, et Agnès son épouse. Pendant son enfance, il se plaisait à errer sous les arceaux des cloîtres de la Trinité, et à converser avec les enfants de saint Benoit; aussi les parents confièrent l'éducation de leur fils à ces savants et pieux moines. Arnoux prit l'habit religieux dans cette maison sous Odéric, premier abbé, et ainsi il put se livrer avec son zèle infatigable à acquérir les trésors de science et de sagesse dont un jour il devra enrichir l'Eglise de Dieu.

Le supérieur du monastère voyant dans ce jeune religieux de si grandes vertus et une vie si pure, le jugea digne d'être élevé au sacerdoce. Cette grâce produisit dans Arnoux un accroissement sensible de ferveur et de sainteté. Toutes ses heureuses qualités le rendirent si cher à son vénérable abbé, qu'il le regarda comme son fils et vécut avec lui dans l'intimité la plus grande, soumettant toutes choses à ses lumières et à ses conseils. Sur ces entrefaites, Geoffroi Martel mourut, et l'abbaye de la Trinité eut à souffrir des injustes violences de Foulque, comte de Vendôme, malgré les promesses solennelles de ce seigneur, qui avait juré de la défendre et de la protéger.

L'abbé Odéric, ayant inutilement épuisé les voies de la douceur, pour arrêter les mille vexations du noble comte, résolut de faire le voyage de Rome, et de se plaindre au souverain Pontife l'abbaye avait été donnée au Saint-Siège, et par conséquent relevait du Pape. Odéric partit en 1063, emmenant avec lui Arnoux, son disciple chéri.

Alexandre II occupait alors le siège de saint Pierre. Il reçut les deux pèlerins avec une grande distinction, et fut indigné au récit des persécutions dirigées contre un monastère qui était la propriété du Saint-Siège. Il expédia plusieurs bulles pour défendre et maintenir ses prérogatives mais de plus, il conféra à l'abbaye la dignité de cardinal, annexée au monastère môme en sorte que tous ses abbés devenaient cardinaux par le fait seul de leur élection. On donna à ce nouveau membre inamovible du sacré collège, le titre presbytéral de l'église de Sainte-Prisque, sur le Mont-Aventin où l'abbaye de la Trinité de Vendôme devait toujours entretenir douze ou au moins huit de ses religieux.

Ainsi le vénérable Odéric vit toutes ses réclamations accueillies mais Alexandre II, qui avait su apprécier Arnoux, voulut le retenir à Rome, et pria l'abbé de le désigner pour faire partie de la pieuse colonie de religieux de la Trinité, qui devait faire le service de l'église de Sainte-Prisque. Arnoux se soumit avec résignation à l'honorable exil auquel son supérieur le condamnait. Le souverain Pontife ne tarda pas à reconnaître les qualités éminentes du saint religieux, et chaque jour il sentit accroître pour lui son estime et son affection.

Depuis quatre ans, notre bienheureux se trouvait dans la capitale du monde chrétien, où il habitait le couvent situé sur le Mont-Aventin, pratiquant toutes les vertus d'un saint religieux, lorsque les députés du diocèse de Gap y arrivèrent pour demander au souverain Pontife de' prendre en pitié leur Église, et d'apporter un prompt et efficace remède aux maux qu'ils enduraient. Alexandre II jugea que nul n'était plus digne de la crosse, que le vertueux Arnoux; dans sa pensée, c'était l'ouvrier le plus propre par la vivacité de sa foi, la pureté de ses mœurs, la haute sagesse de ses actes, enfin par l'onction et la force irrésistible de sa parole, à opposer une digue au torrent débordé du scandale. A cette nouvelle, notre saint religieux est épouvanté du lourd fardeau de la dignité épiscopale, et supplie le souverain Pontife de le laisser vivre et mourir au milieu de ses frères. Le vicaire de Jésus-Christ, usant de son autorité suprême, lui ordonna de se préparer au redoutable sacrifice, et le sacra de ses propres mains en 1063. Le bienheureux évêque sait que des vœux empressés l'appellent à son poste, que de nouveaux enfants l'attendent, que leurs besoins sont urgents, il part aussitôt de Rome et retourne en France; mais avant de prendre possession de son siège, Arnoux passa quelque temps dans son ancien monastère, pour donner à ses frères en religion, un témoignage d'affection et de reconnaissance, et réclamer le secours de leurs prières. Ce fut dans ce voyage que Dieu fit éclater les merveilles de sa toute puissance, au dire des hagiographes.

Après quelques jours passés en la compagnie de ses frères en Jésus-Christ, le saint évoque arrive au milieu de ses ouailles. Il est reçu comme un ange envoyé du ciel; partout sur son passage les populations empressées accourent. Arnoux, voulant profiter de ces heureuses dispositions, se met de suite à l'œuvre. Les honneurs ne changèrent rien à la sévérité et à l'innocence de ses mœurs; il pratiqua à un degré héroïque, l'humilité de l'esprit et la pauvreté du cœur. Dieu mit à l'épreuve la vertu de son serviteur, il permit que Arnoux eut à souffrir la persécution pour la justice.

Un des traits les plus saillants de la vie de notre saint évoque fut un zèle ardent à défendre, contre les ennemis de Dieu, les droits et la discipline de l'Église. Il savait bien qu'il s'exposait ainsi à de grands dangers et se plaçait en butte aux injures des méchants mais le secours d'en-haut le soutenait, et ce secours le rendait inaccessible à toutes les craintes humaines, chaque fois qu'il s'agissait des intérêts sacrés de la religion. Leydet, seigneur de Charance, impie déclaré, affectait, en toute occasion, un souverain mépris pour l'autorité de l'Église un jour, il s'oublia, jusqu'à maltraiter un vénérable chanoine de la cathédrale. Arnoux fut obligé de lancer contre lui les censures ecclésiastiques Leydet fut excommunié. Dans son ressentiment, il éclata en menaces, et se livra contre le saint lui-même à des violences; le ciel se chargea de venger l'honneur de son saint pontife Leydet mourut peu de temps après, écrasé par la chute d'une poutre.

Un autre jour, qu'Arnoux défendait d'une manière triomphante la cause de l'Évangile, un impie osa tirer le glaive contre lui et le blessa profondément au bras. Cette audace ne resta pas longtemps impunie la nuit suivante, ce malheureux fut frappé de mort.

Dans une circonstance solennelle, Arnoux, entouré d'un peuple nombreux, était occupé à la consécration de l'église de Valernes, près de Sisteron ; un des assistants se laissa tomber, et dans sa chute se brisa plusieurs membres. Averti de ce fâcheux accident, le saint évoque accourt vers cet infortuné et le guérit. Arnoux fit restaurer aussi la cathédrale de Gap et plein de jours et de mérites, il mourut le 19 septembre 1070, selon les uns, et mieux en 1074 selon quelques autres. La dépouille du bienheureux prélat fut ensevelie dans l'église de Saint-Jean-le-Rond. Cette église, au dire de Juvénis, était un ancien temple; on y voyait sur le haut une ouverture pour la fumée des sacrifices et l'autel sur le milieu était rond. Ce temple avait été changé en cathédrale, puis en paroisse; le tombeau des anciens évoques y. était; on y avait enseveli plusieurs martyrs, entre autres saint Démétrius, premier évêque du diocèse. Cette église était dédiée à saint Jean, et on l'appelait l'église de Saint-Jean-le-Rond elle a été démolie et il n'en reste que les fondements qui doivent se trouver sous la chapelle des pénitents blancs. Pendant les années qui suivirent la mort de saint Arnoux, il se fit un très-grand concours de peuple à son tombeau; Dieu y multiplia des prodiges; aussi, trente ans après la mort du saint évoque, Armand qui occupait le siège de Gap, crut devoir exhumer le corps, en transférer les reliques et les exposer à la vénération des fidèles. Il procéda à cette cérémonie le 13 juin 1104, à la prière des habitants de Gap.

L'évêque Armand, à la tête de tout son clergé, se rendit à l'église où avait été enseveli le bienheureux, et après une fervente prière devant ce glorieux tombeau, en enleva, avec un religieux respect, ia pierre tumulaire puis, à la faveur d'une lampe, Armand descendit dans le caveau, et, à son grand étonnement il trouva le corps et les vêtements du saint aussi intacts qu'au jour de ses funérailles.

Alors, par un prodige nouveau, Dieu voulut manifester de la manière la plus éclatante la sainteté de son serviteur. Le clergé et le peuple le demandant à la fois, on détacha l'un des bras du saint corps, afin de le conserver hors du tombeau, et de l'exposer dans une châsse à la vénération des fidèles. On aperçoit sur le bras détaché, et toute saignante encore, une blessure que, pendant sa vie, le bienheureux avait reçu d'un homme impie comme nous l'avons dit ci-dessus.

On accompagna religieusement jusqu'à la cathédrale le corps du saint évêque, et ses restes vénérés furent déposés sous la chaire. Dans les anciens Bréviaires de Gap, la fête de cette translation se célébrait le 13 juin. Aujourd'hui, elle se fait le 27 septembre, octave de la fête de saint Arnoux.

En 1683, les chanoines de la cathédrale de Gap firent confectionner, par Christophe Cilbert, maître orfèvre à Aix, une châsse en argent fin pour y déposer les reliques de saint Arnoux qui est le principal patron de l'Église de Gap. En 1692, le duc de Savoie vint assiéger la ville de Gap, qu'il prit sans coup férir; mais les soldats pillèrent la ville et y mirent le feu. L'incendie détruisit la cathédrale; heureusement, on avait enfoui sous le pavé du sanctuaire, derrière le maître-autel, les reliques de saint Arnoux, de saint Arey, de saint Démétrius et de plusieurs autres. L'année suivante, Msr Charles-Bénigne Hervé, évêque et comte de Gap; accompagné du clergé, retira les saintes reliques, les reconnut pour celles qui avaient été cachées sous terre, et les exposa de nouveau à la piété des fidèles. Les habitants de Gap remplacèrent le buste d'argent dont les ennemis s'étaient emparés par un reliquaire aussi riche et aussi précieux. Sous le règne de la Terreur, il fallut de nouveau soustraire les reliques de saint Arnoux à l'impiété. On les déposa dans les archives du chapitre, et le buste d'argent fut envoyé, avec les croix, les calices et les ostensoirs de la cathédrale, à la monnaie de Paris, comme nous le voyons dans l'arrêté signé par les membres du directoire du département des Hautes-Alpes le 15 janvier an II (5 décembre 1793). Lorsque le calme fut rétabli et qu'on put rouvrir les églises, le dépôt sacré reparut pour recevoir les hommages de la vénération publique.

Mgr Jean-Irénée Depéry, évoque de Gap, obtint du pape Grégoire XVI, par un bref du 19 février 1845, une indulgence plénière applicable aux âmes du purgatoire pour tous les fidèles qui, ayant rempli les conditions nécessaires, visiteront l'église de Saint-Arnoux le jour de la fête du saint ou l'un des jours de l'octave ensuite une indulgence de trois cents jours pour chaque fois que les fidèles assisteront aux exercices de la neuvaine préparatoire à la fête de saint Arnoux.

Le même Pape accorda aussi, par un autre bref de la même date, à tous ceux qui deviendront membres de la nouvelle confrérie de Saint-Arnoux, établie par Mgr Depéry, une indulgence plénière le jour de leur réception, à l'article de la mort et le dimanche où l'on solennise à Gap la fête de saint Arnoux. Une indulgence de sept ans et de sept quarantaines est accordée aux mêmes confrères qui, à Pâques à la Fête-Dieu, à l'Assomption et à Noël visiteront l'église de Saint-Arnoux après avoir rempli les conditions nécessaires pour gagner les indulgences. Enfin, un troisième bref, à la date précitée, déclare que toutes' les messes qui seront dites à un autel quelconque de la cathédrale de Saint-Arnoux, pour le repos de l'âme des confrères défunts, jouiront, à perpétuité, de toutes les faveurs attachées à un autel privilégié.

Après l'obtention de tous ces privilèges, Mgr Jean-Irénée Depéry publia le 28 juin 1845, l'ordonnance d'érection de la confrérie de Saint-Arnoux, et, par un article du règlement, les confrères furent désignés pour former l'escorte d'honneur de leur glorieux patron, le jour de sa fête. C'est pourquoi ils assistent, sous une bannière spéciale, à la procession solennelle de saint Arnoux et marchent devant son buste, au milieu des rangs. La vie de saint Arnoux a été écrite par un anonyme et insérée dans les Acta Sanctorum, au 19 septembre; René Benoît, curé de Saint-Eustache à Paris, et nommé à l'évêché de Troyes, a été aussi son biographe. On la trouve aussi au VIe siècle des Annales de l'Ordre de Saint-Benoît, page 237. Enfin on peut encore la lire dans l'Histoire hagiologique du diocèse de Gap par Mgr Depéry, évêque de cette ville, ouvrage auquel nous avons fait de nombreux emprunts.

La France pontificale (Gallia Christiana) Diocèse de Gap, par Honoré Jean P. Fisquet 1864.