Saint Arey ou Arige (579-604)

Arey, en latin Aregius et Aridius, naquit à Chalon-sur-Saône vers l'an 535 d'une noble famille gallo-romaine. Dès l'âge de deux ans, il fut offert à Dieu devant l'autel de la cathédrale de Châlon par Apocrasius son père et par Simpronia sa mère. Les Bollandistes prétendent que ses parents s'étant ensuite retirés en Auvergne, saint Didier, évêque de Clermont, le reçut avec joie et l'éleva soigneusement dans les lettres et dans la piété. Nous croyons qu'il ne quitta pas son pays natal, et que saint Didier, alors évêque de Châlon, le baptisa et fit son éducation.

Chorier, dans son livre de l'État politique de la province du Dauphiné, dit toutefois qu'il fut l'élève de saint Didier, archevêque de Vienne.

Quoi qu'il en soit, sa haute intelligence et la pureté remarquable de ses mœurs le firent élever au sacerdoce et nommer cure des servant du village de Moroges près de Châlon. Les Bollandistes l'ayant fait retirer en Auvergne, l'indiquent comme curé de Morges à cinq lieues de Clermont. Juvénis, historien de mérite, et d'autres graves écrivains, d'accord avec Chorier, prétendent qu'il s'agit de Morges en Trièves, à la jonction de la Bonne et du Drac, où les ducs de Bourgogne possédaient d'immenses domaines. Cette dernière opinion paraît plus probable à Mgr Depéry dans son Histoire hagiologique du diocèse de Gap. En effet, dit ce savant prélat, issu d'une noble famille du royaume de Bourgogne, illustre par son savoir et par son zèle, Arey dut fixer de bonne heure sur lui l'attention et les faveurs de ses souverains naturels.

Ainsi, on explique comment les habitants de la contrée et, le clergé du diocèse, témoins, pour ainsi dire, des travaux d'Arey et conduits par la bonne odeur de ses vertus, iront, dans ce lieu voisin, lui proposer le gouvernement de l'Église de Gap, et comment plus tard, la reconnaissance lui fera dédier, non loin de Morges en Trièves une église où son culte s'est perpétué jusqu'à nos jours.

Quatorze ans se passèrent dans l'exercice de ce saint ministère, quand les vœux du clergé et des habitants du diocèse de Gap l'appelèrent, en 579, à succéder à Sagittaire. On ne pouvait faire un meilleur choix pour réparer les scandales de son prédécesseur car il y a toujours bien à travailler auprès d'un troupeau qui a été conduit par un mauvais pasteur. Arey ne se décourage pas, il met la main à l'œuvre il cherche à ramener au bercail les brebis égarées ; il veut, avant tout, procurer de bons pasteurs aux églises ; voilà pourquoi il fait de sa maison épiscopale un séminaire où les jeunes clercs sont élevés dans la science et dans la piété ecclésiastique. Arey avait donné un tel éclat à l'école de Gap, que les jeunes lévites y accouraient de préférence, de l'Italie et de toutes les provinces du royaume de Bourgogne. Saint Attale, disciple de saint Colomban, et qui lui succéda en qualité d'abbé dans les abbayes de Luxeuil et de Bobio, était un élève de saint Arey.

Infatigable dans ses devoirs, Arey annonçait souvent la parole de Dieu et soutenait ses instructions par ses exemples il visitait avec le plus grand soin toutes les églises de son diocèse et portait partout la consolation.

Il assista au concile tenu à Valence le 23 mai 584, assemblé par l'ordre de Gontran, roi de Bourgogne, et qui devait être présidé par Sapaudus, évêque d'Arles. L'année suivante, il fut présent au concile de Mâcon tenu le 23 octobre 585. Quarante trois évêques, dont quinze sont réputés saints et honorés d'un culte public, s'y trouvèrent réunis..

Dieu opéra en sa faveur plusieurs miracles qu'on peut lire dans les Bollandistes, au 1er mai, nous n'en citerons qu'un. Un jour qu'il naviguait sur la Durance, le bateau qui le portait se brisa contre un rocher. Mais le saint évêque trouva pied sur cette roche cachée sous l'eau et y demeura ferme avec son diacre Janvier, malgré la furie des vagues. Ceux qui étaient sur le rivage voyant en quel péril il était, jetaient des cris lamentables. Arey, au contraire, entonna ce verset du psaume 39 Expectans expectavi Dominum et intendit mihi, et exaudivit preces meas, et eduxit me de lacu miserix et de luto faecis et statuit super petram pedes meas... « J'ai attendu constamment le secours du Seigneur, et il a jeté sur moi un regard favorable, et il a exaucé mes prières, il m'a tiré d'un profond bourbier, et mes pieds ont été affermis sur la pierre. »

Arey était lié d'amitié avec les plus saints évêques de France, et plus particulièrement avec le pape saint Grégoire le Grand, qui lui adressa plusieurs lettres, car le bruit de la renommée l'avait exalté dans la ville sainte ; on y parlait de ses miracles et surtout de son institution pour les jeunes clercs ; aussi lorsque notre prélat voulut aller lui-même rendre compte de sa gestion épiscopale au chef suprême de l'Église, saint Grégoire le reçut avec des marques de la plus grande affection. Entre eux, ni le temps, ni la distance des lieux, n'amenèrent l'oubli. Ils se le diront dans des lettres pleines de tendresse ; ce sera en toute sincérité que le grand Pape écrira à l'humble évêque de Gap, ces charmantes paroles: « Que de leurs deux cœurs, l'amitié n'en fait qu'un. Quia de duobus caritas unum fecit. » Il en est une notamment, l'épitre 107 du 9e livre, qui est une lettre de consolation sur la mort de quelques-uns de ses parents. Le souverain Pontife y parle en des termes qui montrent bien la tendre amitié et la singulière estime qu'il avait pour saint Arey. Il compatit à sa douleur, et au milieu de ses nombreuses occupations, il trouve quelques instants pour écrire à celui qu'il craint de voir succomber sous le poids accablant de son chagrin. Nous ne pouvons résister au désir de donner une traduction même imparfaite de cette admirable lettre :

« Grégoire à Areu évêque des Gaules.

» L'amitié n'a fait qu'une âme de la vôtre et de la mienne ; aussi mon cœur, qui souffre des souffrances du vôtre, a-t-il vivement ressenti l'affliction que vous a causée la mort des membres de votre famille. Cependant je me suis consolé au souvenir de la sagesse de votre fraternité ; je suis certain que vous supporterez cette affliction avec patience, et que l'espérance de l'autre vie séchera les larmes que l'affection vous a fait verser. Que votre cœur ne soit donc plus dans la tristesse ! Nous ne devons pas pleurer si longtemps ceux que nous savons être arrivés, par la mort, à une véritable vie.

» Ils peuvent s'abandonner à une inconsolable douleur, ceux qui ne croient pas à cette autre vie, qui n'espèrent pas des jours meilleurs après les jours de cette terre. Mais nous qui croyons à son existence, qui l'espérons et l'enseignons aux autres, nous ne devons pas nous attrister à l'excès du départ de nos proches pour la céleste patrie. Une longue et inconsolable douleur peut être, chez les autres, une marque de tendresse, chez nous, ce serait une faute, un manque de confiance ; l'apôtre saint Paul ne nous dit-il pas « Mes frères, nous ne voulons pas que vous ignoriez ce que vous devez savoir touchant ceux qui dorment, afin que vous ne vous en attristiez pas comme font les autres qui n'ont point d'espérance. »

» Au lieu donc de pleurer les morts, il vaut mieux, frère bienaimé, nous occuper des vivants, pour leur être utiles par nos avis, nos exhortations, nos consolations et les marques de notre amour. Travaillons sans relâche à animer les bons, à reprendre les méchants, à rendre humbles les orgueilleux à adoucir ceux qui sont irrités, à aiguillonner les paresseux et les lâches, à ramener ceux qui sont tombés dans le découragement et le désespoir. On nous donne le nom de guides, marchons donc en tête dans la voie du salut ; veillons avec sollicitude sur le troupeau qui nous est confié, afin d'en éloigner tous les pièges de l'ennemi et si parfois une de nos brebis s'égare dans les sentiers de l'erreur, ne négligeons rien pour la faire rentrer dans la bergerie du Seigneur, afin que notre titre de pasteur soit le titre de notre gloire et non celui de notre confusion. Pour cela le secours de la grâce nous est nécessaire; implorons chaque jour, dans nos prières, la clémence du Dieu tout-puissant, afin qu'il nous accorde et la volonté et le pouvoir d'accomplir nos devoirs, qu'il dirige nos pas dans la pratique des bonnes œuvres vers cette vie que le Pasteur des pasteurs nous a promise, et qu'ainsi nous puissions tout avec le secours de Celui sans lequel nous ne saurions rien entreprendre.

» Notre commun fils, le diacre Pierre, nous a dit que votre fraternité avait sollicité, pendant qu'elle était ici, la prérogative de porter la dalmatique. Mais, comme la nouvelle de la maladie de vos proches et la douleur que vous en éprouviez, vous ont forcé de partir à la hâte et ne vous ont point permis de poursuivre vous-même, ici, l'objet de votre demande, ainsi qu'il était convenable et que la chose en elle-même l'exigeait et que, d'un autre côté, trop occupé nous-même par les soins incessants du gouvernement de l'Église, nous ne pouvions tout d'abord et sans un examen préalable, vous accorder ce nouveau privilège, de ces diverses circonstances est résulté nécessairement le retard qu'a éprouvé votre demande. Aujourd'hui donc, en considération de vos mérites, nous vous l'accordons à vous et à votre archidiacre. Nous avons remis à notre fils bienaimé, l'abbé Cyriaque, les dalmatiques dont vous ferez usage.

» Nous venons d'ordonner à Siagrius d'Autun, notre frère et notre co-évêque, d'assembler un concile pour condamner l'hérésie simoniaque ; notre désir est que vous y assistiez ; comme aussi nous vous chargeons de revêtir cet évêque du pallium que nous vous transmettons mais exigez de lui, auparavant, la promesse formelle, qu'il fera porter dans ce concile, une décision contre la simonie déplorable qui désole l'Église.

» Vous nous ferez connaitre vous-même, secrètement et par écrit, tout ce qui se sera passé au sein du concile ; parce que, connaissant parfaitement votre sainteté, nous serons sûr d'avoir été exactement renseigné. »

Cette lettre fut un baume de consolation au cœur affligé de saint Arey, elle montre encore la haute estime de saint Grégoire pour l'évêque de Gap il est vrai que ce grand Pape avait dit, pendant le séjour du prélat à Rome, qu'il n'y avait point en Occident d'évêque comparable à celui de Gap. On croit que saint Arey fut le premier dans les Gaules qui reçut la permission, lui et son diacre Valaton, de porter la dalmatique. S'il fut ainsi honoré, ce ne fut pas à cause de la dignité de son siège, mais bien en considération de ses mérites et le Pape ajouta à cette bonté celle de lui faire parvenir cette marque de distinction par l'abbé Cyriaque, son légat dans les Gaules et dans l'Espagne. Arey s'empressa d'exécuter les ordres du souverain Pontife, et de revêtir du pallium l'évêque d'Autun ce dernier conçut pour l'évêque de Gap une estime encore plus grande et devint son ami intime. Malgré le zèle de ces deux évêques et de plusieurs autres prélats très-distingués le concile tant désiré par le Pape se trouva retardé à cause des guerres que se faisaient les trois rois Francs, et la reine Brunehaut n'en permit l'ouverture qu'en 602.

Après avoir donc attendu plus d'un an Grégoire eut de nouveau recours à saint Arey ; ce qui mérita à celui-ci l'honneur de recevoir une seconde lettre de Sa Sainteté, dans laquelle il est invité à poursuivre l'œuvre commencée.

Notre saint avait déjà écrit au souverain Pontife pour lui apprendre qu'il avait tenté des efforts inutiles. Saint Grégoire insiste plus que jamais et le presse vivement de condamner les abus signalés. A la fin de sa lettre, il lui recommande de recevoir avec bienveillance les moines qu'il envoie, de Rome en Angleterre, vers Augustin, l'apôtre de ces contrées.

Saint Arey saisit avec joie l'occasion qui se présentait de prendre part, par ses bons offices, à une œuvre si excellente que celle de la conversion de tout un peuple. Il fit le plus grand accueil à ces saints missionnaires, au point que ceux-ci en étaient ravis et confus.

Le Pape lui adressa encore, peu de temps après, le prêtre Candide, administrateur général du patrimoine de saint Pierre dans les Gaules. La lettre qu'il lui envoya par ce messager est un éloge complet de notre pieux évêque et de son beau caractère sainteté personnelle, zèle pour la discipline ecclésiastique, dévouement à la cause générale de la religion, administration sage de son propre diocèse, entremise bienveillante et modérée dans ce qui le touche indirectement ; toutes les vertus, toutes les qualités de l'homme et de l'évêque se trouvent louées dans la personne de saint Arey. Dans un de ses voyages à Châlon, il eut l'honneur et le courage de défendre saint Didier, métropolitain de Vienne, accusé par la haine de Brunehaut (603) ; et n'ayant pu empêcher ni son injuste déposition, ni son exil, il pénétra dans sa prison le consola par des paroles pleines d'amitié, et releva ses espérances et sa foi en lui racontant que Jésus-Christ avait daigné lui apparaître, et lui montrer la place que lui, Didier, occuperait bientôt dans le ciel. Cette prédiction se réalisa, le courageux métropolitain fut assassiné, quatre ans plus tard, à Prisciniacum aujourd'hui Saint-Didier, sur les bords de la rivière de Chalaronue, dans les Dombes.

A la nouvelle que l'illustre pontife de Rome, Grégoire le Grand, venait de mourir le 10 mars 604, le cœur de notre saint évêque se resserre et se brise ; il a ressenti toutes les angoisses qui ont terminé cette vie si chère. Mais la séparation sera courte, le Pape lui avait prédit, en quittant Rome, que Dieu ne tarderait pas de les réunir dans le ciel bientôt, en effet, il ira rejoindre son ami au séjour des heureux.

Vingt-cinq ans d'épiscopat, un travail pénible, des macérations continuelles des jeûnes rigoureux, des abstinences de chaque jour, avaient épuisé les forces et usé la vie du saint évêque de Gap.

Une longue et douloureuse maladie le prépara au suprême passage. Il entrevoyait sa fin sans crainte ; affligé de ne pouvoir célébrer les saints mystères pour se nourrir du pain des anges, il tâchait d'y suppléer par l'ardeur de ses vœux et répétait souvent avec une confiance filiale « O bon Jésus, mon Sauveur, ne livrez pas au démon une âme qui vous confesse, et qui vous a toujours invoqué depuis qu'elle est dans ce corps mortel. » Sentant son heure s'approcher, il se fit dépouiller de ses habits et porter à l'église devant l'autel de saint Eusèbe ; là, revêtu d'un cilice et couché sur la cendre, il reçut le saint Viatique des mains d'Ésychius, évêque de Grenoble, qui s'était rendu à Gap ; l'évêque lui présenta le corps du Sauveur, et le prêtre Diconcius, le précieux sang. Après quoi, rempli de la plus douce consolation, il s'écria : « Je vous rends grâces, Seigneur Jésus, de ce que mon temps d'aller vous voir est arrivé ; je suis venu pauvre en ce monde pauvre je retourne vers vous, Ô mon Dieu. » Il mourut ainsi le 1er mai 604, jour auquel l'Église honora d'abord sa mémoire. Il était âgé de 69 ans.

Le souvenir de son épiscopat s'est conservé à Gap, où un quartier considérable et une rue de la ville portent son nom. La ville de Serres, au diocèse de Gap, le prit, peu de temps après sa mort, pour patron. Une église, dit Juvénis, bâtie au comté de Nice, sur la montagne d'Auron, fut aussi dédiée à saint Arey de Gap ; elle appartenait aux Templiers ; un concours de fidèles s'y rendait tous les ans, au 1er mai pour y célébrer la fête du saint confesseur. Le pape Jean XXII, étant à Avignon, donna le 8 avril 1333, une bulle, portant quarante jours d'indulgences à ceux qui, le 1er mai de chaque année, visiteraient pieusement cette église. En date du 12 du même mois, d'autres indulgences furent aussi accordées à cette même église par Bertrand de Deaux, archevêque d'Embrun, devenu cardinal, et par le collège des cardinaux ; ceci eut lieu à la prière de Fabri, chanoine d'Embrun et commensal de Sixte IV. Ces privilèges furent renouvelés par une bulle papale du 15 avril 1483, par un bref du sacré collège, le 3 septembre 1506, et enfin par une bulle donnée au Pont-de-Sorgue, aux ides de juillet 1518, en vertu de laquelle François de Clermont, cardinal-prêtre du titre de Saint-Etienne au Mont-Célius, accorda une autre indulgence de sept ans, à la demande des consuls de Saint-Etienne-de-Théniers, d'où dépendait cette église. A Gap, les reliques du saint pontife furent vénérées jusqu'au moment où elles disparurent dans les bouleversements et les guerres qui désolèrent si souvent ces contrées. En 1030, l'église de Saint-Arey avait été confiée à l'abbaye de Cluny en Bourgogne, par Guillaume II, fils et successeur de Guillaume Ier, comte de Provence. Celui-ci, vainqueur des Sarrasins, avait rendu à l'Église de Gap la plupart des biens qn'elle possédait, mais il s'était réservé l'église de Saint-Arey. En 1070 cette église et ses dépendances furent données par l'évêque de Gap aux chanoines réguliers d'Oulx. Plus tard ces biens furent annexés an doyenné de Gap, et une charge de la prébende était qu'on ferait chaque année une station solennelle à l'église de Saint-Arey. Aussi jusqu'à la révolution française, le chapitre de Gap et tout le clergé, suivis d'un nombreux concours de fidèles, se rendaient en procession tous les ans, après les vêpres de la seconde fête de Pâques, aux ruines de cette ancienne église, vers le nord-ouest de la ville actuelle, et y faisaient mémoire du saint pontife. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un lieu tout profane, rendez-vous ordinaire de la jeunesse de Gap et des environs, le lundi de Pâques.

Mgr Antoine Arbaud, évêque de Gap, parvint, en 1834, à recueillir quelques parcelles des précieuses reliques de saint Arey il les fit placer au bas d'un buste destiné à cette fin et enfermé dans une niche pratiquée dans le troisième pilier de l'église cathédrale de Saint-Arnoux, à gauche, sur la face qui tourne vers la grande porte. Ces reliques sont exposées à la vénération des fidèles pendant l'octave de la fête de saint Arey, qui se célèbre à Gap le 5 mai, quoique les Bollandistes la rangent sous la rubrique du 1er de ce mois. Le Propre du diocèse de Montpellier l'indique au 14 du même mois.

La réputation de sainteté de saint Arey se répandit non-seulement dans le Dauphiné, mais encore dans la Provence, le Languedoc et le comté de Nice. Plusieurs églises furent élevées en son honneur dans les diocèses d'Embrun, de Grenoble et de Gap. Sa vie était fidèlement représentée sur les murs du presbytère d'Auron. La vie de saint Arey, écrite par un auteur contemporain, a été publiée par le P. Papebroëk dans les Bollandistes et par le P. Labbe au tome Ier de sa Bibliothèque.

Mgr Depéry, évêque de Gap, jaloux de faire revivre, dans son diocèse, le souvenir si glorieux pour ce pays de la très-sainte amitié de ces hommes apostoliques, Grégoire le Grand et Arey, sollicita pour son Église, auprès du souverain Pontife Pie IX, quelque marque de distinction particulière qui, rappelant ce fait, put en consacrer la mémoire. Sa Sainteté accueillit, avec joie et bienveillance, le désir si légitime de ce prélat ; et par un bref, donné à Rome, à la date du 16 décembre 1853, Elle voulut bien accorder à l'évêque de Gap, et aux membres du chapitre de la cathédrale, l'insigne privilège de porter à perpétuité, sur l'habit de chœur, et dans l'étendue du diocèse, une décoration dite de Saint-Grégoire et de Saint-Arey. C'est une croix d'or, émaillée de bleu au centre, à huit pointes émaillées de blanc, pommetée d'or, bordée de même, cantonnée de quatre colombes aux ailes déployées, aussi d'or ; chargée en cœur de l'effigie en or de saint-Arey, crossé, mitré et revêtu de ses habits pontificaux, le tout entouré d'un cercle d'or, avec cette légende en lettres noires SANCTUS ARIGIUS EPISCOPUS VAPINCI. Au revers est l'image de saint Grégoire en camail et en étole, également en or, recevant les communications du Saint-Esprit qui, sous la forme d'une colombe d'or, semble parler a à son oreille. Sur le cercle, on lit ces trois mots, gravés sur l'or, en caractères noirs SANCTUS GREGORIUS MAGNUS. La croix est entourée d'un ruban d'or, qui enferme les quatre colombes dans ses plis ondoyants, et dont le nœud reçoit un anneau destiné à la suspendre. D'un côté, on lit cette exergue CAPITULUM ECCLESIAE VAPINCENSIS, et de l'autre, cette parole du saint Pape à son fidèle ami NOS DE DUOBUS CHARITAS UNUM FECIT. La croix de Saint-Grégoire et de Saint-Arey est attachée à un grand ruban rouge moiré, bordé d'un liseré jaune, et se porte en sautoir.

La France pontificale (Gallia Christiana) Diocèse de Gap, par Honoré Jean P. Fisquet 1864.

Image en médaillon : Peinture murale de l’église d’Auron datant de la première moitié du XVe s et montre l’évêque de Gap, Saint Arige, porté en terre sur un char tiré par un bœuf et un ours