Ripert (vers 1050-1063)

Profitant des abus qu'un schisme récent avait introduits dans l'Eglise, Ripert était parvenu à prix d'argent au siège épiscopal de Gap. A cette époque, les princes et les grands, depuis le triste exemple donné par Charles Martel, disposaient des abbayes et des évêchés, ils s'étaient rendus maîtres des élections aux bénéfices ecclésiastiques et ils vendaient secrètement au plus offrant les titres qui venaient à vaquer, puis les acheteurs tâchaient de se dédommager en détail, tant pour couvrir la dette qu'ils avaient contractée envers le trafiquant sacrilège, que pour subvenir ensuite aux dépenses attachées à leur nouvelle position. Ainsi l'ordination d'un prêtre, la consécration d'une église, et une foule d'autres actes épiscopaux n'avaient lieu qu'à prix d'argent. La simonie de Ripert était tellement connue qu'elle était passée en proverbe, et que l'on disait : Simonie Ripertine, pour exprimer une simonie habilement exercée.

Un tel pasteur ne pouvait prendre grand soin de son troupeau, et Ripert ne se faisait nulle conscience de se livrer à ses inclinations vicieuses. Quelques auteurs ont cru que ce prélat avait été non-seulement réprimandé, mais aussi déposé pour crime de simonie dans le concile de Lyon, présidé par le célèbre Hildebrand, légat du Saint-Siège, tenu en 1055, et où Hugues, archevêque d'Embrun, fut déposé pour ce même crime. Mais son nom se trouve sur un acte portant la date de 1055, par lequel Geoffroi Ier, comte de Provence, sa femme Etiennette et Bertrand son fils donnent deux pièces de terre à l'église abbatiale de Saint-Victor de Marseille à cette époque, donc, notre prélat était encore en fonctions. Ces auteurs ajoutent que Ripert, condamné, revint à résipiscence et manifesta quelque repentir de sa faute. Hildebrand se contenta alors de le soumettre à une pénitence temporelle sans le priver de sa qualité, ni de son titre. Aussi voit-on ce prélat prendre la qualité d'évêque de Gap dans une donation qu'il fit en 1060, conjointement avec ses frères, à l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, du prieuré de Saint-Pierre de Réane.

Mgr Depéry pense avec raison que Ripert ne fut déposé qu'en 1063 au concile de Chalon-sur-Saône assemblé et présidé par Pierre Damien, que le pape Alexandre II avait envoyé en France pour régler les différends élevés au sujet des privilèges de l'abbaye de Cluny, et, en même temps, pour achever d'extirper du milieu du clergé le vice de la simonie :

Ripert se retira à Saint-Léger en Champsaur, où il fit bâtir un château dont les ruines subsistent encore. Le clergé et le peuple de Gap envoyèrent à Rome une députation pour prier le souverain Pontife de remédier aux maux de leur Eglise désolée. Ce qui est certain c'est que Ripert vivait encore en 1075, puisque cette même année, il fit donation à Bernard, abbé de Saint-Victor de Marseille, de quelques biens situés dans le territoire de Trescleoux, à la condition d'y ériger un monastère.

La France pontificale (Gallia Christiana) Diocèse de Gap, par Honoré Jean P. Fisquet 1864.