Pierre de Graffinel (1122-1129)

Il succéda à Léger l'année même de la mort de ce dernier, ainsi que le constatent divers actes de la chartreuse de Durbon. En 1123, il consentit à l'établissement des Pères de Saint-Antoine dans la ville de Gap, et les affranchit de la dime. En 1126, il homologua l'acte par lequel Bertrand de Roux disposait de tous ses biens en faveur de dom Lazare, prieur de Durbon. En 1129, il donna à l'abbaye de Saint-Victor de Marseille l'église de Saint-Pierre et de Saint-Romain de Souribes.

Quelques auteurs ont avancé que Pierre de Graffinel administra les derniers sacrements à Augier, évêque de Riez, mort à Gap, le 14 mars 1123, en allant à Rome visiter le tombeau des saints Apôtres. Cette date n'est point exacte, puisque Augier signa, en 1124, ainsi que Pierre lui-même, les actes du concile qui fut tenu à Vienne cette année contre les usurpateurs des biens de l'Église et qui fut présidé par Pierre de Léon, légat du Saint-Siège, et plus tard anti-pape. C'est plutôt Guillaume Ier qui eut à rendre ce service à l'évêque de Riez en 1133, année précise de son décès.

Pierre de Graffinel termina sa carrière à la fin de 1129. C'est sous son épiscopat que Pierre de Bruys, natif de Vallouise, répandit ses erreurs et exerça ses cruautés dans le diocèse de Gap.

Simple laïque, il enseignait qu'il ne fallait point donner le baptême aux enfants, et qu'il était inutile à tous ceux qui ne pouvaient pas faire un acte de foi en le recevant. Il condamnait l'usage des églises, des temples, des autels, et les faisait abattre ; il condamnait le culte des croix et les faisait briser, croyait la messe inutile et en défendait la célébration ; il enseignait que les aumônes et les prières étaient inutiles aux morts, et défendait de chanter les louanges de Dieu. Ces erreurs quelque absurdes qu'elles fussent, trouvèrent des partisans qui affligèrent le cœur de Pierre de Graffinel; et quand on voit les protestants exalter si haut l'autorité de ce novateur, qui n'était qu'un anabaptiste on comprend, à quelle extrémité l'on est réduit, quand on est obligé de chercher dans un pareil homme, ou dans ses adhérents, le fil de la tradition des églises protestantes.

La France pontificale (Gallia Christiana) Diocèse de Gap, par Honoré Jean P. Fisquet 1864.