Grégoire Ier (1157-1180)

Le successeur de Raimond prit possession du troue épiscopal en 1157, et, cette même année, il donna au couvent de Durbon la chapellenie de Saint-Julien-en-Beauchêne, donation qu'approuvèrent et ratifièrent Guillaume de Champsaur, archevêque d'Embrun, le doyen et le chapitre de Gap, et que confirma également une bulle du pape Alexandre III, le 7 décembre 1169. L'empereur Frédéric Barberousse par une bulle donnée à Arles le 31 juillet 1178, investit Grégoire de tous les droits régaliens, sous la réserve de l'hommage qu'il lui rendit le même jour. Ce fait se trouve consigné dans les registres de la chambre des comptes d'Aix, et dans le Livre rouge de la maison consulaire de Gap. Le prince adressa à l'évêque cette bulle avec la suscription suivante qu'on retrouve dans le Livre des Annales des Capucins. « Venerabili viro et dilecto principi nostro Gregorio Vapincensi episcopo. »

A notre cher et vénérable prince Grégoire, évêque de Gap. Dans cet acte, l'empereur constate que le prélat lui a fait hommage et prêté serment de fidélité; puis, il l'investit de toutes les régales, lui donne et lui confirme tout ce qu'il possède légitimement, ainsi que ce qu'il pourra désormais acquérir par des voies justes. Il défend à l'avenir que ni comtes ni marquis, ni aucune personne au monde, quels que soient d'ailleurs ses titres ou qualités, trouble ou moleste ledit évêque ou son Église, en sa personne ou en ses biens, et cela sous peine d'une amende de vingt livres d'or, dont une moitié sera versée dans la mense épiscopale, et l'autre dans le trésor impérial. Ainsi l'empereur Frédéric assura les mêmes prérogatives aux successeurs de Grégoire qui prirent dès lors le titre de princes du Saint Empire.

Cette investiture dût un peu consoler notre évêque du privilège que le pape Alexandre III avait, deux ans auparavant, accordé au chapitre de Gap. Par une bulle de 1176, ce Pape avait soustrait les chanoines de la juridiction de l'Ordinaire pour les assujettir à celle de leur doyen. Cet acte, souvent argué de faux par les successeurs de Grégoire, devint entre eux et leur chapitre un ferment de discorde; de même que l'investiture féodale occasionna de longues querelles entre eux, le pouvoir municipal, et les comtes de Provence et de Forcalquier.

Avant d'obtenir tous ces honneurs temporels, Grégoire avait, en 1167, pieusement entrepris un pèlerinage au tombeau de saint Jacques à Compostelle. L'année suivante, Bertrand II, comte de Forcalquier, ayant disposé d'une partie de ses biens en faveur des Hospitaliers de Saint-Gilles, pria Grégoire de défendre cette libéralité contre les prétentions de Guillaume son frère et son héritier naturel, à qui il abandonnait sa portion du comté de Forcalquier, et lorsque celui-ci, par le décès de Bertrand, eût recueilli l'héritage de son frère, Grégoire fut présent à l'assemblée des parents du nouveau comte de Forcalquier qui n'était point encore parvenu à sa majorité. L'évêque de Gap mourut vers la fin de 1180.

La France pontificale (Gallia Christiana) Diocèse de Gap, par Honoré Jean P. Fisquet 1864.