collioure

Collioure, l'ancienne Cauco-Illiberis, ville fortifiée de 3846 habitants, est située dans une position pittoresque, autour d'une baie semi-circulaire. Son origine remonte à une haute antiquité ; elle existait dès l'an 535 de Rome, époque où des ambassadeurs romains y débarquèrent pour se rendre à Ruscino, et demander aux chefs des Sardons de s'opposer au passage d'Annibal. Lors de la chute de l'empire romain, elle partagea les destinées du Roussillon, et fut plusieurs fois saccagée. En juillet 1793, le général espagnol Ricardos voulut commencer la campagne contre les Pyrénées Orientales par la prise de Collioure ; il envoya 3000 soldats attaquer la ville où se trouvait alors une très-faible garnison. Les assaillants rencontrèrent d'abord en dehors des murailles un petit poste de Français qui paraissait devoir leur opposer peu de résistance : en effet a ceux-ci, dit M. Fervel, semblaient n'avoir plus à attendre qu'une mort glorieuse ; soudain des coups de feu se font entendre ; c'était une centaine seulement de Français qui, bravant les ordres de la place, venaient de s'échapper par-dessus les remparts, et accouraient au secours de leurs frères. L'ennemi, se croyant coupé, s'arrête, tourbillonne, perd la tête, et s'enfuit dans le plus grand désordre , laissant sur la montagne 400 morts ou mourants.

« Le lendemain, l'escadre ennemie parut dans les eaux de Collioure ; mais ce fut en vain qu'elle chercha des yeux, sur les montagnes, le drapeau dont son pavillon venait saluer la victoire. En revanche, elle put de ses batteries muettes contempler à loisir un spectacle qu'elle n'attendait pas : la populace de Collioure traînant sur la plage et jetant à la mer le cadavre de son gouverneur, l'infortuné Valette, dont la conduite, la veille, avait laissé prise a de vagues soupçons, et qui venait de se donner ou de recevoir la mort. »

Vers la fin de la même année, les Espagnols attaquèrent Collioure de nouveau, et, grâce à la trahison de Dufaux, gouverneur du fort Saint-Elme, ils parvinrent à s'emparer de Collioure et de Port-Vendres, dans l'espace de quelques heures. Ils trouvèrent dans la ville 88 bouches à feu, un hôpital complet et des provisions de toutes sortes. Les Français y perdirent 150 hommes, entre autres le représentant Fabre. L'ancien commandant de Saint-Elme échappa au supplice des traîtres en passant à l'ennemi; mais un décret national voua sa mémoire à l'exécration publique. Quatre mois après, les Espagnols étaient forcés de rendre la place au général Dugommier.

Collioure est généralement mal bâtie et percée de rues étroites : elle n'offre d'ailleurs rien de remarquable, si ce n'est une croix gothique en pierre érigée dans le cimetière. A quelques metres du rivage, à l'extrémité Nord de l'anse, on voit un petit îlot rocheux, couronné d'une chapelle dédiée à saint Vincent. Une fois l'an, à 9 h. du soir, une procession maritime promène la châsse du saint tout autour de la rade à la lueur des flambeaux.

Les fortifications élevées par Vauban ont été modifiées depuis. Le fort qui porte spécialement le nom de château couronne le sommet d'un rocher escarpé au Nord de la ville ; du même côté, mais en dehors, s'élèvent les forts de l'Étoile et du Mirador. Au Sud, à plus d'un kilomètre, se montre une redoute carrée connue sous le nom de Palat ou Dugommier ; enfin, au Sud Est, sur le haut de la colline qui commande Collioure et Port-Vendres, se dresse le redoutable fort Saint-Elme.

Le port de Collioure avait jadis une grande importance, à cause du faible tirant d'eau des navires des anciens ; mais aujourd'hui il ne peut recevoir que de petits caboteurs. En 1844, le mouvement commercial y a été : à l'entrée, de 124 navires, jaugeant 1086 tonneaux ; et à la sortie, de 128 navires, jaugeant 1692 tonneaux.

Les environs de Collioure produisent le vin le plus renommé du Roussillon.

A 2 kilomètres au Sud Ouest, à l'extrémité supérieure d'un vallon dont la ville occupe l'embouchure, les touristes vont visiter (2 kilomètres 1/2 environ) un ermitage célèbre dans le pays par ses eaux abondantes et par ses frais ombrages : c'est Notre-Dame de Consolation, patronne des marins de Collioure. La chapelle est petite et pauvre ; mais le corps de logis qui lui est adossé est très-vaste. On l'afferme aux visiteurs, qui jouissent d'une température douce pendant les chaleurs de l'été. Sous les fenêtres de leur appartement s'étend une agréable esplanade bien ombragée, d'où l'on aperçoit le port de Collioure et la mer. Parmi les fontaines qui coulent de toutes parts dans ce délicieux vallon, il en est une qui porte pour inscription ce titre un peu ambitieux : Salus infirmorum ; son eau passait pour minérale, mais le savant Anglada a démontré qu'elle ne devait point avoir une pareille prétention.

A 2 kilomètres 1/2 en ligne droite de Notre-Dame de Consolation, vers le Sud Ouest, se trouvent les ruines de l'Abbaye de Valbonne ; pour les atteindre il faut d'abord se diriger au Sud, passer sur le versant septentrional du pic de Taillefer, haut de 514 mètres, laisser à gauche une ancienne atalaya, ou tour de guet, appelée par les géographes Tour de Madaloth, et par le peuple Tour du Diable, puis descendre dans.la vallée du Ravaner, franchir ce ruisseau, et remonter au Nord Ouest sur la pente opposée. En 1 heure de marche depuis l'ermitage, on atteint les ruines de l'abbaye situées dans un petit vallon au pied d'une montagne qui porte à son sommet la tour romaine de la Massane. L'abbaye de Valbonne fut abandonnée dès le XVe siècle, lors de l'invasion des troupes de Louis XI dans le Roussillon.

Au delà de Colliorure, la route traverse, en décrivant de nombreux zigzags, les rochers de la côte, au dessous du fort Saint-Elme. A un kilomètre de distance, on voit jaillir à côté de la route une source ferrugineuse, connue sous le nom de fontaine de Gauderic Germa.

Source : Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées, de l'Océan à la Méditerranée par Adolphe Joanne, Victor Petit 1858.

Fort carré et tour de l' Etoile

Le fort Carré ainsi que la tour de l'étoile sont rattachés au département des Pyrénées-Orientales, place de Perpignan de la 9e division militaire. On trouve dans cette subdivision, le château de Salces, Collioure avec ses ouvrages détachés et le Fort de port Vendres. Au nombre des ouvrages détachés de Collioure, on compte Le fort Carré, a tour de l'étoile, la redoute du Palat et le fort Saint-Elme.

Fort Saint-Elme

Ce fort, qui plonge à la fois Port Vendres et Collioure à une distance et sous un angle que le canon atteint sans peine, est effectivement la véritable clef de ces deux places. Il a ensuite l'avantage d'occuper l'extrémité d'une arête étroite, inaccessible par ses deux revers, et abordable en tête seulement, par le puig de las Daines.