Collégiale Saint-Pierre de Gerberoy à Gerberoy

Petite ville du Beauvaisis, située sur une éminence qui domine une vaste campagne, à cinq lieues et au Nord-Ouest de Beauvais, et à vingt et une au Nord de Paris.

Le nom de ce lieu a, par les écrivains du moyen âge, été latinisé de diverses manières; on le trouve nommé Castrum Gerboredum, Gibboracum, Gerberacum, etc.

Gerberoy consistait en un vaste et ancien château, placé sur la frontière de la France et de la Normandie; il se trouvait ainsi exposé aux attaques des souverains de l'un et de l'autre pays, qui se le disputèrent. Cette forteresse avait appartenu aux évêques de Beauvais, qui y placèrent des officiers qualifiés de vice Domini, en français vidames. Dans le siècle des usurpations, cette fonction amovible devint à vie puis héréditaire dans la famille qui en était pourvue ; mais l'évêque de Beauvais conserva jusqu'au XIIe siècle le droit de suzeraineté sur cette forteresse. A cette époque, la famille du vidame s'étant éteinte, Philippe de Dreux, évêque de Beauvais, réunit la seigneurie de cette forteresse à son évêché, et prit le titre de vidame de Gerberoy. Mais revenons aux anciens vidames.

Vue aérienne.

Leur juridiction était fort étendue ; ils jouissaient, entre autres prérogatives, de celle d'être ensevelis dans l'église de Beauvais, à côté des évêques et des chanoines. Ils avaient dans cette ville une maison, qui depuis a été remplacée par la chapelle de Saint-Vaast ou de Sainte-Véronique.

Une charte du roi Robert, de l'an 1015, confirme la donation du comté de Beauvais à Roger, évêque de cette ville, ainsi que de tous les revenus et exactions que le comte audit comté prélevait sur plusieurs villages, et indique le marché que possédait Franco, à cause de son château de Gerberoy.

Ce Franco était alors vidame de Gerberoy. Voici la formule de l'hommage qu'il fit à l'évêque Roger, et celle des engagements que cet évêque prit envers ce vidame.

« Seigneur, j'ai dessein d'observer en toutes choses et avec une fidélité entière, les promesses que je vous ai ci-devant faites; et je me garderai bien de manquer, en quoi que ce soit, à mon serment. Je ne vous présenterai aucun héritier (commendatum atque heredem), ni à l'évêque de l'église de Beauvais, qui vous succédera ; et même personne ne s'offrira de mon ordre, à moins que vous ou votre successeur ne le lui ayez commandé ou conseillé auparavant, ou que l'un de vous deux ne l'ait accordé à ma prière, pourvu que ce successeur s'oblige à la même chose que vous allez faire maintenant.» L'acte de convention de l'évêque dont il est ici fait mention, est conçu en ces termes : « Franco, je ne ferai aucun dommage à votre château de Gerberoy ; et, quand je saurai qu'il sera en péril, je tâcherai de l'en retirer et de le défendre, pourvu que vous me soyez fidèle : et, même quand vous m'auriez trahi en quelque chose, eu égard à ce serment, je vous avertirai ou ferai dire que vous vous amendiez, et aurai patience durant deux quarantaines, pour voir si vous ne reconnaîtrez pas vos torts ; que si vous le faites, ou j'accepterai votre amendement, ou je vous pardonnerai entièrement, et dans la suite je vous tiendrai ma parole, pourvu que vous ne défendiez pas ce château de Gerberoy à mon préjudice, que vous n'empêchiez d'y entrer les hommes que j'y enverrai pour le conserver, et que vous me gardiez, avec toute sorte de fidélité, les promesses que vous m'avez faites, et les conventions dont nous sommes demeurés d'accord. »

Ces deux pièces établissent assez bien les rapports alors existants entre le vassal laïque et son suzerain ecclésiastique.

Du temps du roi Robert, il existait un marché à Gerberoy. On attribue aux vidames l'établissement d'une maladrerie, la construction des murailles qui entourèrent et protégèrent le bourg, qui devint une ville, et la fondation d'une collégiale, dont les chanoines se distinguaient par une conduite fort scandaleuse. « Dans l'histoire de Gerberoy on lit, qu'en l'an 1072 les seigneurs de ce lieu, voyant la nécessité qu'il y avait d'un doyen et d'un curé, à cause de la dissolution des chanoines et du peuple privés de pasteur, ordonnèrent que ces chanoines éliraient un d'entre eux, qui, après avoir pris la charge spirituelle avec la dignité de doyen, veillerait sur leur conduite. »

« De plus ils firent bâtir une église ou basilique dans la ville, où ils établirent un prêtre ou curé, pour avoir le soin des âmes du peuple. » Telles sont aussi les expressions de l'ordonnance de l'évêque de Beauvais: « Nous voulons, y est-il dit, que vous sachiez qu'il y a eu depuis longtemps une telle corruption dans le château et la ville de Gerberoy, que personne ne prenait le soin de veiller sur la conduite des chanoines et de travailler à leur correction, ni à la punition de leurs fautes ; que le peuple même n'avait aucun prêtre qui prit soin de son âme, soit pour découvrir ses dérèglements, soit pour entendre ses confessions, soit pour conduire les pénitents à l'évêque de Beauvais ou à son archidiacre, afin de recevoir une pénitence convenable, et être ensuite réconciliés et absous, après l'avoir parfaitement accomplie. » Ceci prouve qu'encore au XIe siècle les pénitences publiques étaient infligées par les évêques, qui avaient, par conséquent, une juridiction pénale dans leurs diocèses ; que les curés et autres ecclésiastiques étaient les agents de cette juridiction, « outre que les pécheurs étaient obligés de se présenter à l'évêque ou à son archidiacre, peu après qu'ils en avaient été avertis par les doyens et leurs pasteurs, pour être mis en pénitence ; ils y étaient encore tenus la quatrième férié qui précède le premier dimanche de carême....; auquel jour leurs propres prêtres ou curés les présentaient à l'archidiacre, et celui-ci à l'évêque, au porche de l'église cathédrale, revêtus de sacs, nu-pieds et la veuë baissée, pour témoigner, par cette posture, qu'ils se reconnaissaient criminels. »

Ces peines étaient souvent très-fortes; on punissait l'inceste par quatorze ans de pénitence ; et, ce terme expiré, les pénitents devaient se présenter à l'évêque le Jeudi-Saint, pour en être absous, à la prière de l'archidiacre, des doyens et de leurs propres curés, présents à cette absolution.

L'auteur qui rapporte ces faits se récrie contre le libertinage des anciens chanoines et du peuple de Gerberoy, et fait observer que jamais il ne, s'est vu un siècle si corrompu: « car il avait produit plusieurs antipapes, plusieurs évêques simoniaques, plusieurs ecclésiastiques infâmes, qui vendaient et achetaient publiquement les cures paroissiales; qui se mariaient publiquement ou retenaient chez eux des femmes de mauvaise vie. »

En 1076, les environs de Gerberoy offrirent le spectacle horrible d'un fils armé contre son père : Robert, fils de Guillaume-le-Conquérant, duc de Normandie, combattit contre l'auteur de ses jours et contre son frère Guillaume, qui fut renversé de son cheval; plusieurs périrent dans la lutte. Orderic Vital dit que le roi de France, Philippe Ier, présent à ce combat, favorisait la révolte du fils contre le père. Quelques modernes, pour justifier le roi de France, ont rejeté sur le vidame de Gerberoy cette indigne protection. Quoi qu'il en soit, il est certain que Philippe Ier était un prince peu délicat, et que Robert et ce roi de France furent mis en déroute.

« Hélias, alors vidame, dit Orderic Vital, et l'autre seigneur qui gouvernait avec lui ce château, reçurent de bonne grâce ce roi vaincu, et lui promirent qu'ils lui donneraient du secours et à toute sa suite, quand il le désirerait ; car, dans ce château où commandaient deux seigneurs, on était dans l'usage de donner asile à tous les fugitifs de quelque parti qu'ils fussent. Robert y rallia sa cavalerie ainsi que les troupes des barons français, auxquels ce prince faisait des promesses qu'il était incapable de tenir : il en résulta de grands maux; les fils de perdition, par ruse ou par violence, exercèrent contre des hommes innocents et sans armes, d'innombrables iniquités. »

De là, les partisans de Robert inquiétèrent quelque temps les frontières de là Normandie mais Guillaume fit lever des troupes nombreuses « et les envoya, armées de toutes pièces, directement à Gerberoy, pour y attaquer les ennemis qui lui faisaient de grandes menaces ; et il assiégea en personne, durant environ trois semaines, ce château, avec sa puissante armée » Orderic Vital ne dit pas quelle fut l'issue de ce siége ; on sait que Guillaume y fut blessé au bras par son fils, et lui donna sa malédiction.

Dans les guerres qui éclatèrent entre le roi de France, Louis VII, et Henri II, roi d'Angleterre, Gerberoy, important à cause de sa position sur les frontières des deux États, fut de nouveau, en l'an 1159, assiégé par les Anglais qui, après plusieurs assauts, s'en rendirent maîtres, et en renversèrent les murailles ; les villages des environs furent mis à feu et à sang , et entièrement ruinés.

Gerberoy fut l'objet d'un autre siége : en 1197, Philippe-Auguste, de retour de la Terre Sainte, et en l'absence de Richard-Coeur-de-Lion, s'empara d'une partie de la Normandie ; Richard, revenu dans ses États, porta la guerre sur les terres de France ; l'évêque de Beauvais, Philippe de Dreux, prit parti pour le roi de France, et fit, avec son archidiacre, des courses en Normandie. Les dispositions guerrières de cet évêque attirèrent les Anglais devant son château de Gerberoy ; alors ce prélat et son archidiacre sortirent de Beauvais et attaquèrent les assaillants avec tant de force que le carnage fut grand de part et d'autre; mais l'évêque et l'archidiacre furent pris et conduits à Rouen, où ils furent présentés au roi Richard par un capitaine, qui lui dit : Cepi et do tibi, rex, cantorem et responsorem. J'ai pris et je te donne le chantre et le répondant. C'est alors que l'évêque eut recours au pape, pour obtenir son élargissement ; c'est alors aussi que Richard fit répondre à ce dernier, en lui envoyant la cuirasse de l'évêque : Vide si tunica filii tui sit, an non ? Vois si c'est la tunique de ton fils, ou non.

Le même évêque ne laissa pas cependant de donner plusieurs reliques à son église de Gerberoy, entre autres, de l'huile des tombeaux de saint Nicolas et de sainte Catherine.

Lors des malheurs qui affligèrent la France sous le règne du roi Jean, les chanoines de Gerberoy, épouvantés, s'assemblèrent, et conclurent qu'il serait permis à chacun d'eux de se retirer où bon lui semblerait ; cette résolution est de 1346. Sous les rois Charles VI et Charles VII , Gerberoy ne fut pas en proie à de moindres calamités. En 1417 et 1418, le duc de Bourgogne promena son armée victorieuse dans tout le Beauvaisis. « Ce fut en ce même temps et vers le commencement de cette année (1418), que les Bourguignons , étant entrés dans Gerberoy comme des athées, furent jusque dans l'église, où ils fracassèrent même les saintes reliques; ce qui obligea les chanoines de se sauver ensuite, emportant avec eux les joyaux, les ornements et les titres de l'église, qui leur étaient restés après ce pillage, et qu'ils avaient sans doute rachetés des Bourguignons. »

Le vieux Gerberoy vers 1415 par une nuit d'orage.

La même année, le duc de Bourgogne, s'étant réuni à la reine et au roi de France, se déclara contre le roi d'Angleterre, qui s'empara de plusieurs villes de France, entre autres, de Gerberoy. La ville fut très-maltraitée, l'église collégiale entièrement brûlée, et une grande partie des maisons renversées de fond en comble; les chanoines furent obligés de transférer leur chapitre dans l'église de Saint-Mathieu de la Neuville, qu'on leur prêta pour y faire le service divin. Cet état de désordre et de destruction dura jusqu'en 1423.

Cependant, en 1432 les choses avaient changé de face ; et partout les Anglais fuyaient devant les armées victorieuses de Charles VII. Alors le comte de Clermont, étant venu à Gerberoy avec des troupes, y assiégea les Anglais, les vainquit, puis ruina la place, afin de leur ôter tout secours.

Trois ans plus tard les Anglais furent une seconde fois défaits devant Gerberoy ; ce qui ne les empêcha pas, en 1437, de se présenter de nouveau devant cette ville, de l'assiéger et de s'en rendre maîtres.

Mais, en 1449 les officiers du roi assiégèrent de nouveau cette place, que tenaient toujours les Anglais ; elle fut prise par escalade, et la plupart des assiégés taillés en pièces. On dit même qu'un puits prit alors le nom de puits des anglais, à cause du grand nombre de corps morts des hommes de cette nation qu'on y jeta.

« Environ le même temps, le doyen et les chanoines revinrent à Gerberoy pour aviser aux moyens de faire recommencer le service divin, interrompu depuis plus de vingt ans. On commença, peu après, le rétablissement de l'église collégiale, qui se trouva enfin achevée en 1472. »

Vers le même temps aussi les chanoines obtinrent de Rome une bulle qui accordait indulgence plénière à ceux qui, visitant l'église de Gerberoy, la Teille et le jour de là fête de saint Pierre et de saint Paul, feraient des aumônes pour son rétablissement.

Louis XI déclara la guerre au duc de Bourgogne ; celui-ci parcourut et ravagea le Beauvaisis, renversant et brûlant tout ce qui se trouvait sur son passage ; Beauvais cependant résista à tous ses efforts ; alors il se jeta sur Gerberoy et mit le feu à toutes ses maisons ; l'église nouvellement achevée sortit cependant intacte de cet incendie.

Un acte du chapitre tenu à Beauvais pendant ce temps de calamités donne une triste idée des mœurs de cette époque : il porte que, la chapelle de Sainte-Catherine de Gerberoy « ayant été souvent polluée par des hommes et des femmes, et aussi à cause des querelles et des scandales qui s'y commettent, l'autel en sera ôté et transféré devant le crucifix, dans la nef de l'église. »

Durant les troubles de la ligue, où chaque seigneur regardait à peu près comme sa propriété la province ou la ville qu'il gouvernait, un sieur de Fouquerolles, Normand et capitaine de cent hommes d'armes, partit de Pontoise, avec ses troupes et avec celles du sieur de Chatillon, se mit en campagne, et vint se présenter devant Gerberoy, alors dépourvu de garnison; il y arriva vers le milieu de la nuit et se prétendit porteur d'une lettre adressée au juge de la ville. La sentinelle ayant répondu qu'il n'était pas l'heure d'ouvrir, mais qu'il pouvait faire passer sa lettre sous la porte, il s'en approcha en effet et y fit attacher un pétard, qui la brisa en un instant. Ainsi s'introduisit Fouquerolles dans la ville qu'il pilla, dont il rançonna et maltraita les habitants, au nom du roi de Navarre.

De la ville il fut facile de s'introduire dans le château, qui fut pris sans résistance.

« Enfin, ces soldats ....... forcèrent l'église et la pillèrent, emportant les ornements, les calices et les reliques ; le matin venu, on composa, avec eux, tant pour la rançon des habitans que pour les ornements de l'église , qu'ils relâchèrent moyennant quatorze cents écus qu'on leur bailla. » De ces quatorze cents écus, les chanoines en payèrent deux cents. Dès lors Fouquerolles se retira et laissa libres les habitants.

Peu après, Gerberoy fut pris par le duc de Mayenne, qui laissa cette ville au pouvoir du maire et des habitants de Beauvais, dévoués à la ligue. La garde en fut commise à un sieur de Bigan.

Cependant l'année suivante un gentilhomme voisin, nommé de Villers, se présenta en force devant Gerberoy, le prit, en chassa de Bigan, s'en rendit lui-même gouverneur, y vécut la plupart du temps à discrétion, et fit fortifier les tours et les murailles.

Les anciens Remparts (côté sud)

L'année suivante, le duc de Biron vint assiéger Gerberoy, de la part du roi Henri IV, emporta cette place, et en confia le commandement au seigneur de Mouy, qui la fit fortifier ainsi que le château de Bresles, pour servir de lieux de retraite aux troupes qui feraient la guerre aux habitants de Beauvais, qui tenaient pour la ligue.

Peu de temps après, Henri IV, blessé dans un combat contre les troupes du duc de Parme, se fit porter à Gerberoy, qui, dans la suite, eut, comme nous l'avons dit plus haut, ses murailles détruites, en vertu d'une convention signée entre le sieur de Mouy, pour le roi, et les habitants de Beauvais. « Le sieur de Mouy, dit l'acte, offre, sous le bon plaisir du roi, faire démanteler Gerberoy et Bresles, et les remettre entre les mains de messieurs de Beauvais. » Henri IV fit écrire sur cet article : « Le roi trouve bon que les fortifications de Gerberoy, et celles que le sieur de Mouy a fait faire à Bresles, soient démantelées, etc. »

Le traité fut bien exécuté « le jeudi, ensuivant 22 octobre, le sieur Beaudeduit, assisté du capitaine La Tour et d'un grand nombre de soldats, s'étant rendus à Gerberoy, mirent la ville et le château en ruine, et, non contents d'en avoir abattu les tours, les murailles et les avant-murs, et fait plusieurs brèches contre la foi donnée, prirent les meubles des habitants, etc ... Ils emportèrent aussi avec eux les chaînes du pont-levis, les serrures et ferrures des portes, comme celles des barrières et du pont du château, et même jusqu'aux planches dont il était bâti. Enfin, après avoir rompu l'auditoire où se rendait la justice, et brûlé les sièges, ils s'en retournèrent à Beauvais, d'où, croyant n'avoir pas assez fait, ils revinrent sept jours après, avec cinq à six cents villageois du voisinage, qu'ils contraignirent à les aider de mettre les brèches qu'ils avaient faites jusqu'à rez-de-terre. Ainsi, Gerberoy demeura en ruine, et exposé de là en avant à la merci des soldats, qui pouvaient y loger en toutes rencontres. »

Alors la plupart des habitants désertèrent une ville où ils ne se trouvaient plus en sûreté, ayant continuellement à craindre les gens de guerre et les voleurs.

Dans ce triste état, Gerberoy eut à souffrir des maux plus grands encore; on sent que soumis aux habitants de Beauvais, ceux-ci durent lui faire porter la peine de son dévouement à Henri IV. L'assiette de tailles excessives fut la première vengeance des Beauvaisiens ; les habitants de Gerberoy étant dans l'impossibilité de les acquitter, les Beauvaisiens envoyèrent des troupes, « qui, étant arrivées au lieu où se devait consommer leur rage, commencèrent à exercer toutes les cruautés possibles, mirent le feu à la porte et à quelques maisons, rompirent et brisèrent tout ce qu'ils rencontrèrent, abattirent une partie des murailles restées du démantèlement, violèrent les filles et les femmes, prirent tous les bestiaux et tous les meubles qu'ils purent rencontrer dans les maisons, et jusqu'aux maillots des enfants et les cendres du feu, disant publiquement que les habitants de Gerberoy étaient des Huguenots : c'est pourquoi ils étaient venus avec ordre de les faire tous mourir. Ils eurent la hardiesse de saisir M. Estienne de Limermont, prêtre, chanoine de Gerberoy, âgé de 90 ans, de le dépouiller, de le mettre tout nu en pleine rue, lui ôtant même sa chemise, afin de l'exposer à la honte, et le faire le sujet de leurs railleries. Ces cruels, non encore satisfaits, entrèrent dans l'église, où ils tirèrent, à coup d'arquebuses, sur les saintes images. Enfin, après avoir pris avec leurs mains sacrilèges le saint ciboire, où reposait le corps de notre sauveur Jésus-Christ, et les saintes huiles, ils se retirèrent, emmenant avec eux quantité d'habitants à Beauvais, où ils les jetèrent dans les prisons, et qui n'en fussent pas sortis sitôt, si cette ville ne se fût rendue au roi, environ le 23 du mois d'août ensuivant. »

En novembre 1594 un autre désastre vint encore affliger Gerberoy ; plusieurs compagnies de gens de guerre logèrent dans la ville ; ils en sortirent quelques jours après; mais sept ou huit d'entre eux revinrent sur leurs pas le pistolet au poing, tirèrent sur les habitants, et, s'armant d'un tison enflammé, mirent le feu à l'une des maisons voisines de la porte Saint-Martin. L'incendie, faisant des progrès, brûla douze autres maisons et plusieurs édifices publics, entre autres l'Hôtel-Dieu, qui fut réduit en cendres, avec tous les grains recueillis pendant la moisson précédente, dont la perte fut estimée à trois mille écus : ce qui n'empêcha pas les Beauvaisiens de taxer pour l'année suivante Gerberoy à quatre cents écus de tailles.

Les habitants de Gerberoy portèrent leurs plaintes, et Henri IV, touché de compassion pour les maux qu'avait soufferts leur ville, l'exempta à l'avenir du logement des troupes. « Nous vous défendons, dit-il à ses officiers, en icelle prendre, enlever aucuns biens, meubles, blé, vins, foin, avoine, paille, chevaux, vaches, moutons, ni autres choses quel conques, sans le gré et consentement des dits habitants. Vous défendons, sur peine de la vie, de n'attenter à la personne des dits habitants, leurs femmes, familles et serviteurs, d'autant que, par ces présentes, avons nous le tout pris et nous prenons et mettons en notre protection et sauvegarde spéciale, etc. » Ceci donne une idée des guerres et des guerriers de cette époque.

« Pour conclusion de tout ce que j'ai rapporté, dit l'historien de Gerberoy, si le lecteur, connaissant la petitesse de la ville, s'étonne de voir qu'elle ait été le sujet de tant d'attaques, de prises et reprises, je dirai que sa situation sur une montagne, l'enceinte de ses murailles, la proximité des bois, le voisinage de Beauvais et de Gournay (deux villes de la ligue), font assez voir combien cette place était importante pour l'un et l'autre parti. »

Gerberoy ne resta pas long-temps sans murailles; cependant quelques parties des fortifications ne furent rebâties qu'en 1610 et 1624.

Dans la suite, trois incendies considérables éclatèrent encore à Gerberoy : le premier, en 1611, consuma dix-sept maisons, et menaça un instant de faire de la ville entière un monceau de cendres.

Depuis cette époque, Gerberoy a eu l'avantage de ne plus figurer dans l'histoire, qui, surtout dans les temps passés, n'offre que des malheurs et ne prouve qu'une douloureuse célébrité.

On y comptait, en 1760, 78 feux.

Aujourd'hui; il s'y tient deux foires; l'une les 29 et 30 septembre, l'autre le lendemain de la Pentecôte.

Source : Histoire physique, civile et morale des environs de Paris par Jacques-Antoine Dulaure 1825.

Collégiale Saint-Pierre de Gerberoy à Gerberoy
Crédit photo : joel.herbez (Collégiale Saint-Pierre, gerberoy)

bâtiment classé.

Informations structurelles

Collégiale Saint-Pierre, Gerberoy consistait en un vaste et ancien château, placé sur la frontière de la France et de la Normandie; il se trouvait ainsi exposé aux attaques des souverains de l'un et de l'autre pays, qui se le disputèrent. Cette forteresse avait appartenu aux évêques de Beauvais, qui y placèrent des officiers qualifiés de vice Domini, en français vidames. gerberoy, oise

Localisation et informations générales

  • identifiant unique de la notice : 162222
  • item : Collégiale Saint-Pierre
  • Localisation :
    • Oise
    • Gerberoy
  • Code INSEE commune : 60271
  • Code postal de la commune : 60380
  • Ordre dans la liste : 2
  • Nom commun de la construction :
    • La dénomination principale pour cette construction est : collégiale
  • Etat :
    • L'état actuel de cette construction ne nous est pas connue.

Dates et époques

  • Périodes de construction : 2 différentes époques marquent l'histoire du lieu.
    • 11e siècle
    • 15e siècle
  • Date de protection : 1984/04/03 : inscrit MH
  • Date de versement : 1993/12/03

Construction, architecture et style

  • Materiaux:
    • NC.
  • Couverture :
    • NC.
  • Materiaux (de couverture) :
    • NC.
  • Autre a propos de la couverture :
    • NC.
  • Etages :
    • NC.
  • Escaliers :
    • NC.
  • Décoration de l'édifice :
    • NC.
  • Ornementation :
    • NC.
  • Typologie :
    • NC.
  • Plan :
    • NC.

Monument et histoire du lieu

  • Eléments protégés MH (Monument Historique) :
    • Notre base de données ne comprend aucun élément particulier qui fasse l'objet d'une protection.
  • Parties constituantes :
    • NC.
  • Parties constituantes étudiées :
    • NC.
  • Utilisation successives :
    • NC.

Autre

  • Divers :
    • Autre Information : propriété de la commune 1992
  • Détails : Collégiale Saint-Pierre (cad. B 256) : inscription par arrêté du 3 avril 1984
  • Référence Mérimée : PA00114702

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Source: base Mérimée et contribution des internautes.

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