lunéville légende historique

Plan de Lunéville par M. ALEXANDRE JOLY en 1658

Légende historique

C'est une opinion généralement accréditée, que la ville de Lunéville tire son nom du culte que l'on y rendait à la Lune, néanmoins, aucun document certain ne vient à l'appui de cette opinion, laquelle ne repose que sur des inductions tirées de l'étymologie de ce nom, sur l'existence prétendue, à Léomont, d'un temple dédié à la Lune, et sur quelques trouvailles douteuses faites au XVIe siècle.

Quelle autre divinité que Diane, ou la Lune, pouvait disputer les adorations et les hommages d'une localité entourée, de toute part, de sombres forêts qui couvraient, à quelques clairières près, toute l'étendue de pays comprise entre Saint-Nicolas et Blamont, d'une part, la Seille et le pied des Vosges d'autre part ?

Lunevilla fit partie du Chaumontois jusqu'au démembrement définitif du royaume de Lothaire, en 953, que cette localité devint le chef-lieu d'un comté habité par des seigneurs, de la maison d'Alsace, du nom de Folmar, investis du titre de comtes palatins ou avoués de l'évêché de Metz.

A la suite de divers échanges, le premier opéré, par le duc Mathieu, en 1245, Lunéville fut réuni au domaine de la couronne, et son château, avec toutes ses dépendances, définitivement acquis au duc Raoul, en 1544.

Château

Trois châteaux, au moins, se sont succédé sur remplacement de celui actuel.

Le château-fort des comtes, précédé de fossés, entouré de murailles flanquées de tours et dominé, au centre, par un donjon, a été transformé en maison de chasse et de plaisance de nos ducs, il fut successivement agrandi ou remanié dans le cours des siècles, et le duc Raoul y fonda une chapelle sous l'invocation de saint Antoine, en 1343. En 1612-14, le duc Henri en fit démolir une partie pour avoir son petit château, en style de la Renaissance qui fit place, à son tour, en 1702, au palais de Léopold.

Fortifications

La première enceinte de murailles, en forme de quadrilatère, avec tours rondes aux angles, dont une partie existe encore, a été construite en moellons ordinaires. A quelle date précise ? est-ce par les comtes ou sous les premiers ducs, leurs successeurs ? on l'ignore.

Tours

On compte quatre tours d'angle, non compris celles des portes, qui ont reçu des noms différents à diverses époques.

* La tour Blanche, qui existe encore, presque entière, enclavée dans les dépendances de l'hôtel de Frénel. * La tour d'Epinal, détruite complètement. * La tour Blanpain, ainsi nommée parce quelle fut donnée en usufruit, par Léopold, au sieur Blanpain, contrôleur de la bouche, et convertie, à la mort de ce dernier, en prison de ville. C'est la tour, dite de l'Ecole, dans les comptes de ville, il en reste quelques traces. * La tour du Château, enfouie dans le voisinage de la terrasse des Bosquets.

Les comptes de ville désignent les mêmes tours sous les variantes de noms, l'Ecole, Bresson, de Genaux ou Genauxes et "l'autre collatérale servant de guet". If y a aussi, quelque part, la tour des Sorciers, et "la tour tombée, dite des Pourceaux".

Portes

La vieille enceinte était percée de trois portes :

  • Porte Saint-Nicolas ou du Pont, route de Nancy; elle servait de prison civile depuis 1625 environ.
  • Porte Saint-Georges ou Joly, route d'Epinal. cette porte ainsi nommée, sans doute, parce quelle conduisait à la commanderie Saint-Georges, sur le chemin de Viller, qui avait eu pour commandeuu, en 1419-38, Jehan Joly ou Jean dit Joly.
  • Porte Saint-Jacques ou d'Allemagne, dite aussi de Chanteheu, flanquée de plusieurs tours. Les Bourguignons étant maîtres de la ville en 1476, c'est à cette porte, et pour s'en emparer. que fut tenté l'assaut des gentilhommes lorrains, relaté dans la Chronique de Lorraine.

Nouvelle enceinte

Etablie en terre, suivant les nouveaux principes de fortification nécessités par l'invention de la poudre et l'emploi du canon dans les siéges. Les troupes protestantes, amenées d'Allemagne au secours des calvinistes de France, commirent de tels dégâts, sur leur passage, que, pour y remédier à l'avenir, Charles III fit dresser le plan d'une nouvelle enceinte qui fut exécuté de 1591 à 1596.

Faubourg d'Allemagne

aussi appelé la Ville-Neuve, ou simplement le Faubourg, était un accroissement de maisons qui débordait de l'enceinte du moyen âge, devenue trop étroite, vers l'Est de la ville. Le faubourg fut compris dans les nouvelles fortifications.

Hôtel de ville

Il résulte des anciens comptes, que le Conseil de ville tenait ses séances dans une maison à loyer, dans le cours du XVIIe siècle.

La halle

Etait à l'angle nord de la place de ce nom avec la rue de Metz. C'est dans "l'Escoutoir", au-dessus, que se tenaient les plaids-annaux et qu'avaient lieu les assemblées des bourgeois, appelés à se prononcer sur les affaires communales et à nommer leurs magistrats, depuis l'époque des affranchissements (1265) jusqu'à la création du Conseil de ville, en 1589. Il en reste encore des vestiges.

Le moulin

Le moulin banal, de temps immémorial jusqu'à Léopold, qui le fit démolir, était sous les murs du château, la banalité fut transportée sur les moulins de Ménil, dits Grands-Moulins.

Cour et Hotel Sauvage

Maison-fief, franche et exempte des droits d'entrée, tailles et prestations, appartenait originairement aux comtes Sauvages du Rhin, dès une époque reculée du moyen âge. Elle appartenait, vers 1638, aux Malclerc, seigneurs de Crévie. Ce doit être la place devant la cure et la maison de cure actuelle..

Rues

Les rues Hargaut et Paquatte ont, sans doute, emprunté, par l'usage, les noms propres de familles connues qui y résidaient, mentionnés dans les comptes de ville de l'avant-dernier siècle. Paquatte figure en qualité de "pasticier-rostisseur".

Du Puits-Content, parce qu'il y avait un puits public au milieu de la petite place de ce nom, comblé de nos jours.

De la vieille-muraille, parce que cette rue longeait les anciens remparts de ville.

De la Brèche, parce que c'est par la brèche pratiquée aux environs de cette rue, que les Français entrèrent dans la ville, à la suite du siége fameux de 1638. Lunéville fut emporté d'assaut, le 15 novembre, après quinze jours de siége les officiers et soldats furent faits prisonniers de guerre, la ville mise au pillage, pendant trois jours, et incendiée un grand nombre d'habitants, de tout âge et de tout sexe, furent passés au fil de l'épée.

De la Pucelle, des Trois-Puccelles, allusion à quelqu'enseigne d'auberge, à l'imitation de certaines villes de France qui avaient emprunté le titre de quelque fabliau en renom.

Établissements religieux

Abbaye Saint-Remy

Fondée en 999 par Folmar-le-Vieux, comte de Lunéville, pour des Bénédictins, remplacés par des religieuses en 1034, enfin, en 1040, par des Chanoines réguliers de Saint-Augustin, réformés, en 1623, par le B. P. Fourier, sous le titre de Notre-Sauveur, qui l'occupèrent jusqu'à la Révolution. Les Chanoines possédaient la cure de Lunéville depuis 1184, avaient le monopole de l'instruclion, tant primaire que secondaire, et jouissaient du droit d'asile dans toute l'étendue de leur clôture. C'est par erreur que nos meilleurs historiens ont avancé que l'abbaye Saint-Remy avait été transférée en ville, en 1587 avec la commanderie Saint-Georges jamais l'abbaye n'a été en dehors des murailles, et n'a pu être transférée.

Eglise paroissiale Saint-Jacques

Dès l'origine de sa fondation, l'église de l'abbaye servit de paroisse aux habitants. Des différends étant survenus entre les paroissiens et leurs pasteurs, les premiers firent construire, à leurs frais, hors de la dépendance et de la culture de l'abbaye, une église séparée, sous le patronage de saint Jacques-le-Majeur, à une époque assez reculée du moyen àge, et y transférèrent les offices de paroisse. Dans le courant du siècle dernier, elle était devenue trop étroite, enfoncée et malsaine. Elle fut démolie en 1745, et le service paroissial transporté de nouveau à quelque distance dans l'église de l'abbaye Saint-Remy, reconstruite de fond en comble c'est aujourd'hui l'église paroissiale Saint-Jacques.

Religieuses du Tiers-Ordre de saint François

Vulgairement les Sceurs Grises, établies par René II, en 1481, près de l'ancien château, sur l'emplacement actuel de la salle de spectacle, des petits jardins réservés et d'une partie de la terrasse du château. Jean de Sorcy, évêque de Christopole, suffragant de l'évêque de Toul, consacra leur église cette même année. Léopold ayant résolu de donner au château, qu'il faisait bâtir, une grande extension, les fit transférer, en 1712, à l'entrée de la rue de Viller.

Minimes

Appelés par Henri II, en 1620 leur maison était en face du château, ils s'établirent dans l'ancien hôpital de ville, que le duc avait obtenu à titre d'échange, ils bâtissaient, en 1628, leur église, qui a été embellie sous Léopold, on y voyait, entre autres, le monument funèbre de Bébé, nain de Stanislas.

Capucins

Ils obtinrent l'autorisation de s'établir hors de l'enceinte du moyen âge, dans le faubourg, en 1633, leur église fut bénite en 1665.

Il Y avail encore les Religieuses de la Congrégation, introduites en 1625, cloîtrées en 1629, mais sans domicile fixe jusqu'en 1671, qu'elles acquirent une maison au bas de la Grand'Rue. Leur église ne fut bâtie qu'en. 1719-22, à 1'aide des libéralités de Léopold. Les Carmélites, qui n'ont fait que passer, se sont réfugiées à Nancy à cause des guerres et des passages continuels de troupes, établies en 1628 jusqu'en 1635. Les. Carmes, autarisés en 1707 sur la place de ce nom, enfin les Bénédictins de Ménil, en 1737.

Templiers

On sait peu de chose de certain sur l'établissement du Temple, à Lunéville, sinon que la sainte milice possédait, entre autres, une maison voisine de l'hôtel Sauvage; que la rue du Temple longeait probablement une partie de sa clôture; qu'enfin, deux cafés sont établis sur ce que la tradition affirme avoir été leur maison.

Commanderie Saint-Georges

Desservie par les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui succédèrent aux Templiers. Ils avaient hérité d'une maison forte, située sur le chemin allant à Viller, en 1587, lors du passage des troupes protestantes amenées d'Allemagne, au secours des calvinistes de France, la commanderie Saint-Georges fut transférée en ville. N'a-t-elle pas, à diverses fois, depuis lors, changé de local ? ce serait probable. Il y a des titres qui établissent, avec certitude, que la commanderie, au siècle dernier, était dans une maison voisine du Puits-Content, sur la rue qui porte encore le nom de la Commanderie.

Bibliographie

  • Dom Calmet : Notice de la Lorraine.
  • Durival : Description de la Lorraine.
  • Guerrier : Promenades et excursions dans l'arrondissement de Lunéville, 1858.
  • Le même : Annales de Lunéville, 1818.
  • C. Marchal: Histoire de Lunéville, 1829.
  • Grosse : Statistique de la Meurthe, 1858.
  • H. Lepage : Statistique et Communes de la Meurthe, 1843 et 1853, article LUNÉVILLE.
  • A. Joly : Le Château de Lunéville, 1859.
  • Le même: Notice sur l'église paroissiale Saint-Jacques, 1865.

Source

  • Titre : Mémoires de la Société d'archéologie lorraine
  • Auteur : Société d'archéologie lorraine
  • Auteur : Musée lorrain (Nancy)
  • Éditeur : A. Lepage (Nancy)
  • Éditeur : G. Crépin-Leblond (Nancy)
  • Éditeur : R. Wiener (Nancy)
  • Éditeur : Société d'archéologie lorraine (Nancy)
  • Date d'édition : 1859-1940