Histoire de Touraine

Géographie de la Touraine

TouraineIl est au centre de notre beau pays une contrée, belle par-dessus toutes les autres, que l'on parcourt pour la première fois avec bonheur, et que l'on revoit toujours avec un plaisir plus vif ; c'est la Touraine, que la douceur de son climat et le charme de ses sites ont fait surnommer le jardin de la France. Cette province est comprise aujourd'hui presque toute entière dans le département d'Indre-et-Loire. On peut donc se former une idée exacte de ses anciennes limites par l'étendue actuelle de ce département, dont la plus grande longueur, du nord au sud, est de 90 kilomètres ou de 22 lieues et 1/2, et la plus grande largeur de 80 kilomètres ou de 20 lieues. Sur une superficie de 611679 hectares ou de 325 lieues carrées, il compte 306336 habitants. Enfin, il contient 312000 hectares en culture, 73000 en forêts, 38000 en vignes et 98000 en landes. Ces chiffres nous apprennent qu'un sixième de la Touraine est improductif, et que la moitié seulement de ce territoire consiste en bonnes terres. La fertilité du pays n'y est pas, comme on le voit, toujours en rapport avec sa beauté proverbiale.

La Loire traverse toute la Touraine de l'est à l'ouest, et la sépare en deux parties, la haute et la basse ; Tours est assise sur les limites de ces deux divisions territoriales. La basse Touraine, située au midi, renferme Amboise, Loches et Chinon ; la haute Touraine, c'est-à-dire celle du nord, ne contient que quelques gros bourgs, tels que Langeais, Luynes et Château-Regnault. Il n'existe dans ce pays, quoiqu'il soit accidenté, aucune chaîne de collines qui puisse recevoir le nom de montagne. D'Amboise à Tours, la rive droite de la Loire est occupée par un coteau formé d'un tuf calcaire assez tendre, dans lequel les populations riveraines se sont de temps immémorial creusé des habitations peu coûteuses.

Photo Ancien monastère dit La Corroierie à chemille sur indrois par jeff7

Les landes offrent un terrain mêlé de cailloux roulés et de sable, auquel l'industrie humaine n'a presque rien à demander. Les terres cultivées qui s'étendent entre la Loire et la Claise, dans le canton des Varennes, sont siliceuses. On rencontre des terres plus grasses et plus fertiles dans le Véron, situé près de Chinon, entre la Loire, l'Indre et la Vienne ; les cultures sont très-variées dans ce fertile canton, d'où proviennent les plus beaux fruits du pays ; d'autres terres enfin, d'une nature aride et sèche, les gâtines, occupent principalement le nord de la Loire. Le sol fournit heureusement lui-même des ressources pour corriger son défaut de fertilité. Nous voulons parler du falun, qu'on exploite comme engrais dans les cantons de Loches et de Sainte-Maure. Ce falun n'est autre chose qu'un amas immense de détritus de coquilles plus ou moins brisées, parmi lesquelles le naturaliste peut reconnaître et recueillir de très nombreuses espèces.

Trois grands cours d'eau navigables arrosent la Touraine et la partagent en trois bassins principaux ; ce sont la Loire et ses deux affluents, le Cher et la Vienne. La Creuse et la Claise, dont les eaux se réunissent avant d'arriver à la Vienne, à peu de distance de La Haye-Descartes, ne sont pas navigables. La même observation est applicable à l'Indre ; cette rivière tombe dans la Loire, à La Chapelle Blanche. Rien de plus agréable, de plus sain, que le climat doux et tempéré de la Touraine. On n'y connaît ni les grandes chaleurs du midi de la France, ni les froids excessifs du nord ; les variations brusques de la température, source de tant de maladies, ne s'y font presque jamais sentir. Tout est riant, calme, reposé dans ce beau pays : la campagne, le ciel, les Hommes. C'est, en effet, un jardin, dont la nature a fait les premiers frais ; un jardin, entrecoupé de rivières, de forêts, de champs fleuris, de villes, de châteaux, et qui rappelle les souvenirs les plus curieux, les plus intéressants et les plus variés de nos annales. Grégoire de Tours, Chlodwig, Chlothilde, Louis XI, le cardinal d'Amboise, les Boucicault, Rabelais, Descartes, tous ces grands hommes appartiennent à l'histoire politique, religieuse et littéraire de la Touraine.

Photo Ancien château à ste maure de touraine par patrimoine sainte maure de touraine

Les habitants de cette province sont généralement laborieux et bienveillants ; ils remplissent avec une grâce toute particulière les devoirs de l'hospitalité. Leurs manières sont polies, affables ; ils ont beaucoup de cet esprit d'observation, de cette fine ironie, de cette profondeur narquoise, qui sont des qualités toutes françaises, et qu'on retrouve à si haut degré dans le génie de Rabelais, leur illustre compatriote. Nulle part le langage n'est plus pur, plus élégant, plus dégagé de ces éléments étrangers dont on le surcharge aujourd'hui. On a prétendu que cette élégance et cette correction tenaient au long séjour que la cour des rois de France a fait jadis sur les bords de la Loire ; à notre sens, il vaut mieux dire que le berceau de la langue française s'étant trouvé placé dans la Touraine, la cour est venue s'y façonner aux grâces et à l'esprit de l'idiome national. Quand il s'agit de langage, nous concevons l'influence de la multitude sur un petit nombre d'hommes qui viennent vivre dans son sein ; mais nous n'admettons point l'action de quelques étrangers sur le génie idiomatique des masses.

Histoire de la Touraine

Avant la conquête romaine, l'histoire ne nous fournit aucun document positif sur l'existence des Turons ; cette peuplade gauloise devait avoir les mêmes moeurs, les mêmes coutumes et le même culte que les Carnutes. Il est donc tout à fait naturel d'admettre que la suprématie druidique était depuis longtemps établie sur le territoire des Turons ; d'ailleurs les pierres celtiques de la Touraine attestent que, dans cette province, les Druides étaient tout puissants. César vint changer la face des Gaules et substituer aux prêtres qu'il renversait des fantômes de rois.

L'histoire écrite ne nous a conservé le nom d'aucun des chefs qui durent à l'appui de César un règne éphémère sur la peuplade des Turons. Les monuments numismatiques peuvent heureusement combler cette lacune ; c'est à leur étude que nous devons la connaissance des deux chefs Cantorix et Triccos qui se succédèrent à la tête de cette peuplade. A quelle époque précise la politique romaine les fit-elle jouir d'une ombre de souveraineté ? c'est ce qu'il n'est pas possible de déterminer ; mais à coup sûr on ne peut étendre à plus d'une vingtaine d'années, à partir de la venue de César, l'existence de cette chétive royauté, instituée pour accomplir plus aisément l'asservissement définitif de la nation. Plus d'une fois depuis lors un cri de liberté retentit dans la Touraine ; mais les fers étaient trop bien rivés pour être rompus ; l'insurrection succomba, malgré les efforts de ses chefs qui se donnèrent héroïquement la mort pour ne pas être témoins de l'avilissement de leur patrie.

Photo Eglise paroissiale Saint-Venant à ballan mire par pierre bastien

Nous raconterons, dans notre histoire de la ville de Tours, comment le christianisme fut introduit dans la Touraine, vers le milieu du IIIe siècle, et comment la sanglante bataille de Vouillé rendit Chlodwig maître des rives de la Loire. A la mort de ce chef des Franks, ses états furent répartis entre ses quatre fils ; le second, Chlodomir, eut la Touraine qui fut réunie à l'Aquitaine et y resta incorporée jusqu'au moment où Charlemagne, en partageant lui-même ses vastes états entre ses trois fils, réintégra dans le royaume de France proprement dit sa province la plus centrale.

Sous Louis-le-Débonnaire, on voit paraître pour la première fois un comte de Tours ; mais cette dignité ne fut pas d'abord héréditaire, et ce ne fut que plus de cent ans après que Thibaut, dit le Tricheur, parvint à faire assurer à sa lignée la possession du comté de Touraine (940). En 1152, Henri II, roi d'Angleterre, devint, par usurpation sur son frère Geoffroy Plantagenet, comte souverain d'Anjou, du Maine et de Touraine. Cette dernière province resta en la possession de la maison royale d'Angleterre jusqu'à l'année 1304 ; Philippe-Auguste l'enleva alors au roi Jean-sans-Terre, et la réunit à la couronne de France, à laquelle depuis elle est toujours restée annexée. Toutefois elle eut encore des ducs apanagistes, dont le dernier fut François d'Alençon, fils du roi Henri II.

La Touraine, qui relevait du parlement et de la cour des aides de Paris, était régie par une coutume particulière, rédigée, en 1416, à Langeais, par l'ordre de Charles VII. Elle fut érigée en gouvernement général, en 1545, et on y institua deux présidiaux, l'un à Tours, en 1551, l'autre à Chatillon-sur-Indre, en 1561, pour l'administration de la justice. A l'époque de la révolution, la province de Touraine, ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le dire, fut comprise à peu près intégralement dans les limites du département d'Indre-et-Loire. Quant au diocèse de Tours, il étendait ses limites spirituelles bien au-delà du territoire des anciens Turons.

Source : Histoire des villes de France par Aristide Guilbert.