La plus ancienne herse en france

À l'occasion des travaux de restauration sur le front sud (le long du boulevard de Gaulle), le Centre des monuments nationaux, établissement public en charge de la gestion du château d’Angers, a confié au service archéologique départemental de Maine·et-Loire une mission de suivi scientifique de cette opération. Les observations des archéologues sur les courtines et les tours, l'analyse des maçonneries et des couvrements ont permis d'aboutir à une nouvelle compréhension de ce vaste chantier de construction lancé en 1230 par Blanche de Castille, régente du royaume de France pendant la minorité de Saint Louis.

Concernant la herse toujours en place à la Porte des Champs, un premier examen visuel des techniques de débitage et d'assemblage des bois (systématiquement du chêne) est venu confirmer son ancienneté. Par ailleurs, l'étude des maçonneries a permis de démontrer que la herse avait nécessairement été insérée dans son logement avant la mise en place d'une voûte attribuée à la campagne de fortification des années 1590.

Ces premières observations ont incité le Centre des monuments nationaux à commander un complément d'étude et notamment une analyse dendrochronologique (technique permettant de dater des pièces de bois basée sur l'observation des anneaux de croissance ou cernes) des pièces de bois constituant la herse.

Dix prélèvements, réalisés par carottage dans les pièces de bois, ont permis au laboratoire Dendrotech de Rennes d'effectuer cette étude. Si la disparition de l'écorce de ces bois exposés aux intempéries ne permet pas de connaître la date précise d'abattage, les analyses permettent d'assurer qu’ils proviennent tous de chênes coupés après 137O et très vraisemblablement avant 1384.

Cette herse est donc venue en remplacer une autre qui avait dû être mise en place au moment de la construction de l'enceinte au XIIIe siècle. Cette substitution est à mettre en relation avec les travaux commandités par le duc Louis Ier d'Anjou (né en 1339, duc en 1360, mort en 1384) au château d’Angers. Dans ce dernier quart du XIVe siècle, en parallèle à la commande de la tenture de l'Apocalypse (1375-1382), le duc fait mettre au goût du jour certains espaces (logis de la porte de Ville, grande salle « comtale ») et procéder à des travaux d'entretien. Malheureusement, les documents sur les interventions de Louis Ier au château sont rares et lacunaires et ne permettent pas de dater plus précisément ou d'expliquer la nécessité de ce remplacement.

Cette herse s'inscrit dans un système défensif très élaboré : la défense du couloir d'entrée de la Porte des Champs était assurée par un probable pont-levis, quatre archères, deux assommoirs, deux herses et deux paires de vantaux. La Porte des Champs était également précédée d'un ouvrage de défense avancé appelé barbacane.

Cette découverte, outre l'apport de connaissance supplémentaire sur la chronologie du monument, est exceptionnelle : elle révèle qu'il s'agit en effet de la plus ancienne des quelques herses conservées d'époque médiévale. Au château de Blandy-les-tours (Seine et Marne), une herse, de petite dimension, défendant l'entrée de la porte piétonne d'une tour a été datée par dendrochronologie entre 1390 et 1405. À Riquewihr, celle de la porte d'enceinte de la ville, dite « Obertor », remonterait aux années 1500.

On doit la conservation exceptionnelle de la herse de la forteresse d'Angers au fait qu'elle était remontée dans son logement entre deux pans de murs. De plus, la Porte des Champs a été murée dans la première moitié du XIXe siècle, limitant la circulation et les interventions dans ce secteur.

Cette herse, bien qu'invisible pour sa plus grande partie, était néanmoins connue : on voyait sa partie supérieure dans le corridor entre les deux tours et les pointes dépassaient de son logement en partie basse. Elle a été redescendue en 1948 par l’architecte H. Enguehard lors de l'aménagement du château pour son ouverture au public.

Élément insigne du patrimoine angevin, voir national, elle trouve un écho direct et contemporain sur la tenture de l'Apocalypse conservée au château d'Angers. En effet, des herses sont représentées sur les scènes de cette immense tapisserie, en position ouverte sur les scènes 32, 33 et 55 et en position fermée sur les scènes 77 et 80.

Sources :

Catherine Leroi Chargée des publics et du développement, Château d'Angers 2 promenade du bout du monde 49100 Angers

Document réalisé par Emmanuel Litoux, Jean-Yves Hunot (CG 49), Joël Guerin (DMO-CMN).

Crédit clichés de la tenture CMN/Paris.



De gaudiacum le 2013-12-15 15:03:48.

merci pour ces photos de herse que je voudrai reproduire pour clore un camp proto historique et médiéval au château de Gaujacq.