École romane d'auvergne

Comme souvent quand on me propose une photo sur patrimoine de France, après les indispensables vérifications d'usage (est ce le bon bâtiment) je me lance dans une recherche rapide dans les différents fond documentaires qui peuvent se trouver dans les sources diverses disponibles sur la toile.

Comme toujours, on finit toujours par trouver un livre du 18e ou 19e siècle (tombé dans le domaine public et bien souvent dans l'oubli) qui nous explique par le menu le pourquoi du comment de l'édifice en question. je passe souvent ceux plus anciens qui parfois en Latin ou Allemand voir en ancien Français demandent un temps d'interprétation trop important, sans compter que leur transcription pour le web est particulièrement ardue.

En promenade du côté de Saint Nectaire, j'ai aujourd'hui mis la main sur un ouvrage sympathique qui nous propose une étude complète de l'art Roman en Auvergne. Cela tombait donc particulièrement bien puisque c'était le motif de ma recherche. Après lecture il m'est apparu que l'ouvrage était particulièrement intéressant même si certaines prises de positions et interprétation pouvait être discutables.

Une fois numérisé (celui là ne l'était pas), paginé, transformé en texte via l'OCR, relu, corrigé et mis en forme voici ce qu'il en ressort.

Vous tomberez sûrement sur quelques erreurs, le travail est immense mais il n'entrave pas trop la lecture et le ton du document reste perceptible.

Ses limites, les influences dans les églises d'autre provinces

Par M. Henry du Ranquet

  • Titre : Congrès archéologique de France
  • Éditeur : Derache (Paris)
  • Date d'édition : 1847

Le plan de nos églises romanes est presque toujours une croix latine composé d’une nef, d’un transept et d’un choeur semi-circulaire. Dans les églises un peu importantes, la nef est séparée en trois galeries par des piliers rectangulaires, barlongs, qui souvent restent nus, comme a Beaumont, Arthonne, Montpensier, etc.. ou d’autres fois sont accompagnes de deux demi-colonnes recevant les arcs séparatifs des nefs, tels qu’a Combronde, Saint-Saturnin, etc. Ces piliers, pour les églises plus ornées. sont cantonnes, tantôt de trois demi-colonnes, la face sur la nef du milieu restant nue, comme a Cournon, Pont-du-Château, etc., tantôt de quatre, comme à Gerzat, Saint-Hilaire-la-Croix, le Crest, etc. Les colonnes ainsi adossées sont toutes généralement engagées de moitie, quelques-unes d’un tiers seulement. Les piliers enfermant le carre de l'intertransept sont presque toujours cantonnes de quatre colonnes.

Dans les grands monuments a bas-cotes et déambulatoire, les trois nefs sont séparées entre elles par des piliers carrés, alternant quelquefois avec des piliers ronds, comme a Notre-Dame-du-Port, à Issoire et à Mozat, et flanques les uns et les autres, sur trois ou plus rarement sur quatre faces, par des colonnes engagées du tiers ou de moitie de leur épaisseur. Je dis plus rarement sur quatre faces, car, la plupart du temps, le pilier reste nu sur la grande nef; c’est ce que nous voyons a Mozat. A Notre-Dame-du-Port et a Issoire les piliers carres n'ont que trois colonnes, tandis que les piliers Ronds, qui alternent avec eux d'une manière irrégulière, en sont cantonnés de quatre à Herment, à Mozat, etc., quatre colonnes accompagnent nos piliers qui sont tous carres, et a Saint-Nectaire, a Chauriat, a Besse, ceux-ci sont remplacés par des futs cylindriques. Ces grosses colonnes isolées séparant les nefs sont, je crois, chez nous un caractère de la dernière époque romane.

Le long des murs gouttereaux se trouvent enfin des demi-colonnes appliquées qui reçoivent les arcs-doubleaux des collatéraux. La courbe en tiers-point est rare chez nous pendant l'ère romane et ne s’y rencontre guère avant la fin du 12e siècle; aussi nos arcs sont-ils a peu près tous invariablement en plein-cintre avant cette date. En plein-cintre aussi sont les berceaux de la grande nef et des bras des transepts, qui, les uns et les autres, sont presque toujours d’une seule venue sans arcs-doubleaux. Les bas-cotes sont colverts de voûtes d'arête dont les retombées du cote extérieur sont reçues sur une petite corniche formant imposte en avant des tailloirs des chapiteaux soutenant les doubleaux en plein-cintre, tandis que, du cote intérieur, les arêtes de ces mêmes voûtes vont se confondre avec les retombées des arcades s’ouvrant sur la nef centrale. Cela donne, pour les collatéraux, sous des voûtes absolument carrées, des travées oblongues, comme a Notre-Dame-du-Port, a Issoire, a Saint-Nectaire, a Mozat, a Ennezat, etc.

Au-dessus de ces bas-cotes s’ouvrent sur la grande nef, par des baies, tantôt en plein cintre, tantôt trilobées, des tribunes qui sont voûtées en quart de cercle avec arcs-doubleaux en plein cintre entre chaque travée. A Notre-Dame-du-Port, la galerie sud a quatre travées en trèfle et une en plein cintre; pour celle du nord, c’est l’inverse. Ces mêmes voûtes en quart de cercle dans les églises moins importantes, ou les tribunes manquent, descendent d’un étage et recouvrent directement les nefs latérales, comme a Glaine-Montaigut, Arthonne, Biozat, Thuret, etc. Dans tous les cas, le berceau central n’est jamais assez élevé pour permettre d’avoir des fenêtres entre lui et les voûtes des tribunes ou des basses-nefs, quand ces premières manquent, ce qui fait que ces voûtes en quart de cercle viennent toujours l'étayer et lui servir d’arc-boutant. Quelques églises, comme Beaumont, Pont-du-Château, etc., ont bien un clerestory, mais elles sont pour nous une exception, et cette disposition est due a une influence étrangère. J'ai expliqué dans mon étude sur Chamalières a quels remaniements successifs j’attribuais sa galerie de fenêtres hautes.

Dans les grandes églises, entre l'intertransept et les bras de la croix, se continuent les bas-cotes qui, la, ne supportent jamais de tribunes; aussi voit-on leur voûte en quart de cercle venir contrebouter bien haut la coupole polygonale qui couvre l’intertransept. Celui-ci est compris entre quatre piliers carres cantonnes toujours de quatre colonnes. Quatre grands arcs le font communiquer avec le choeur, les transepts et la nef centrale, et, au-dessus, coupant les angles du carre ainsi forme, sont, reposant sur une assise posée en gousset, ces petites niches en cul-de-four connues sous le nom de trompe ; tout cela ne forme pas un cercle, mais bien un octogone irrégulier Aussi la base de notre coupole nous présente-t-elle un octogone a quatre grands et à quatre petits côtés. Alors s'élève la calotte octogonale aux angles quelquefois arrondis, mais souvent très accuses, qui soutient toujours une tour-clocher et forme la coupole de l'intertransept. Celle-ci se voit chez nous non seulement dans les grands monuments à trois nefs et déambulatoire, tels que Notre-Dame-du-Port, et Issoire, à Saint-Nectaire, à Orcivel, etc., mais aussi dans des monuments moindres ou le déambulatoire manque, comme à Ronziere, Pont-du-Château, Glaine-Montaigut, Montpensier, etc., et même dans les petites églises à une seule nef, comme à Royat, Opme, Malhat, etc.

Dans quelques-unes de ces églises les trompes sont très bien formées, comme Issoire, etc.; ailleurs, elles sont à l'état embryonnaire, comme à Glaine-Montaigut, Compain, etc.; dans d’autres enfin, ainsi qu’à Colamine, près Voclable, à Saint-Hérent, etc., on n’en voit nulle trace; alors la coupole repose directement sur l’assise posée en gousset dans les angles de l’intertransept.

Au nord et au sud de ce dernier se trouvent les bras de croix. Ils sont, comme je l’ai dit, voûtes d’un berceau en plein-cintre, d’une seule venue et termine, au midi comme au septentrion, par un mur droit. A 1’est de chacun d’eux s’ouvre une petite chapelle en cul-de-four.

Après les transepts vient le choeur. Il est généralement termine et l’est par un mur semi-circulaire et voûte en cul-de-four. Cette disposition n’est cependant pas sans exception; dans quelques monuments nous avons un chevet droit. Certains auteurs prétendent que cette abside rectangulaire est un des caractères des églises elevées par les Bénédictins) Sans prendre position dans la discussion que pourrait soulever cette assertion, nous devons cependant constater que, chez nous, la plupart des églises à Chevet droit ont appartenu à l’ordre de Saint-Benoît. Ainsi Plausible relevait du couvent de Sauxillanges, Royat de l’abbaye de Mozat, Sailhens ou Saillant et Nonnette de celle de la Chaise-Dieu, Esteil était elle de Fontevrault ; pour Coudes, l'église aurait été donnée en 1060 par Bertrand de Moissac au prieure de Sauxillanges. Ce n’est pas dire pour cela que les Bénédictine n’ont eu, chez nous, que des églises à abside rectangulaire. Un grand nombre de nos sanctuaires ont été possédés par ces religieux et la grande majorité d’entre eux sont termines en hémicycle.

Des que les églises acquirent quelque importance, le choeur est entoure d’une nef circulaire, qui en est séparée par des colonnes isolées mono-cylindriques ; ces colonnes sont toujours en nombre pair. Je ne connais qu’une exception à cette règle, c’est dans la chapelle de l’abbaye de Saint-Vincent de Chantelle (Allier), ou ces colonnes isolées sont au nombre de trois, et même là, celle qui est dans l'axe de l'édifice n’est pas cylindrique, mais bien carrée Sur ce déambulatoire donnent des chapelles rayonnantes, qui sont en nombre pair pour les églises dédiées a la sainte vierge et impair pour celles élevées en l’honneur d’un autre saint. Dans ce dernier cas la chapelle absidale est toujours sous le vocable de Marie. Ainsi les églises de Notre-Dame-du-Port, d’Orcival, de Chamalieres près Clermont, qui avaient la Vierge pour patronne, n’ont que quatre chapelles rayonnantes, tandis que Saint-Austremoine d’Issoire, Saint-Jean d’Arthonne, en ont cinq, Saint-Nectaire, Saint-Priest de Volvic, Saint-Myon, etc., en ont trois. Et, chose digne de remarque, à Issoire, la chapelle absidale est carrée et a Arthonne les cinq chapelles rayonnantes sont rectangulaires, mais cette église est intéressante par plusieurs particularités et nous espérons qu’un jour nous pourrons y revenir et en donner une description détaillée. Enfin, a Saint-Saturnin, tout en ayant un déambulatoire, nous n’avons pas de chapelles rayonnantes ; mais cette église est seule en son genre dans notre contrée.

Au-dessous de nos monuments religieux, nous avons souvent des cryptes qui nous présentent les mêmes proportions et les mêmes dispositions que le choeur sous lequel elles sont construites. Elles pénètrent la plupart du temps, par leur confession, jusque sous le centre de l'intertransept, qu’elles ne dépassent jamais.

L'ornementation intérieure de nos églises auvergnates est sévère. Les fûts et les pilastres, soit isoles, soit cantonnant des piliers ou appliques aux murs, sont nus et ne portent ni cannelures, ni zigzags, ni sculptures ou moulures d’aucune sorte. Les arêtes des arceaux restant vives, n’ont ni gorges ni boudins, et leurs cintres eux-mêmes sont toujours unis et ne sont accompagnes a l'intérieur d’aucune archivolte. A peine si, au 12e siècle seulement, on se permet de doubler ces arcs pour les renforcer.

L'école auvergnate, dédaignant ces vains ornements, les laisse a sa fille, l'école limousine, et ne cherche sa grandeur que dans la simplicité, la sobriété et surtout la bonne ordonnance de ses différents membres. Aux voûtes, point de nervures, point de ces croisées d’ogives dont l’art rhénan et l’art normand ont été obligés de venir etayer les leurs. La qualité des matériaux et la combinaison des forces et des poussées font que les voûtes sont assez solides, assez résistantes pour se porter seules, sans aides ; a quoi servirait alors cet ornement inutile ? Mais, remarquons le en passant, cette absence d’arcs diagonaux. sera une des causes, et pas des moindres, qui retarderont en Auvergne l’adoption du style gothique; c’est, en effet, la double alliance de ces croisées d’ogives avec la voûte en tiers-point et l’arc-boutant qui a donne naissance a l'architecture gothique. L’Auvergne avait bien, dans ses voûtes en quart de cercle, le principe d’un de ses membres essentiels, l’arc-boutant, mais pouvant aisément compléter ses édifices en les voûtant, et par suite ne sentant nullement le besoin de changer sa manière de faire, qui lui donnait des monuments parfaits, elle ne le perfectionne. pas en le dégageant des maçonneries dans lesquelles il était noyé. L'île-de-France, au contraire, qui n'élevait des voûtes que très timidement, avec beaucoup de difficultés, et laissait la plupart; du temps des charpentes apparentes, s’empare. de l’idée, et, unissant cet élément auvergnat au tiers-point provençal ou Toulousain et aux croisées d’ogives normandes ou rhénanes, en fit surgir l’art gothique.

Mais revenons à nos églises, dont l'ornementation consiste uniquement dans leur bonne ordonnance et dans la sculpture de leur nombreux chapiteaux. Ceux des colonnes isolées autour du choeur sont généralement ornes de personnages et nous donnent différentes scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament :

  • Le péché de nos premiers parents et leur expulsion du Paradis terrestre, comme à Notre-Dame-du-Port et à Orcival;
  • La naissance du divin Rédempteur, diversement reproduite dans différentes églises; la plupart du temps l'imagier nous y donne une Vierge couchée et souffrante, comme sur la porte sud de Notre-Dame-du-Port et au chapiteau nord de la colonne-contrefort du chevet de l'église de Sainte-Croix, a Gannat;
  • La tentation de Notre-Seigneur dans le désert, comme dans la nef de Notre-Dame-du-Port, a Oreival et à Saint-Nectaire; presque toujours alors, a cote de la scène principale, un ange portant un encensoir, attend que le démon se soit retire, pour venir adorer l’Homme-Dieu;
  • La Cène, comme a Issoire et a Chauriat; dans cette dernière église, je signalerai le lavement des pieds.
  • L'Assomption de la Sainte-Vierge revient quelquefois et nous prouve la croyance déjà invétérée de l'Eglise a ce grand mystere. A Notre-Dame-du-Port, en effet, nous voyons Notre-Seigneur venir lui-même chercher processionnellement le corps immaculé de sa bien-aimée mere, il l’enleve dans ses bras et laisse vide, à cote de lui, le sarcophage qui le contenait; des anges lui font escorte et se rejouissent de cette bienheureuse Assomption.
  • Nous retrouvons encore la Résurrection, comme a Issoire.
  • La Transfiguration
  • La Multiplication des pains, comme a Saint-Nectaire, etc., etc.
  • Le Jugement dernier, comme encore a Saint-Nectaire, de nombreuses luttes des bons anges contre les mauvais, ainsi qu’a Chauriat et à Notre-Dame-du-Port, et les châtiments sans nombre réservés aux pécheurs.

 

Dans le déambulatoire-et les nefs, nous avons souvent des animaux symboliques, et ceux que nous rencontrons le plus sont deux quadrupèdes ailes venant se désaltérer dans un même calice et y boire le divin breuvage qui donne aux fidèles la force de s'élever jusqu’au ciel; des centaures, qui nous représentent les démons dans leurs chasses impitoyables aux pauvres âmes ; enfin des monstres de toutes sortes, hybrides de mille et mille manières. Nous trouvons aussi des chapiteaux ornes de végétaux et dans ceux-ci la pomme de pin revient constamment; d’autres sont décorés de plantes ornementales, comme de feuilles d’acanthe ; alors, celles-ci, se retournant vers leur sommet, nous rappellent les volutes des chapiteaux corinthiens qui leur ont servi de modèle et nous font déjà pressentir nos jolis crochets du 13e siècle

Toutes nos sculptures, en général, sont en demi-ronde bosse avec assez de relief; quelques-unes sont bien exécutées et finement ciselées, mais la plupart du temps, dans les personnages, les proportions sont mal gardées et le dessin laisse a désirer. Il est a remarquer que presque nulle part, dans ces sculptures, on ne retrouve les caractères du faire Byzantin, et très rarement aussi les galons perles et pointilles de l'école bourguignonne.

A l'extérieur, même pour les églises a trois nefs, nous avons généralement un toit unique, reçu sur un entablement droit supporte par des modillons. De ces derniers, nous en avons trois sortes. Ce sont, en premier lieu, ces modillons romans que nous trouvons replaces sous la retombée nord du toit de la sacristie du 15e siècle, de Chamalieres, près Clermont, et qu’on voit encore en place a l'église d’Aulnat et de quelques autres rares monuments. Ces modillons se composent de trois parties bien distinctes : d’abord, au centre, une sorte de large nervure ornée en dessous de deux petites gorges et qui redescend fortement sur le devant; puis, des deux Cotes, ces enroulements dans lesquels on a voulu voir, a tort je crois, la figure de copeaux de menuisier. Ces enroulements sont bien plus gros, bien plus épais que ne seraient des copeaux faits par l’outil de l’ouvrier. Ils ne vont pas tous dans le même sens comme le font ceux relevés par la bisaigue. Les uns bouclent en avant, les autres en arrière. En aucune manière ces modillons ne font penser a un bout de poutre, car alors, que figurerait; cette partie redescendant d’une façon si sensible sur le devant ? Vus de profil, avec cet appendice retombant en avant, ils rappellent bien plutôt, et cela d’une manière frappante, une tête de bélier. Ces enroulements, dont les premiers sont plus forts, nous donneraient d’abord les deux cornes en spirale du bélier, puis la laine bouclant sur son col. Le bélier, comme je le dis dans mon étude sur l'église de Chamalieres. n’a-t-il pas été de tout temps, même dans les catacombes, la Figure du divin Crucifié ? Alors, quoi d'étonnant qu’on en ait multiplie l'image sur son temple ? Quoi d'étonnant encore qu’on ait pris son image pour soutenir le couronnement de l'édifice ? La religion n’est-elle pas le couronnement de son oeuvre, et n’est-ce pas lui qui soutient la religion ?

Quoiqu’il en soit de cette idée, ces corbeaux ont absolument l’air d'être très anciens, et ils semblent avoir été le type générateur d'où sont sortis nos fameux modillons auvergnats. Ces modillons primitifs, trouves par la suite trop lourds, trop massifs, se perfectionnent, en effet, peu a peu, prennent de l'élégance, de la légéreté; leurs enroulements, tout en s’accusant d’avantage, s’amincissent et se regularisent. Enfin, cet appendice retombant sur le devant s’amoindrit petit a petit pour disparaître bientôt complètement. Par la même ils perdent progressivement de leur ressemblance avec la tête de bélier et arrivent enfin d'étape en étape au type si connu sous le nom d’auvergnat.

Pour témoigner de ces transformations successives sur cette même sacristie de Chamalieres, nous avons tout a Cote de ceux que nous venons de signaler, d’autres modillons probablement de la même époque, mais ou l'appendice descendant est de beaucoup diminue et qui se rapprochent déjà de notre modillon classique tel qu’on le voit sur la plupart de nos églises et entre autres à Notre-Dame-du-Port. Cependant sur ce dernier monument, nous retrouvons parfois encore ce type primordial, mais moins caractérisé qu’a Charnalieres. Ainsi s’est forme de perfectionnements successifs, notre second type de modillons, celui de Notre-Dame-du-Port, d’Issoire, de Saint-Nectaire et de presque toutes nos églises romanes, depuis la plus petite et la plus misérable jusqu’aux collégiales les plus importantes.

Le troisième spécimen de modillon que l’on trouve chez nous se rencontre dans les arrondissements de Thiers et d’Arnbert, dans celui d’Issoire, en tirant sur la Haute-Loire, et celui de Riom, en se rapprochant de l’Allier, c’est-a-dire en s'éloignant du centre de notre école Ils sont ornes de têtes plates et grimaçantes, souvent assez grossièrement exécutées, mais ne manquant pas de caractère. Les églises de Bransat; Cognat, dans le département de l’Allier, de Nonnette, Orsonnette et Mailhat, dans les cantons de Saint-Germain-Lembron et de Jumeaux (Puy-de-Dome), nous offrent de très beaux spécimens de ce genre de modillons. Dans les trois dernières localités, ils sont d’une exécution très soignée et souvent, a coté de têtes humaines, ils nous montrent toute sorte d’animaux, tels que singes, boucs, boeufs, etc. ; quelquefois même de simples ustensiles de ménage, comme a Chalus-Lembron, ou nous y trouvons un baril. Mais aussi sommes-nous la en plein pays vignoble !

Nos portes sont généralement très simples; leur linteau triangulaire reste le plus souvent nu et ne porte habituellement aucune sculpture, tels ceux des portes ouest de Saint-Nectaire, d’Arthonne, Saint-Saturnin, Thuret, etc. Un boudin formant archivolte et retombant sur deux colonnes, un cordon de billettes suffit a leur décoration; on voit ce genre d’ornementation a Malhat. Jamais elles ne sont divisées en deux baies par un trumeau, comme en Nivernais ; je ne connais pas dans nos contrées un exemple de cette disposition.

Dans nos grande monuments, au-dessus de la porte occidentale s'élève une tour carrée qui, le plus souvent, est remplacée par deux clochers accostant cette porte de chaque cote, comme a Saint-Nectaire et a Notre-Dame-du-Port, car, selon moi, cette dernière devait aussi avoir deux tours sur la facade ouest. Le plus communément, l’aspect occidental de nos églises se termine par un simple pignon droit, accompagne de contreforts aux angles, comme a Montpensier, Saint-Saturnin, Brenat, etc.; parfois en plus , a droite et a gauche de la porte, se remarque un contrefort méplat, droit, sans ressaut et termine par une pente en biseau sans larmier, comme a Malhat, Saint-Andre-le-Cop, Biozat, Plauzat, Arthonne, etc. Des contreforts tout semblables viennent aider et appuyer les murs latéraux ; entre eux, dans les églises de premier ordre, comme a Orcival, Notre-Dame-du-Port, Issoire, Saint-Nectaire, etc., s'élèvent de grandes arcades en plein-cintre et, au-dessus, a la hauteur du triforium, règne souvent un autre rang d’arcatures plus petites groupées trois Par trois.

Toutes nos ouvertures sont en plein-cintre et les claveaux en sont presque toujours en nombre pair et extradossés. Cependant quelques églises, que je crois de la fin du 12e siècle, ont leurs claveaux en nombre impair, ainsi qu’a Mozat, face nord. Une plate-bande ou souvent un cordon de billettes, qui la plupart du temps se profile sur les contreforts, leur forme archivolte.

Enfin, aux absides, et quelquefois aussi aux faces nord et sud des transepts, outre les cordons contournant les fenêtres, nous avons pour ornement des mosaïques aux diverses couleurs et nous donnant des dessins géométriques, comme a Notre-Dame-du-Port, Issoire, Saint-Nectaire, Culhat, Croival, etc. Ces mosaïques sont une réminiscence de l'époque gallo-romaine, et notre voisin l’art bourguignon, ainsi que l’art germanique, s’en sont beaucoup servi ; mais notre école, qui avait a sa disposition pour les exécuter, la scorie de nos volcans aux teintes innombrables, a su en tirer un parti tel qu’elle les a fait siennes et qu’il s’est trouve des auteurs pour nous les donner comme une création auvergnate.

A ces absides on remarque des colonnes engagées servant de contreforts. Leurs chapiteaux, chose particulière, n’ont jamais de tailloir et l'entablement vient reposer directement sur leurs corbeilles. Ces colonnes alternent presque toujours avec nos contreforts méplats, comme a Issoire, Notre-Dame-du-Port, Glaine-Montaigut, Saint-Saturnin, etc.

Que vous dire encore de cette abside auvergnate si souvent décrite ? Elle est composée de l'abside proprement dite de l'église et de la ceinture que lui fait le pourtour du déambulatoire, auquel viennent s’accoler les chapelles rayonnantes. Les toitures de celles-ci sont arrêtées par de petits combles qui les empêchent de pénétrer dans la couverture un peu basse du déambulatoire Cet ensemble, enrichi d’incrustations, de mosaïques et d'élégants antéfixes, a un aspect féerique qui lui a valu, de la part de M. de Caumont, l'épithète de "brillante". Elle doit son bel effet, comme je le disais dans mon étude des sculptures de Notre-Dame-du-Port, a cet étagement de toitures qui, a commencer par les demi-coupoles et les combles des chapelles rayonnantes, s'élève du déambulatoire a celui du sanctuaire et au comble du choeur pour s'élancer dans les airs avec la tour du clocher. Tout cela donne a cette masse cet air dégagé qui la rend si brillante. Et cet étagement est en partie du a tous ces combles qui se détachent du toit un peu bas du déambulatoire, le surmontent, le cachent en partie et dominent chaque chapelle rayonnante, comme celui du choeur domine le toit du sanctuaire. Enfin, pour lui donner plus de légèreté encore, chaque comble, chaque demi-coupole est terminée par un antéfixe plein de grâce et d'élégance. Ces antéfixes cruciformes, a la croix épatée et rayonnante, sont un des caractères de notre école

Dominant tout cet ensemble, nous avons enfin nos clochers octogonaux s'élevant au milieu de la croisée. au-dessus d’une tour carrée. Cette tour centrale, elle-même, est toujours contreboutée au nord et au sud, et cela très haut, par les voûtes en quart de cercle des bas-cotés de l'intertransept. Le tout forme extérieurement un massif rectangle, barlong, très caractéristique. servant de piédestal au clocher octogonal. Ces deux tours, ainsi superposées, sont un caractère essentiellement auvergnat qui se retrouve dans toutes nos églises de l'époque romane. Le clocher octogonal n’a jamais plus de deux étages et se termine par une flèche de 50 a 60 degrés qui est construite soit en maconnerie de blocage, soit en pierre de taille de moyen appareil.

Les rares parties de nos églises qui sont construites en pierre de taille, le sont en moyen appareil ; quant a celles bâties en moellon, elles sont maçonnées en blocage et leur parement rappelle le pseudisodunum des Romains. Mais, chose a remarquer et qui, chez nous, aide beaucoup a donner une date approximative a un monument, c’est qu’avant la fin du 12e siècle, dans nos églises, on ne trouve jamais de pierre de lave ; elles sont toutes construites en calcaire marin, en grès calcaire ou en arkose, et, au contraire, a partir de cette époque, la pierre de lave est devenue la pierre communément employée dans tous les édifices.

Ce style auvergnat, qui fait l'admiration de tous et dont nous avions un type parfait des 946 dans la cathédrale d’Etienne II, ne peut en aucune manière, quoiqu’on en ait dit, avoir été invente par les moines de la Chaise-Dieu, dont le monastère n’a été fonde par Robert d'Aurillac qu'un siècle plus tard, en 1045. Il n'est même pas du aux religieux de Cluny, dont dépendait la Chaise-Dieu, car ceux-ci n’avaient aucun style qui leur fût propre et ils copiaient dans leurs constructions le faire des régions ou ils s'établissaient. L’école romane clunisienne n’a jamais existe, telle est l’opinion de Quicherat et de MM. de Lasteyrie et Anthyme Saint-Paul; opinion que je me permettrai de partager. Mais, si l’école auvergnate ne doit rien à Cluny, ne se serait-elle pas formée sous des influences byzantines ? C’est, au moins, ce que beaucoup soutiennent. Eh bien! non, notre style auvergnat n’a rien de byzantin. Pour plan, pas de croix grecque avec sa grande uniformité et sa monotonie, mais bien une croix vraiment latine avec ses quatre branches inégales et toutes les variétés que comporte cette forme; pas de nef unique, comme cela se faisait toujours en Orient, mais trois belles nefs bien proportionnées et divisées en travées oblongues et non carrées, telles que celles des édifices byzantins. Enfin, un déambulatoire avec chapelles rayonnantes enferme le choeur dans son enceinte, disposition absolument inconnue dans les monuments orientaux, ou le choeur est completement extérieur.

Pour l'élévation, nous avons, il est vrai, une coupole sur l'intertransept, mais une coupole octogonale et non sphérique, une coupole sur trompes et non sur pendentifs, ce qui constitue une grande différence dans leur structure, car, pendant que l’une, la nôtre, est simple dans sa conception comme dans son exécution, et reste comme suspendue en l’air sur ses trompes, l’autre, la byzantine, comme le fait remarquer l’auteur si autorise de l'architecture byzantine en France, Félix de Verneilh, à, notre Congres de 1862, est composée de deux coupoles sphériques superposées, "dont l'une ayant pour diamètre la diagonale des piliers, engendre les pendentifs et s’interrompt ensuite pour faire place à l'autre, qui est plus petite d’un tiers environ" ; et par sa première coupole, qui reste partie invisible, elle porte de fond sur le sol. Notre calotte n’est jamais apparente extérieurement, et au-dessus d’elle s'élève toujours une tour octogonale comme la coupole qui la soutien ; et a Byzance, la coupole est toujours apparente extérieurement, ou elle forme dôme, et jamais elle ne supporte un clocher, objet rare en Orient et ou, quand il existe, il est insignifiant, sans importance et accole comme un hors-d’oeuvre au monument. Chez les Orientaux, la coupole domine partout dans l'édifice; la nef, les transepts, le choeur sont recouverts d’une série de calottes sphériques ; et chez nous, il n’y a que la croisée qui ait sa coupole octogonale, partout ailleurs c’est la voûte en plein-cintre qui domine, et encore, chose qui ne se voyait jamais chez les Levantins, ces voûtes, la plupart du temps, se contreboutent les unes les autres, et même les quarts de cercle des bas-côtés de l'intertransept viennent appuyer la coupole de la croisée. Les piliers byzantins sont lourds, nus, massifs et toujours carres, et les nôtres sont souvent carres, quelquefois ronds, mais en tout cas beaucoup moins volumineux, et la plupart du temps cantonnés de jolies colonnes qui leur donnent de l'élégance et de la sveltesse. En Orient, le noyau des murs est ordinairement en béton, et ici il n’est jamais en béton, mais toujours en pierres bloquées.

L’ornementation dans les églises byzantines consiste surtout, pour l'intérieur, en des peintures, des mosaïques et des applications de matières précieuses, et la sculpture architectonique y est presque nulle. En Auvergne, au contraire, en dedans des monuments, nulle part nous n’avons de mosaïques, nulle part nous ne trouvons d’appliques de matières précieuses, mais partout nous voyons de nombreuses et belles sculptures sur les innombrables chapiteaux qui ornent nos églises, et ces sculptures ne ressemblent en rien aux rares sculptures byzantines. Les vêtements d'Orient en soie brochée d’or et d’argent ne peuvent se draper comme nos étoles de laine, et leurs appliques de métaux et de pierreries leur enlèvent encore de leur peu de souplesse. De la cet aspect raide, ces plis parallèles, secs et cassants, que l’on remarque dans toute la sculpture byzantine Ces riches lampas aux couleurs éclatantes, ces superbes damas, avec leurs nombreux dessins ciselés, ces lourds brocards, enfin, avec leurs broderies de métaux et leurs gemmes innombrables, tombent droit et emprisonnent les corps d’une gaine qui n’en dessine nullement les lignes. Chez nous, au contraire, la laine donne a nos étoffes, bureau, brunette, serge ou frise, un moelleux incomparable ; aussi nos imagiers, copiant ce qu’ils ont journellement sous les yeux, s’efforcent-ils a nous donner des vêtements aux plis amples et gracieux qui, suivant le contour des corps, tombent avec naturel et élégance.

En dehors, nos toits, a cause des neiges, doivent être apparents et légèrement aigus, et partout a nos absides, ces combles multiples, ces frontons élancés sont, par leur aspect sévère et accidente, le contraire de la monotone et tranquille mollesse des coupoles orientales.

Il ne faut pas, non plus, qu’on vienne nous dire que ces grandes arcades, qui s’appuient aux murs extérieurs de nos monuments les plus importants et s'élèvent entre les contreforts de leurs nefs, sont un caractère essentiellement byzantin. Si, en effet, ces arcades se voient aux murs des églises orientales, elles se trouvent aussi dans un grand nombre d'édifices romains des premiers siècles de notre ère, avant même qu’elles aient existe a Byzance. Il est même plus probable que c’est a Rome que les Orientaux sont venus en chercher l'idée première.

Cette école, que Viollet-le-Duc regarde comme la plus belle des écoles romanes, est tout simplement née chez nous. Elle est sortie directement des traditions romaines que les vainqueurs du monde avaient laissées dans notre Auvergne ; et ses caractères distinctifs sont :

A l'extérieur :

  • ces absides étagées, couronnées par ces clochers octogonaux, toujours a deux étages, s'élevant sur le milieu de la croisée, au-dessus d’un massif barlong très caractéristique
  • ces combles multiples dominant le sanctuaire et chaque chapelle rayonnante de leur silhouette pyramidale
  • ces antéfixes cruciformes qui terminent si bien tous ces combles et couronnent le faîte des nombreuses toitures du sanctuaire et des chapelles rayonnantes
  • ces corbeaux a enroulements, a copeaux, qui soutiennent des entablements toujours droits
  • ces colonnes contreforts qui n’ont pas de tailloir a leurs chapiteaux
  • ces incrustations, ces mosaïques enrichissant nos absides, qui, pour ne pas avoir été inventées par nous, n’en sont pas moins devenues nôtres par l’emploi commun et judicieux que nous en avons fait et la matiere dont elles sont formées
  • et enfin la grande simplicité, la nudité des façades principales.

A l'intérieur :

  • soutenue par quatre trompes au-dessus de l’intertransept, notre coupole octogonale qui reste toujours invisible en dehors et supporte invariablement un clocher
  • les voûtes en quart de cercle venant contrebouter la voûte Centrale et la coupole
  • cette manière toute particulière de recevoir, du cote extérieur, les arêtes des voûtes des nefs latérales, sur une corniche imposte placée au mur en avant du tailloir des chapiteaux, tandis que, du côté intérieur, ces mêmes arêtes vont se confondre avec la retombée de l’arcade s’ouvrant sur la grande nef, ce qui nous donne dans les bas-cotes, sous des voûtes absolument carrées, des travées oblongues
  • les arcs trilobés des tribunes
  • ces arcs en mitre toujours aveugles places aux murs nord et sud des transepts entre deux arcs en plein-cintre
  • le rond-point et le déambulatoire très Commun chez nous et applique même aux églises de médiocre importance
  • et enfin ce narthex tenant toute la largeur de l'église remarquable par la lourdeur et la rusticité de ses piliers, qui soutiennent les voûtes d'arête portant la tribune.

Je ne dis rien du nombre des travées, quoique certains auteurs aient prétendu que, chez nous, ce nombre était toujours impair ; a ceux-ci je répondrai que je pourrais leur citer, dans notre département, au moins autant d'églises ayant un nombre pair de travées qu’eux pourraient m’en indiquer avec un nombre impair. Je n'entreprendrai pas ici une liste qui serait trop longue et, les renvoyant a l'étude de l'école auvergnate que je prépare en ce moment, je me contenterai de dire que si Issoire a sept travées, Notre-Dame-du-Port cinq et Bourg-Lastic trois, Saint-Nectaire, Orcival, Saint-Saturnin, Pont-du-Château en ont quatre, et Moyat et Menat six. Il n’y a, dans notre école, je ne crains pas de l'affirmer, aucune règle sur ce nombre.

Cette école si bien caractérisée, dont nous sommes si fiers et qui faisait et qui fait encore l’admiration de tous, a étendu son influence sur une vaste contrée qui, d'après M. Mallay, comprendrait la Haute-Loire, le Cantal, la Lozère, une partie de l’Allier, et ne s'arrêterait qu’aux lisières de la Creuse. Bien plus, si nous consultons Viollet-le-Duc et M. Anthyme Saint-Paul, nous trouvons qu’on pourrait limiter cette école par une ligne qui, prenant Clermont pour centre, passerait au nord par Roanne, La Palisse, Nevers, Ebreuil, à l’ouest par Chambon, Felletin, Ussel, Mauriac. Figeac pousserait une pointe au midi vers Toulouse et Saint-Papoul, pour revenir a Conques, Espalion, Milhau, Le Vigan ; sauterait le Rhône pour aller disposer les voûtes d’un certain nombre d'églises de Vaucluse et de la Drôme ; passerait a Valence, d’où, après avoir inspire la cathédrale presque entière et traversant de nouveau le Rhône, elle irait se refermer sur Roanne.

Mais, dans cette vaste étendue, on ne la retrouve pas partout avec tous ses caractères; ici ce sont ses voûtes en quart de cercle, la ses modillons a enroulements, ailleurs ses clochers octogonaux ou ses absides multiples qui accusent son influence; mais partout on retrouve son inspiration pour quelque partie importante des nombreux monuments qui ont été élevés dans ces contrées. Elle n’est réellement complète que dans un espace beaucoup moins vaste et qui aurait pour confins Châtel-Montagne, Gannat, Ebreuil, Chantelle, Menat, Bellaigue, Biollet, Saint-Avit, Condat, Giat, Herment, Briffons, Bourg-Lastic, Tauves, Mauriac, Riom-es-Montagnes, Eglise-Neuve-d’Entraigues, Saint-Allyre-es-Montagnes, Augnat, Lempdes, Brioude, Dore-l’Eglise, Saint-Anthéme, Volloreville, Thiers et Ris. C’est dans ce rayon plus restreint qu’elle règne en maîtresse ; c’est là qu’elle s’affiche avec tous ses caractères et toute son originalité, et plus on se rapproche de Clermont, lieu de son origine, plus on sent sa force et sa grandeur. Là, dans la pauvre église comme dans les collégiales et les abbatiales les plus importantes, on trouve partout et toujours le cachet de cette grande école

L'école auvergnate, cependant, ne se contente pas de jeter au loin quelques monuments isoles, placés ça et là comme autant de jalons prouvant sa puissance, elle fait mieux ; s’entendant avec ses voisines du Poitou et de Toulouse, ou elle a inspire une grande partie de la basilique de Saint-Sernin, elle forme avec e1les l'école limousine. Celle-ci, pour avoir pris a l’Auvergne ses clochers octogonaux, ses arcs trilobés et quelques voûtes en quart de cercle, à Toulouse sa sculpture et au Poitou ses toitures, n’en a pas moins, avec ses chevets plats, ses absides à pans coupes, la rareté de ses tympans, etc., des caractères qui lui sont propres et lui font une individualité à part. D’un autre côté, l'école auvergnate s’allie à l’art bourguignon, et de cette alliance sont nées deux filles : l’une, l'école nivernaise, a enfante l'église de la Charité-sur-Loire, qui la résume si bien ; l’autre, la coquette école bourbonnaise, a donne le jour à l'abbatiale de Souvigny, près Moulins, cette grande et belle fille qu’elle a élevée avec tant de soin et de prédilection et qui la reflète tout entière.

La première, avec ses larges portes a trumeau, son triforium élevé et son clerestory, ses bandes verticales et ses modillons en arc, tient bien plus de son père que de sa mère, a qui elle n’a pris que les colonnes-contreforts, les arcs trilobés et quelques voûtes en quart de cercle. Quant à la seconde, elle a une préférence marquée pour l’auvergnate qui a su la façonner a sa ressemblance et lui inspirer ses caractères principaux, les clochers octogonaux à deux étages, les absides multiples, l'étagement des toitures, les arcs en mitre a l'intérieur, contre les murs nord et sud des transepts, et les voûtes en quart de cercle venant contrebouter le berceau de la nef contrale et la coupole octogonale sur trompe de la croisée, quand celle-ci en est couverte. Cependant, de l’art bourguignon, elle a retenu les arcs brises, les pilastres canneles et quelques motifs de sculpture, comme le chat ou la tête de Chat qui revient si souvent sur ses chapiteaux.



De Fermier le 2011-08-22 01:05:44.

Une ressource afin de compléter cet article, l'église se visite avec un guide cela viendra parfaire cette analyse déjà très approfondie. Eglise de St Nectaire

De Michelet le 2012-09-09 15:13:21.

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