archéologues en colère

Monsieur Eric Champault nous propose le point de vue des archéologues sur le thème de la détection. Son avis éclairé par des années de pratique dans un domaine où la passion du patrimoine n'est pas absente donne un éclairage très particulier à la "détection de loisir" pratiquée dans nos campagnes par un public de plus en plus large :

Citation relayé par monsieur Eric Champault ayant fait l'objet d'une publication dans Archéologia magazine des éditions Faton.

Plus de 90 archéologues de divers provenances (bénévoles, agent des services départementaux et municipaux de l’archéologie, agent Inrap, agents des services régionaux de l’archéologie (SRA), conservateur de musées, professeurs de faculté en archéologie et directeur de recherche du CNRS) ont décidé de s’allier avec l’association “Halte au pillage” (HAPPAH) dans un collectif d’archéologues en colère suite à la recrudescence des pillages d’objets et de sites archéologiques en cours de fouilles par des utilisateurs de détecteur de métaux.

Cruche complète mise au jour dans une fosse située dans un enclos funéraire. Photo : Eric Champault, Inrap

Le pillage brouille la lisibilité de notre histoire.

Un pillage à grande échelle

Une action a été entreprise sur le site de vente aux enchères Ebay depuis janvier 2012 en vue de faire annuler des annonces d’objets archéologiques et ainsi mettre un frein aux pillages. La plupart des annonces ciblées sont celles de pilleurs armés de détecteur de métaux qui écument les champs et aussi les sites archéologiques avec un but d’enrichissement personnel.

Beaucoup d’annonces stipulant des “lots de détection, lots de monnaies gauloises, romaines ou médiévales trouvées en détection, des torques de l’époque gauloise, des fibules, bracelets romains ou de l’âge du Bronze, etc.” ont été signalé au service client d’Ebay qui a de ce fait contribué à notre action. Nous déplorons également la vente de plaques d’identités de soldats des deux dernières guerres mondiales, dont la violation de sépulture de guerre ne laisse aucun doute.

5 400 annonces annulées

Plus de 5 400 annonces ont été annulées en un an. En France l’utilisation du détecteur de métaux est réglementée. Ainsi dans le Code du Patrimoine pouvons-nous lire :

Article L542-1 : Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques, à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la Préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie, sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur ainsi que de la nature et des modalités de la recherche.

Article L542-2 : Toute publicité ou notice d’utilisation concernant les détecteurs de métaux doit comporter le rappel de l’interdiction mentionnée à l’article L. 542-1, des sanctions pénales encourues ainsi que des motifs de cette réglementation.

Accaparer ce type d’objets par des fouilles illégales est un vol. Les revendre, les acheter ou les échanger, est un trafic, une économie parallèle. Dans le monde, le trafic de biens culturels, dont les objets archéologiques découverts par les “détectoristes” font partie intégrante, est l’un des plus développés avec les armes et les stupéfiants. Même les objets qui paraissent les plus anodins et dont la valeur financière paraît dérisoire (1 ou 2 euros parfois) appartiennent à notre patrimoine et doivent être protégés et restitués.

À défaut de les rendre à leurs légitimes propriétaires ou à la collectivité, ou même de poursuivre ces trafiquants si ordinaires, nous estimons qu’endiguer les ventes est le moyen le plus efficace pour handicaper ce réseau qui utilise Ebay.

L’Unesco et Interpol expliquent clairement dans plusieurs conclusions de rapports que tous les trafics illégaux existent non du fait de l’offre, mais de la demande.

L’exemple récent d’une affaire italienne doit faire référence dans l’éthique d’Ebay France : après avoir repéré des annonces proposant des objets archéologiques en 2009, les carabiniers ont rapidement identifié deux Calabrais.

Ils pillaient des sites archéologiques à la recherche d’objets antiques à l’aide de détecteurs de métaux pour les revendre illégalement. Un véritable trésor comprenant au total 16 344 objets de grande valeur a pu être récupéré et mis à la disposition des départements d’archéologie concernés.

Pour conclure, le but de notre action, au vu des débordements et des réponses incohérentes des vendeurs contactés, est de révéler les exactions de ces mêmes personnes, qui sont en total désaccord avec les lois actuelles.

La proposition de se réinvestir dans une réflexion interdisant de façon coercitive la détection de loisir est une urgence pour les archéologues de France. En effet, cette activité illégale engendre un pillage incessant d’objets archéologiques de nos sous-sols. Ces témoignages utiles aux sciences historiques disparaissent journellement sans être déclarés aux services archéologiques des régions concernées. Pour partie, ce patrimoine commun est revendu sur des sites de ventes aux enchères ou rachetés par des professionnels. Enfin, cette activité encourage l’utilisation de détecteur de métaux sur des sites avérés ou potentiels. Ce que nous refusons catégoriquement de constater au gré des pillages.

Ce que nous refusons catégoriquement depuis le pillage de plusieurs sites en cours de fouille tel que Noyon sur le tracé du canal Seine-Nord ou plus récemment celui de Raraunum dans les Deux-Sèvres.

A voir sur FaceBook

Pour le collectif des archéologues en colère :

  • Eric Champault, archéologue Inrap,
  • Julien Dupagne, archéologue de la Ville de Chartres,
  • association “Halte au pillage” et
  • Jean-David Desforges, président de l’association “Halte au pillage”

Source de la citation : Archéologia n° 507 ISSN : 0570-6270



De Theor le 2013-12-07 16:15:28.

Pour info :

http://blog.britishmuseum.org/2013/11/28/when-a-find-is-recorded-it-is-truly-discovered-metal-detecting-and-its-contribution-to-archaeology/