Eglise à La bouteille

Eglise, la bouteilleLe premier édifice d'un village chrétien, c'est l'église ; elle ne fut pas oubliée à La Bouteille. Tant que les verriers furent en quelque sorte campés, ils se contentèrent d'une chapelle provisoire en bois qui fut bâtie en 1517 par les fermiers, aussitôt qu'ils furent fixés définitivement. Dés 1547, l'abbé de Foigny la fit remplacer par un édifice en grès que l'on voit encore aujourd'hui, et il utilisa à cet effet les matériaux des anciens murs de clôture de la cense de Landouzy-la-Cour.

L'architecte y fit peu de frais de conception et d'architecture ; on construisit un parallélogramme de 95 pieds de long sur 23 pieds de large ; il devait être, selon toutes les apparences, flanqué d'une tour à chaque extrémité. Trois de ces tours furent immédiatement bâties ; celle de l'est servait de sacristie ; dans celles du sud-est et du sud-ouest étaient deux escaliers qui subsistent encore, et la quatrième, à l'ouest, étant probablement jugée moins utile, n'avait pas été entreprise. Elle fut remplacée par un mur en grès de 2 mètres de large environ, établi à cheval sur l'angle de la muraille de l'église, et s'élevant jusqu'à la toiture, qui le couvrait à l'aide d'un prolongement. Cet appendice singulier, qui paraissait aussi ancien que l'édifice, avait sans doute été ainsi placé pour protéger l'église contre les vents violents du nord-ouest ; les matériaux qu'il contenait furent employés comme fondations de la tour actuelle. Cette dernière fut construite en 1860, pour une dépense totale de 2,043 fr. 70 cent. ; elle renferme en ce moment le mécanisme et les poids d'une horloge moderne (L'ancienne horloge de Foigny qui avait besoin d'être remontée toutes les vingt-quatre heures a été remplacée en 1800 par une horloge d'église, nouveau modèle, marchant huit jours. Le Conseil de fabrique déclarait en 1860 : « qu'inspections faite de l'antique horloge, avec le soin le plus minutieux, divers horlogers avaient déclaré que la réparation en serait fort coûteuse, attendu que tous les rouages se trouvaient usés ; qu'après avoir dépensé pour cela une somme de plusieurs centaines de francs, on ne serait pas certain d'avoir une bonne horloge ; qu'en conséquence, le mieux, dans l'intérêt véritable de la Fabrique, était de renoncer à la réparation de l'ancienne pour songer à faire l'acquisition d'une nouvelle. » Extrait du registre des délibérations du Conseil de Fabrique de La Bouteille, page 112. La plupart des rouages de la vieille horloge sont encore dans le grenier de l'Eglise, et la nouvelle a été achetée dans les ateliers de M. Blin, à Paris, pour la somme de 1,463 francs).

Le mode de construction adopté à La Bouteille était en usage au XVe et XVIe siècles dans toute la Thiérache. Tandis qu'à une faible distance, le Laonnois et le Soissonnais étaient couverts de magnifiques églises romanes ou gothiques, nos provinces frontières, continuellement exposées aux invasions, avaient d'autres soucis que l'architecture ; l'église, outre sa destination religieuse, devait aussi, au besoin, servir de château-fort pour la population, et en ces circonstances les tours avaient leur utilité.

Du reste, les ressources pécuniaires, les carrières de pierres faciles à tailler, manquaient dans cette contrée, et les abbayes ne prodiguaient les dépenses que pour leurs propres édifices. La nouvelle église de La Bouteille, dédiée à la sainte Vierge, fut érigée en paroisse le 19 septembre 1592 par Valentin Duglas, évêque de Laon ; il en laissa la cure à la présentation de l'abbaye et lui donna, dès cette époque, Landouzy-la-Cour pour annexe.

Clocher

L'église de La Bouteille avait été décorée, des son origine, d'une flèche élégante, enfermée encore aujourd'hui dans le clocher actuel. C'est une prisonnière d'un nouveau genre, dont le sort mérite peut-être un mot d'explication.

En 1821, on travaillait à la triangulation de la carte de France et les officiers de l'Etat-Major, imités depuis par leurs successeurs, commencèrent un travail remarquable qui dura plusieurs années. La situation de La Bouteille leur parut favorable pour en faire un de leurs centres d'observation, et ils obtinrent de construire aux frais de l'Etat un nouveau clocher qui leur servirait d'observatoire et qui serait porté à une plus grande hauteur que le premier. L'ancienne flèche était à huit pans, elle ne fut pas démolie ; on se contenta d'en ôter les ardoises et les feuillets et on l'enferma dans une charpente à quatre pans, comme on le voit encore à l'intérieur. Cette dernière construction partait du carré du clocher au-dessus des ouïes ; elle était plus large et plus élancée que celle qui existe actuellement. L'administration municipale s'émut de cette hauteur inquiétante ; elle craignit que l'observatoire ne vint à s'effondrer sur son église. Elle allégua les bourrasques, fréquentes à La Bouteille, et fit si bien, que deux ans plus tard, elle obtint de l'Etat que la nouvelle flèche serait démontée et reconstruite sur un plan qui la diminuerait de 5 à 6 mètres de hauteur. On y ménagea au sommet, comme on l'avait fait précédemment, une petite chambre avec un guéridon au centre et des ouvertures mobiles disposées aux quatre points cardinaux, et la flèche des moines toujours captive ne sert plus que de soutien à sa plus grande sœur.

Croix du clocher

Le gouvernement révolutionnaire voulait faire disparaître tout signe religieux, et il avait ordonné que toutes les croix des clochers fussent abattues. On résolut donc, comme on le lit en bien des communes, de scier les bras de la croix qui surmontait la flèche de La Bouteille, et un jeune homme de 17 à 18 ans se chargea de cette sinistre mission. L'attrait de la récompense et la fanfaronnade l'y portèrent sans doute plus que l'impiété révolutionnaire. Il monta avec de simples échelles sans échafaudage, et pour plus de sûreté s'attacha à la croix dans la crainte de perdre l'équilibre pendant son travail. On cite encore ses appréhensions, ses tremblements, ses serrements de cœur que des vomissements manifestèrent quand il fut descendu. On peut croire que c'est à cause de ces appréhensions qu'il fit en deux fois l'opération entière, car le second bras de la croix ne fut scié que quelques temps après le premier.

Cet homme, qui était un couvreur en paille, nommé Debouzy, dit le Roux, de l'Arbalète, parvenu à Page de 57 ans, périt misérablement dans les eaux du Ton. Sa mort, ainsi que celle de Remy Lemud, l'acheteur et le démolisseur de l'abbaye, qui, un soir, sous la porte de la grande cour du parvis fut tué d'un coup de feu, sont restées gravées dans les souvenirs de la population.

Quand le culte catholique fut officiellement rétabli, on s'empressa de rendre au clocher la croix, son symbole religieux ; elle fut forgée par Charles—Joseph Liné, maréchal au hameau de l'Arbalète et, en 1816, on la surmonta du superbe coq qui, avant la révolution, dominait la vaste et belle église de Foigny. Ce coq avait été conservé en dépôt dans l'une des maisons voisines du monastère.

la bouteille (aisne) - l'église

Cloches

Du clocher aux cloches, la transition est facile, et c'est par là que nous allons commencer l'énumération des rares souvenirs du passé que contiennent notre église et notre bourgade. Nous, les enfants de l'abbaye de Foigny, nous eussions dû être les héritiers de la plupart de ses richesses mobilières et artistiques ; de plus avides se sont présentés et nous ont presque dépouillés de l'héritage maternel. La voix actuelle de notre modeste église cependant est encore celle qui appelait autrefois à la prière et au travail les disciples de saint Bernard.

L'abbaye de Foigny possédait quatre grosses cloches ; or, les chefs de la révolution avaient décidé que chaque commune ne pourrait en conserver qu'une seule, et Foigny n'étant pas commune, on dépouilla totalement le monastère. Il y a dans les archives de la fabrique une note sur la manière dont se fit cette triste opération :

« Les exécuteurs des ordres révolutionnaires, entrant évidemment dans les pensées impies de ceux qui les commandaient, cherchèrent peu les moyens de ménager les cloches. Ils ôtèrent d'abord les battants, puis les rouets auxquels les cordes sont attachées. Ensuite, à l'aide de fortes pinces, ils soulevèrent les cloches pour faire sortir les tourillons de leurs formes ; et les cloches, avec leurs moutons, tombèrent sans casser d'une hauteur d'environ 10 mètres, d'abord sur des poutres placées en croisillons pour maintenir l'écartement, puis sur la voûte. De là, elles furent poussées, avec le secours des pinces et des bras, jusqu'à la fenêtre nord du grenier de l'église, d'où on les précipita tour à tour, à l'extérieur, d'une hauteur d'environ 30 mètres sur un terrain mouvant et presque toujours humide. »

La grosse cloche actuelle de La Bouteille a subi cette opération dangereuse ; mais la Providence a permis qu'elle n'en fût pas endommagée. Les timbres, au nombre de trois, deux pour les quarts, un pour la demie, ont été descendus avec plus de précautions, parce qu'ils étaient moins lourds sans doute, et aussi parce qu'on voulait les conserver pour l'horloge qu'on allait conduire à La Bouteille. La commission venait d'acheter cette horloge au gouvernement pour une somme assez minime qui fut payée en assignats.

On n'était point encore arrivé à la prohibition du culte catholique.

La municipalité de La Bouteille, après avoir acquis l'horloge pour en orner son église, regretta bientôt de n'avoir pas celle des grosses cloches de l'abbaye qui annonçait les heures. Alors les administrateurs municipaux se présentèrent a Vervins où toutes les cloches des environs étaient déjà réunies pour être envoyées aux fonderies de canons ou à la monnaie, et offrirent la cloche de leur paroisse en échange de celle qu'ils voulaient avoir. Les commissaires du district ne manquèrent pas de faire observer que le poids de la cloche offerte était inférieur au poids de celle qu'on réclamait ; pour les satisfaire on trouva moyen d'ajouter des morceaux de cloches cassées et de fournir un poids égal.

C'est de cette manière que l'une des cloches de l'abbaye échappe à la destruction et fut installée dans le clocher de La Bouteille où elle a repris son ancienne fonction d'annoncer les heures et de convoquer les fidèles à l'office divin. Voici l'inscription qu'elle porte : Marye suis nomée pour Dieu servir et honorer. Robert de Goucy, abbé de Foigny, Boharys et grand archidiacre de Notre—Darne de Laon, m'a faict faire. L'an Mil VcLII, P. Deschamps nous a faict. Sur le timbre des demi-heures, qui sert maintenant aussi de cloche de volée, on lit :

Katerine suis nomée pour Dieu servir et honorer. Mil VcLII Les timbres des quarts, beaucoup plus petits, portent cette simple mention :

Je suis faicte pour servir à Notre-Dame de Foigny 1633.

Inscriptions et pierres tombales

Les inscriptions murales sont rares dans l'église de La Bouteille ; cependant au haut de l'escalier de la tour sud-est, en montant dans les combles, on remarque les lignes suivantes gravées dans une pierre blanche, de molle consistance :

IHS
M?? PIERRE
FARVILLE
1631

Ce nom ne figure nulle part dans les archives de La Bouteille, qui sont très-complètes pour les naissances à partir de l'année 1662, pour les mariages à partir de 1654, pour les décès à dater de 1655 ; ce qui permet de conclure qu'aucune famille n'a porté ce nom dans le pays et que l'individu dont il est ici mention est un étranger qui, un siècle environ après la construction de la tour, l'église avait été bâtie en 1547, visita simplement l'église et grava son nom, ou encore eut occasion d'y faire quelques travaux ; le signe qui accompagne sa signature est probablement l'indice du métier qu'il exerçait, une paire de ciseaux, peut-être ?

Au bas de l'église, à 1O mètres environ de la principale porte d'entrée, à droite et à gauche d'une vaste arcade en plein—cintre (Cette arcade était primitivement très-resserrée avec une étroite ouverture pour pénétrer dans l'intérieur de la nef ; ce qui formait entre la porte d'entrée et cette muraille une sorte d'atrium ou vestibule. En 1836, elle fut élargie de plus d'un mètre dans son pourtour ; on lui conserva sa forme première et on rendit au deux pierres tumulaires la position qu'elles avaient dans la première arcade) et à hauteur d'homme, se trouvent deux pierres tumulaires de même dimension, fixées dans le mur ; elles ont été posées au dernier siècle pour perpétuer le souvenir de deux parents d'un curé de La Bouteille. On y lit :

Sur la pierre de droite :

JCY REPOSE LE
CORPS DE FEV GHARLE
MAVRICE DVREVX
GENDARME DAVPHIN
AGE DE 27 ANS DECEDE
A LA BOVTEILLE LE 24
MAY 1760 ANIMA EYVS
REQVIESCAT JN PAGE.

Sur la pierre de gauche :

JCY REPOSE LE
CORPS DE DAME ANNE
IOSEH SCVLFORT VEVVE
DV SIEVR CHARLES DVREVX
DECEDEE AGEE DE 72 ANS
CHEZ DOM LOVIS SCVLFORT
SON FRERE PRIEVR CVRE
DE CETTE PAROISSE DE
LA BOVTEILLE LE 36
MAY L'AN 1775
ANIMA EIVS
REQVIESCAT IN PAGE AMEN.

Dans le dallage de l'entrée de l'église, on distingue encore une petite pierre blanche portant une épitaphe composée de lettres et de signes auxquels il est difficile de reconnaître un sens suivi. Le nom de Macaigne y figure ainsi que le millésime 1776.

Une pierre bleue de plus grande dimension, placée actuellement entre le sanctuaire et la sacristie, sous la porte de passage, reproduit la même épitaphe, d'une manière plus complète et plus intelligible :

JCY REPOSE LE CORPS DE
FEV JEAN FRANCOIS
JOSEPH MACAIGNE
ETVDIANT FILS DE MONSIEVR
ET MADAME MACAIGNE
BRIGADIER DE FERME DV ROI
DECEDE A FOIGNY LE 26 MAI
AN 1776 AGE DE 16 ANS
ANIMA EJVS
REQVIESCAT IN PACE AMEN.

Mobilier de l'église

Calice de l'abbaye de Foigny à l'église de la BouteilleParmi les anciennes pièces de mobilier de l'église de La Bouteille, nous remarquons un calice qu'on croit être du XVe siècle. Il a été façonné, ciselé à la main et fait l'admiration des connaisseurs. Le pied arrondi, découpé en lobes historiés, porte un écusson émaillé qui représente le Christ en croix, accompagné de la sainte Vierge et de saint Jean. Le nœud est enrichi de huit émaux figurant la tète de Notre-Seigneur et celles des apôtres S. Pierre, S. Paul, S. André, S. Barthélemy, S. Jean, S. Jacques-le-Majeur, S. Simon, reconnaissables à leurs attributs. La coupe, ciselée jusqu'au milieu, repose sur un chapiteau ionique qu'on est étonné de rencontrer dans un vase sacré du XVe siècle. Ce calice, haut de vingt centimètres, est en argent et a été doré par Trioullier en 1867, mais les peintures sur émail dont le nœud est orné n'ont subi aucune réparation. A la révolution de 93, il fut enlevé du trésor de Foigny, caché, dit on, dans un mur et cédé ensuite à l'église qui le possède actuellement. La patène avait disparu et a été remplacée par une patène moderne.

Il y eut un majestueux pupitre de l'abbaye de Foigny qui, pendant la première moitié de ce siècle, fut le lutrin honoré de l'église de La Bouteille ; il partage maintenant le sort de l'illustre lutrin de Boileau et se trouve relégué dans cette retraite qui sert d'asile aux hiboux.

C'est la que du lutrin gît la machine énorme ; La troupe quelque temps en admire la forme. Boileau. Lutrin, Chant IIIE.

La troupe de ceux qui admirent les choses antiques est une troupe d'élite à laquelle nous allons nous joindre un instant ; puis nous abandonnerons le lutrin à son malheureux sort.

Ce lutrin est en chêne de premier choix, et sa masse imposante est supportée avec beaucoup d'élégance par trois pieds délicats, style Louis XV, en genre rocaille. La tige triangulaire porte sur chaque face des sculptures et des armoiries. Sur l'un des côtés, les armes de Foigny : d'argent à trois roses de gueules, posées 2 et 1 ; sur un autre, l'écusson des Bernardins : de sable à la bande échiquetée de deux traits d'argent et de gueules ; sur le troisième, deux chiffres entrelacés,dont l'un représenterait assez bien les lettres R P, et le second, B E. Le pupitre établi sur un pivot est découpé à jour. Malgré sa solidité et sa noble origine, ce lutrin, lui aussi, a connu les vicissitudes des temps.

L'église de La Bouteille possédait, il y a une trentaine d'années, plusieurs tableaux d'un certain mérite, dont nous retrouvons encore des descriptions parfois naïves, dans les archives de la fabrique. Nous n'en donnerons ici que les titres :

1er tableau : Jacob et sa mère ;
2e tableau : Jacob et Rachel ;
3e tableau : Jacob et Laban ;
4e tableau : Jacob et Esaü.

Les visiteurs et amateurs de passage crurent généralement que ces œuvres d'art provenaient de l'abbaye de Foigny, située sur la paroisse ; c'était une erreur ; elles avaient été apportées à La Bouteille par Me Chevillard, ancien procureur de l'abbaye des Prémontrés de Bucilly. Ce religieux fut, après la révolution, curé de Jeantes, puis de La Bouteille où il mourut, et c'est ; lui qui avait enrichi sa dernière église de ces toiles et de leurs magnifiques cadres sculptés.

Les toiles étaient en mauvais état lorsqu'on eut la malheureuse idée, en 1844, d'en confier la restauration à un peintre inhabile, nommé Edme Thibault ; il ne put leur rendre aucune solidité et finit par les jeter au feu.

Deux autres tableaux échappèrent à la destruction et subsistent encore ; 1'un représente l'Annonciation, et l'autre une Pause de la faite en Egypte ; les connaisseurs leur accordent une certaine valeur ; ils sont dans l'église de La Bouteille de temps immémorial et nous ne pouvons en déterminer l'origine.

En 1845, l'un des habitants de La Bouteille, nommé Pierre-Charles Dufour, fit don à son église d'un ancien tableau représentant l'Adoration des Mages. On ne connaît pas l'origine précise de ce tableau, mais tout porte à croire qu'il provient de l'abbaye de Foigny. Cette toile avait été resserrée dans un cadre trop petit ; elle fut dépliée et étendue dans toute sa longueur ; on peut la mieux juger maintenant et elle n'est pas dépourvue de mérite.

On voit aussi, dans notre église, un assez vaste panneau encadré ; un personnage de demi-relief, aux traits jeunes encore, aux cheveux épais, à la robe ample et recouverte d'un manteau, tient entre ses bras l'Enfant Jésus, exécuté en ronde bosse. Le sculpteur n'a représenté que le buste de saint Joseph et lui a donné un mètre de haut ; il l'a placé au centre d'un médaillon nettement tracé dans le bloc de chêne et enrichi, au sommet, de guirlandes de roses et, à la base, de deux tiges de lys en forme d'écusson. Le cadre était entouré d'une rainure indiquant qu'il avait dû être enclavé dans un lambris. Il arriva qu'au commencement de ce siècle, cet objet d'art était en la possession d'une dame âgée qui habitait Vervins et qui, en mourant, recommanda instamment de restituer ce saint Joseph à une église. On croit qu'il provenait de la chapelle Sainte-Anne de Vervins ; il fut offert à M. l'archiprêtre Tupigny, qui le trouva trop détérioré pour se charger de sa restauration, et il fut ensuite accepté par M. Charpentier, curé de La Bouteille, qui le fit remettre en l'état convenable où il est actuellement.

Nous avons dit comment les toiles apportées de Bucilly par M. Chevillard avaient été détruites ; « le fourreau fut plus solide que la lame », c'est-à-dire que les cadres survécurent aux scènes bibliques qu'ils avaient ornées, et eux aussi avaient leur valeur. En chêne massif, ils sont légèrement arqués au sommet avec les angles supérieurs relevés en consoles ; ils sont en outre garnis de larges moulures et décorés à chaque assemblage de feuilles d'acanthe et de sculptures artistement fouillées.

En 1875, on jugea qu'ils méritaient de retrouver une place honorable ; deux d'entre eux furent habilement restaurés, ils reçurent, l'un une toile du Sacré-Cœur, l'autre un saint Joseph, peints par un artiste de talent (M. Cabane, de Paris), et ils resplendissent a droite et à gauche du sanctuaire.

Les restes mortels des serviteurs de Dieu, placés par l'Eglise sur les autels, ont toujours été l'objet de la vénération des chrétiens et nul doute qu'une abbaye aussi illustre que celle de Foigny n'en ait reçu un grand nombre. On nous a conservé un reliquaire, en forme de petit coffret, de 30 centimètres de hauteur sur 20 centimètres de large, et 15 centimètres d'épaisseur ; il est en chêne décoré d'or et de peintures et remonte au moins à deux siècles. Cet édicule repose sur quatre pieds arrondis ; c'est un carré long surmonté d'une sorte de toiture portant deux panaches en bois doré. Sur l'une des faces, on remarque une tête d'ange encadrée de deux roses blanches et au-dessous cette inscription :

RELIQVIAE
PLVRIMORVM SANCTORVM.

Sur le sommet en forme de toit, un trèfle découpé à jour revêtu d'une glace laissait les reliques à découvert.

Sur 1'autre face est peinte une grosse rose occupant tout le panneau, et, à chaque extrémité de ce petit panneau, une fleur de lys ; le sommet de ce côté porte encore quelque ornementation en grosse peinture avec cette mention : FOIGNY 1665.

Les cotés latéraux ont reçu un anneau en fer forgé fixé au centre de la peinture d'un trèfle flanqué de quatre fleurs de lys. Cette petite chasse contient encore des ossements, et on y lit la note Suivante :

« Ce reliquaire vient de l'abbaye de Foigny, près Vervins, que la révolution de 1793 a renversée comme tant d'autres en France. Le vendredi 23 juin 1837, ce reliquaire a été visité par Monseigneur Jules-François de Simony, évêque de Soissons et Laon. Il a décidé que ce reliquaire est respectable, mais ne doit point être exposé à la vénération du peuple parce que les authentiques sont perdues. » (Note rédigée le lundi 17 juin 1839, par M. Charpentier, curé de la paroisse de La Bouteille.) Du reste nous ne nous en occupons ici qu'à titre de souvenir des temps antérieurs.

Aujourd'hui la fabrique de La Bouteille ne possède plus d'autres ornements de l'abbaye de Foigny, qu'une étole brodée en soie de diverses couleurs, et un voile de calice qui mérite une attention spéciale. Ce voile est en étoffe d'argent, très fine, doublée de soie verte. Au centre, brille le monogramme du Christ dans un médaillon brodé or et entouré de rayons, en forme d'ostensoir. Aux deux angles supérieurs, et dirigés vers ce chiffre, se trouvent deux pieds d'oeillets avec feuilles, fleurs et boutons, et aux angles inférieurs, deux branches de rosier couvertes aussi de feuillages et de fleurs. Le voile est entouré de grosses broderies, rehaussées elles-mêmes, à chaque extrémité, de deux cornes d'abondance, reposant sur un coquillage. Tout ce travail, en or, argent et soie, a conservé ses belles nuances.

Il y a encore un autre ornement complet, soie et argent, en bon état, mais dont la richesse est moins grande et la provenance moins certaine. Nous remarquons encore, dans le sanctuaire, un fauteuil et deux chaises Louis XV, recouverts de tapisseries anciennes ; celle du fauteuil porte au centre du siège et du dossier un bouquet où dominent les roses ; le tour figure des branches et des feuillages. L'une des chaises a la partie horizontale ornée d'une tige ou sont suspendus des fruits semblables a des amandes vertes, que viennent picorer deux chimères ; la partie verticale présente, au centre, un bélier, couvert d'une bandelette tombant de chaque côté et accompagné de deux personnages eu costume flottant et bigarré.

Sur le siège de la seconde, on distingue trois chimères placées 2 et 1, perchées sur des branches, au milieu de grosses fleurs ; et, sur le dossier, quatre personnages, dont deux paraissent des princesses et les deux autres des hommes qui se livrent à la joie ; l'un de ces derniers est dans une pose dansante et tient une coupe élevée.

Les personnages et chimères sont au petit point et entourés de dessins à grands ramages. Ces chaises sont appareillées, mais malheureusement, plus que le fauteuil encore, elles accusent des traces de vétusté. Après cet inventaire des vestiges du passé que contient notre église, nous essayerons de fournir, dans une nouvelle communication, quelques notes pour l'histoire locale.

Eglise à La bouteille
Crédit photo : pierre bastien (Eglise, la bouteille)

bâtiment classé.

Informations structurelles

Eglise, L'origine du village de La Bouteille ne remonte qu'au XVIe siècle. Elle est due à une fabrique de bouteilles qui s'établit vers 1540 en cet endroit, où existaient déjà quelques maisons dépendant de Foigny. Cette usine ayant promptement attiré en ce lieu une nombreuse population, on y bâtit une église en grès qui fut consacrée en 1547 et érigée en cure en 1592. la bouteille, aisne

Localisation et informations générales

  • identifiant unique de la notice : 917
  • item : Eglise
  • Localisation :
    • Aisne
    • La Bouteille
  • Code INSEE commune : 2109
  • Code postal de la commune : 02140
  • Ordre dans la liste : 1
  • Nom commun de la construction :
    • La dénomination principale pour cette construction est : église
  • Etat :
    • L'état actuel de cette construction ne nous est pas connue.

Dates et époques

  • Périodes de construction : 2 différentes époques marquent l'histoire du lieu.
    • 16e siècle
    • 17e siècle
  • Date de protection : 1927/06/01 : inscrit MH partiellement
  • Date de versement : 1993/12/03

Construction, architecture et style

  • Materiaux:
    • NC.
  • Couverture :
    • NC.
  • Materiaux (de couverture) :
    • NC.
  • Autre a propos de la couverture :
    • NC.
  • Etages :
    • NC.
  • Escaliers :
    • NC.
  • Décoration de l'édifice :
    • NC.
  • Ornementation :
    • NC.
  • Typologie :
    • NC.
  • Plan :
    • NC.

Monument et histoire du lieu

  • Eléments protégés MH (Monument Historique) :2 éléments font l'objet d'une protection dans cette construction :
    • tour
    • tourelle
  • Parties constituantes :
    • NC.
  • Parties constituantes étudiées :
    • NC.
  • Utilisation successives :
    • NC.

Autre

  • Divers :
    • Autre Information : propriété de la commune 1992
  • Détails : Quatre tourelles d' angle : inscription par arrêté du 1er juin 1927
  • Référence Mérimée : PA00115548

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