Siclis charles

Quand on souhaite rendre l'impression qu'une personne a laissé il est souvent plus simple de laisser parler ceux de son temps qui ont eu le plaisir de le côtoyer. Vous trouverez donc ci dessous les propos de M. G.Rémon, extraient de "Jardins & Cottages", qui illustreront mieux que je ne peux le faire l'oeuvre de M. Siclis.

Jardins & cottages

Membre de la Société des Artistes décorateurs, M. Charles Siclis exposait au dernier Salon une remarquable série de plans et de dessins perspectifs exécutés avec cette grâce et cette distinction qui caractérisent si parfaitement pensons-nous, les constructions de ce délicat maître d'oeuvre.

Faut-il rappeler les titres de ces exquises compositions graphiques: la Chapelle d'Ilbaritz, les villas du duc Decazes et de M. Philippe de Rothschild, celle de Mme Marthe Régnier et cette cité Cinenca imaginée pour la Côte d'Argent, cette magnifique région du littoral biscayen qui mérite de porter le nom de Hollywood français encore que son incomparable situation en terre basque suffise tout à fait à lui conférer sa gloire et son prestige.

Car, de même que MM. J.-J. Soupre, c'est surtout à Biarritz et dans ces coquettes villettes du Labourd - Bidart, Guéthary - de jour en jour plus considérables et plus luxueuses, stations naissantes où se multiplient les somptueuses villas et les splendides jardins, près des pittoresques falaises qui dominent le golfe, c'est là que M. Charles Siclis a réalisé quelques-unes de ses plus séduisantes conceptions.

Sur les pentes qui s'inclinent doucement vers l'Ouhabia et la mer, se dressent les fermes de cette région labourdine, avec leurs toits de tuiles rouges aux versants inégaux, avec leurs murs blanchis à la chaux sur lesquels se détachent les pans de bois peints en rouge vif qui constituent l'ossature de ces demeures rustiques si typiques.

C'est au sein d'une nature enchanteresse, face à l'océan couleur de lapis ou à l'ombre de la montagne de la Rhune légendaire aux profondes tonalités violettes, que l'architecte élèvera l'édifice tout ensemble intime et magnificent qui se parera des beautés mêmes du site élu.

Aussi bien M. Charles Siclis, épris de fervent régionalisme, n'a-t-il eu garde d'omettre de s'inspirer du cadre privilégié du pays basque et du style autochtone et la silhouette de ses grandes villas, celle de M. Mc Williams à Biarritz ou de Mme Marthe Régnier à Ilbaritz, rappelle par l'utilisation des larges versants de la toiture par les saillies en auvent, par le dessin des porches, quelques-uns des thèmes les plus nettement caractérisés de la région. Bien plus, celle de M. Me Williams comporte l'emploi judicieux de la charpente apparente, des pans de bois si « couleur locale », repris et interprétés comme à titre d'indication, et non pas simplement transposés.

Le parti à traiter dépassait en ampleur et en précision ce qu'eût été une simple adaptation. Spacieuse, l'importante villa de M. Me Williams comprenait non seulement deux grands corps de logis, mais encore un patio intermédiaire, galerie à découvert, ornée d'une vasque, et surtout s'entourait d'un beau jardin dessiné, vaste parterre fleuri orné de charmilles en arcades et dont la perspective est prolongée par l'un des plus beaux paysages qui se puissent rêver.

La villa d'Ilbanitz que nous reproduisons en graphique est située au bord de l'Océan. D'une conception et d'un dessin très sobres, elle étale sa toiture pour offrir le moins de prise possible aux fureurs des embruns et des vents.

M. Siclis a traité dans un tout autre esprit la belle villa de Mme Edeline à Guéthary, villa dont on aimera le style volontairement dépouillé, les formes allongées, d'un accent si net et d'un si parfait équilibre.

En revanche, c'est en conservant la ligne des toitures larges et des versants inégaux que M. Siclis a dessine la charmante et pittoresque villa de M. de Rothschild, à Arcachon, dans un cadre d'épais ombrages.

Mais voici la villa de Mme Marthe Régnier, à Carqueiranne (ndw : voir dessin ci dessous). Celle-ci, comme celle de Guéthary, n'utilise que les longues lignes droites, la toiture plate, les galeries et les baies hautes et larges, motifs auxquels le talent de M. Siclis a su imprimer un noble caractère de grandeur et d'aisance.

Nous en trouvons une application des plus heureuses dans la maison de plaisance qui appartient à M. Desouches à Beauvallon, conçue dans un esprit tout moderne, mais dont le modernisme n'offre rien d'agressif ou d'artificiel, et se recommande à nous par le tact et la mesure en même temps par la rigoureuse ordonnance places et des volumes.

Le jardin suspendu qui orne cette villa offre une heureuse solution pour un intéressant problème.

Mais nous voudrions aussi insister sur le très pur sentiment décoratif qui nous paraît incontestablement dominer les préoccupations et le génie d'un artiste aussi raffiné que M. Siclis.

On a conservé le souvenir des deux réalisations dont il fut l'auteur à l'exposition de 1925, et que nous classons parmi les conceptions architecturales les mieux venues et les plus poussées — ce qui était l'exception ! — le pavillon des magasins de la Place Clichy sur l'Esplanade des Invalides et la cour des artistes décorateurs, aimablement peuplée des groupes statuaires de sculpteurs tels que Benon, Chauvel, Chauvet, Navarre ou Popineau.

Ces deux ouvrages sollicitaient l'attention et retenaient la louange par la justesse et la netteté du dessin, par l'économie des moindres détails. Et ce sont là qualités qui nous apparaissent plus évidentes et plus choisies dans les jardins de M. Siclis et surtout dans ses architectures de piscines.

Celles que nous reproduisons, notamment la piscine à la colonnade rendront raison de la parfaite entente de l'espace qui n'est pas le moindre attrait des constructions dues à un artiste que nous tenons pour l'un des plus sûrs et des plus complets de notre temps.

Architectures privilégiées qui ne vont pas sans évoquer les grâces sobres et les atours de la jolie demeure romaine et dont le noble dessin antique répond si parfaitement à l'esthétique contemporaine, éprise de simple grandeur d'élégance châtiée.

Villa de Mme Marthe Régnier à Ilbaritz

Le thème a été traité de main de maître par M. Siclis, comme il l'avait été par M. Levard, architecte de la piscine exposée, il y a quelques années, aux Artistes Décorateurs par Primavera. Même harmonieuse conception du cadre; même savoureuse répartition des grands plans décoratifs et même emploi des belles matières, communiquant aux piliers ou aux dallages, le charme de coloris précieusement accordés.

Les jardins de M. Siclis, écrits avec un souci éminent de logique, portent la marque du style propre à notre époque, qu'il s'agisse de la demeure ou de son prolongement immédiat. Un besoin d'unité, de clarté, de délicates proportions en inspire l'architecture à la fois raisonnée et sensible.

C'est le lieu, pensons-nous, de citer M. André Véra, excellent esthéticien du jardin : « N'est-il pas logique, écrivait-il, que la volonté qui, d'une part, agence la construction, qui choisit et qui assemble les matériaux, qui répartit les vides et les pleins, qui, d'autre part, dans la demeure, place les sièges et les meubles, qui dispose les tableaux et les bibelots même, continue son action et laisse son empreinte sur le jardin, qui est un appartement pour la vie au grand air ? » Mais l'architecte-paysagiste sait aussi, comme nous l'avons indiqué, tirer parti, pour le dessin et la couleur propre au beau jardin, de la campagne qui en prolonge et impressionne les grandes lignes. Car le jardin doit revêtir à la fois un caractère individuel, autant dans son agencement que dans le choix des ornements, vases ou vasques, que dans celui des essences et de la flore.

Et la fantaisie de Charles Siclis s'est donné libre cours, obéissant aux commandements du goût et de la raison, imaginant des motifs somptueux et délicats pour la riche et exubérante nature des pays basques ou de Provence, si naturellement magnifique et pittoresque.

G. RÉMON

Source :

  • Titre : Jardins et cottages
  • Date d'édition : 1926-1927

A propos de Siclis charles

Marina nous précise que :

Charles Siclis (1889 Paris – 1942 New York) est un architecte et décorateur françai.

A fait ses études à l'École des beaux-arts de Paris où il est diplomé en 1920 il commence alors sa carrière dans l'atelier de Jean-Louis Pascal.

En 1925, il participa à l'Exposition des Arts décoratifs et industriels modernes, en réalisant le design du pavillon et du jardin de la place de Clichy.

Charles Siclis installa par la suite ses ateliers à Paris, Biarritz et Nice.

De notoriété internationale, il interviens comme créateur ou simplement pour des modifications sur plusieurs œuvres Européennes don la casa Serralves à Porto, le Paris Madrid ... et aux États-Unis, où il passera la Seconde Guerre mondiale.

Son nom est associé aux constructions de cinémas, de casinos et, surtout aux théâtres de style moderne Art déco.

Il a également créé des villas et hôtels de luxe, dans le sud de la France, qu'il a réalisés pour le gotha.

Le baron Philippe de Rothschild, son ami, fut son mécène notamment pour :

  • la construction du théâtre Saint-Georges (1928), avec ses formes géométriques améliorées,
  • le théâtre des Mathurins ou théâtre Pigalle (1929), sa plus belle œuvre, qui fut détruit et remplacé par un garage.

Son travail a été remarqué avec des cafés comme :

  • le Chiquito (1927)
  • le Colisée (1932) à Paris.

Charles Siclis explorait des formes et des techniques modernes, radicales et novatrices et travaillait parallèlement aussi sur des styles régionaux français.



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Siclis charles est intervenu sur l'ouvrage suivant :

  • En tant que "architecte", Maison Siclis, ancien castel Martchiot voir la fiche.

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